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Un vigneron contre le libre-échange

Willy Cretegny ne mange plus. La politique agricole
de la Confédération lui donne la nausée.

icone auteur icone calendrier 7 mars 2007 icone PDF DP 

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A Berne, le vigneron genevois assiège désormais Parlement et députés. La grève de la faim va durer pendant toute la session de printemps. Le patron du domaine de la Devinière à Satigny, consacré au vin biologique, défend barrières et taxes douanières. Seul le protectionnisme sauvera les paysans suisses de l’ultra-libéralisme. L’ouverture des marchés et la compétition internationale menacent les derniers rescapés du plan Wahlen. Dans la foulée, l’une et l’autre bafouent les droits de l’homme, écrit-il dans un article publié par Uniterre le 28 février dernier, le mensuel du syndicat pour une agriculture durable. Se protéger devient un devoir, un impératif, une urgence.

Concurrent de l’Etat, du canton de Genève, et de son système de promotion viticole en 2000, il invoque aujourd’hui son action protectrice. Quitte à brandir fourche et pioche, c’était en 2004, et menacer de démonter les discounters allemands, Aldi en tête, quand la Confédération laisse faire. Double lémanique de José Bové, Willy Cretegny condamne le libre-échange, le libre-commerce, incarné par Wal-Mart, le géant américain de la distribution planétaire. Il revendique la souveraineté alimentaire. Le manger de proximité, la production indigène, sans transports inutiles, sans multinationales.

Il serait facile de réduire le vigneron de la Côte à un rétrograde en mal de subventions, à un amnésique oubliant que les vins suisses se vendent aussi à l’étranger, à un Winkelried prêt à se jeter sur les piques de l’Union européenne, de l’OMC, de la Banque Mondiale, à un Don Quichotte ivre parti à l’assaut des moulins à vent de l’OFAG, l’Office fédéral de l’agriculture. Même s’il y a un peu de tout cela dans le baroud de ce paysan affamé.

Or, au moment où il renonce aux instruments de la politique, où il quitte le débat démocratique pour se métamorphoser en victime, en bouc émissaire, en martyr – la grève de la faim est un geste extrême, sinon extrémiste, à la fois digne de compassion et affligeant dans la mesure où il repousse toute possibilité de compromis – Willy Cretegny invoque le respect. Valeur étonnante, étrangère à l’univers du PIB, du SMI, des taux d’intérêts et des dividendes. Cependant, le respect – inconciliable avec la mondialisation, la globalisation, presque révolutionnaire – pousse paradoxalement le vigneron à demander protection. Il veut en somme qu’on le sauve de l’autre, envahissant, surtout s’il est puissant et riche. C’est là que le désir de justice, d’un autre monde, d’utopie risque de sombrer dans la fermeture ou, pire dans la caricature: un homme seul qui crie au loup à la face d’une Suisse indifférente. Tout le contraire de la solidarité sans frontières, entre paysans du cru, invoquée par Willy Cretegny et le syndicat Uniterre qui vient de lui apporter son soutien.

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