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Films d’automne

icone auteur icone calendrier 8 décembre 2006 icone PDF DP 

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L’an passé à la même époque, le cinéma était volontiers politique, parfois sur un mode très ironique comme Lord of war en ricanement sur le trafic d’armes, parfois très alambiqué comme Syriana qui voulait tellement montrer les complexités du Moyen-Orient que le spectateur s’y perdait complètement. Cette année, le registre est davantage celui de l’ambiguïté. La lutte des bons et des méchants n’existe plus que dans le cinéma de pur divertissement.

La représentation de la Seconde Guerre mondiale en particulier a profondément changé. Autrefois les officiers allemands étaient présentés comme des sortes de pantins animés plutôt stupides passant leur temps à hurler des ordres. Voici déjà quelques années, Amen de Costa-Gavras, tiré du Vicaire de Rolf Hochhuth, prenait comme héros un officier SS en proie au doute. Dans Le pianiste, Polanski nous montrait un pianiste juif sauvé par un autre officier allemand amateur de musique. Cette année, Black Book de Paul Verhoeven, actuellement à l’affiche, va encore plus loin avec un récit d’infiltration et de contre-mesures dans un réseau de résistance à la fin de la guerre aux Pays-Bas où l’on ne sait plus semble-t-il qui est qui, où est le bien et où est le mal.

Dans Les infiltrés de Martin Scorsese, un policier s’introduit dans un réseau criminel et un autre policier est, lui, l’infiltré des mafieux au sein de la police. L’admirable Babel du Mexicain Alejandro Inàrritu, sans doute le meilleur film de l’automne malgré une critique un peu déroutée, est lui aussi un film sur les incertitudes de la représentation, avec un couple de touristes américains victime d’un tir de hasard au Maroc que l’on fait passer pour un acte terroriste, une sourde-muette japonaise qui n’arrive pas à se situer dans la société et, comme toujours chez Inàrritu, la frontière Mexique/Etats-Unis et ses valeurs qui fluctuent d’un monde à l’autre. Bien sûr raconté comme cela, le scénario semble bien compliqué. En réalité on suit parfaitement les histoires parallèles qui s’entrecroisent grâce au grand talent du réalisateur.

Le cinéma est toujours un sismographe subtil des tendances du moment. Ces films à l’affiche ont été conçus et réalisés en 2005, mais de la guerre en Irak aux problèmes des immigrés clandestins en Europe, c’est toute l’actualité qui est floue, ambiguë, malaisée à décrypter. Le cinéma est une éponge qui enregistre l’air du temps et le restitue pour le plus grand bonheur de spectateurs,  hélas souvent peu nombreux.

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