Mode lecture icon print Imprimer

Chômeurs, rentiers AI et assistés sociaux: statistiques comparées

En quelques tableaux comparatifs, une image inédite de la précarité en Suisse, d’un canton à l’autre.

icone auteur icone calendrier 7 février 2007 icone PDF DP 

Thématiques

Méthode
Nous appelons « précarité » l’ensemble des situations de dépendance de la population face à des mesures sociales ou de traitement du chômage :
– les demandeurs d’emplois bénéficiant d’indemnités de leur caisse de chômage,
– les rentiers de l’assurance invalidité,
– les bénéficiaires d’aides sociales.
Ainsi nous appelons taux de précarité le cumul des chômeurs + rentiers AI + bénéficiaires d’aide sociale par rapport à la population résidente.

A l’aide du ratio population active/population résidente on peut montrer cette précarité en Suisse.

Attention : habituellement le taux de chômage se calcule par rapport à la population active.

Par contre les données existantes sur les rentiers AI ou sur les aides sociales sont données par rapport à la population totale résidente. Afin de faire correspondre les chiffres et pouvoir additionner les données, nous avons pris comme base de calcul un «taux de chômage par rapport à la population totale».

Le taux de précarité moyen, en Suisse, est de 10,58%.

Il est évident que ce taux de précarité serait très nettement plus élevé (plus du double) si l’on avait dû le calculer par rapport à la population active.

Premiers commentaires
Si Zurich et Berne dépassent largement, en nombre, les autres cantons, en matière de précarité, c’est uniquement en raison de l’importance de leur population. Il en va tout autrement pour le taux de précarité où ce sont les cantons romands ou biculturels (romand-alémanique), plutôt urbains, qui ont le plus à souffrir de cette carence d’emplois.

Les sept cantons qui dépassent le seuil de 10% de taux de précarité, mais aussi la moyenne fédérale (largement tirée vers le haut par ces sept cantons justement) sont Bâle-Ville, Jura, Neuchâtel, Vaud, Genève, Zurich et Fribourg.

Si les cantons de Genève et de Vaud ont les taux de chômage les plus élevés (respectivement 7,4% et 5,3%) de Suisse, pour de nombreuses raisons structurelles, mais aussi à cause de la manière dont est traité socialement le chômage, ils connaissent en revanche des taux relativement bas de rentiers AI (4,77%) et de dépendants de l’aide sociale (3,42%). Tout le contraire d’autres cantons qui ont un taux de chômage relativement bas, tels Bâle-Ville 4,1%, Jura 4,2%, Fribourg 3,1%, Zurich 4%, Neuchâtel 4,3 % mais un taux de rentiers AI élevé (BS : 7,73% ou JU : 8,49%!) et de bénéficiaires d’aides sociales (BS : 6,5%, NE 4,25% …).

D’autres commentaires
Le canton de Bâle-Ville est le canton le plus touché par la précarité ; ainsi, en observant les statistiques du canton de Bâle-Campagne, on relève que celui-ci est moins atteint par ce problème. La précarité est un phénomène surtout urbain et, Bâle-Ville étant un «canton-ville», il est normal de le retrouver parmi les premiers concernés. Si l’on devait étudier la seule ville de Zurich, et non l’ensemble du canton éponyme, les résultats statistiques seraient sans doute très proches. Cette hypothèse reste toutefois à vérifier, vérification rendue difficile par les très grandes disparités des sources.

A l’inverse, pour le canton de Genève, un autre «canton-ville», si l’on devait regrouper les statistiques cantonales avec celles françaises de la couronne genevoise, situées dans les départements de la Haute-Savoie et de l’Ain, on aurait certainement des résultats sur la précarité revus à la baisse. En effet, la partie française de la troisième métropole suisse bénéficie d’un taux de chômage plus faible que la partie helvétique, l’un des plus bas de France.

Le problème de l’arc jurassien romand est récurrent. Le Jura, Neuchâtel et le Jura vaudois (difficile à isoler statistiquement du reste du canton de Vaud) rencontrent de grandes difficultés à se stabiliser en terme économique (entreprises) et social (emplois).

Tous les rentiers AI ne sont pas précaires. Il conviendrait de les soustraire du total, une soustraction impossible à réaliser avec les données statistiques disponibles.

Le taux de précarité ne prend pas en compte les working-poors qui ne relèvent pas de l’aide sociale, ni les travailleurs clandestins sans papiers, au noir ou au gris. Les 15% seraient sans doute atteints.

Enfin, il existe une forte frange de la population qui vit juste au dessus du seuil de pauvreté qui, en cas de moindre incident dans leur vie (maladie, chômage, séparation, dépression…), peut très rapidement sombrer et rejoindre les « précaires ». On peut l’estimer à 15% également.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9418
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9418 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • 1
    Statistique Vaud - SCRIS says:

    Dans le numéro 1719 (2 février) de Domaine Public (DP), sous le titre «Chômeurs, rentiers AI et assistés sociaux: statistiques comparées», un article de Messieurs Marco et Dulac propose «une image inédite de la précarité en Suisse». Ce travail de journaliste propose, à première vue, une synthèse intéressante obtenue par une méthode simple et séduisante. En résumé, faire la somme des chômeurs, des rentiers AI et des bénéficiaires de l’aide sociale, calculer un taux en fonction de la population résidante et baptiser cela «taux de précarité».

    Cet article suggère quelques remarques :

    – Les données utilisées datent de 2005 et pour atteindre 80 000 «précaires» dans le canton de Vaud, par exemple, il faut tenir compte, en plus des rentiers AI, des bénéficiaires de ren-tes complémentaires de l’AI (15 000). Croire que tous les bénéficiaires de l’AI sont dans une situation économique précaire est abusif, notamment les personnes victimes d’un handicap congénital.

    – Estimer que tous les chômeurs sont dans une situation précaire – certains se trouvent dans une situation malgré tout bien plus confortable que les personnes à l’aide sociale – est un parti pris discutable; de plus, la situation d’une vendeuse, active, qui élève seule un enfant est nettement plus précaire, et pour longtemps, que celle d’un ingénieur au chômage quelques mois.

    – Quelques individus peuvent à la fois se retrouver dans deux catégories envisagées, ce qui génère des doubles comptages: on peut bénéficier de l’aide sociale et de prestations de l’assurance chômage.

    – Ignorer les bénéficiaires de prestations complémentaires à l’AVS, alors que l’on divise par la population résidante qui comprend les personnes âgées de 65 ans et plus, n’est peut-être pas une très bonne idée. On sait que l’on trouve des personnes en situation précaire parmi les personnes âgées.

    – Envisager d’utiliser la population active comme dénominateur pour faire doubler le taux de précarité est un choix discutable; la population potentiellement active (15-65 ans) serait sans doute une option plus adéquate car elle comprendrait au moins les personnes concernées.

    – Produire des résultats avec une précision de deux décimales permet d’établir un classement entre cantons mais est de l’ordre du fétichisme arithmétique.

    – Les pistes d’explications esquissées ignorent la structure d’âge des cantons.

    – Le mélange de populations aux bénéfices d’un régime d’assistance (aide sociale) et d’assurance (LACI-AI) ne contribue pas à clarifier le concept de précarité retenu ici et même si l’article ne parle pas de pauvreté, le flou subsiste.

    – L’article ignore, et ne mentionne même pas pour mémoire, la situation des travailleurs pauvres qui vivent la précarité en dehors de toute aide.

    En résumé, la démarche de cet article est certes inédite, mais aussi est surtout lacunaire et simpliste; ce genre d’exercice ne fait pas dans la dentelle: on utilise de grandes catégories disparates pour «démontrer»! En général, les articles de DP sont mieux documentés et nous sommes étonnés qu’un tel article puisse y être publié.

    Statistique Vaud – SCRIS Yves Ammann et Jean Campiche

Les commentaires sont fermés.