Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
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Les recrues marchent toujours en rang derrière leur chef

La chronique de l’arrivée des
jeunes soldats à la place d’arme de Bière raconte
gestes et humeurs des officiers face à la nouvelle compagnie
qui entame son école de treize semaines.

Les hauts parleurs soufflent des aires
de fanfare. Les jeunes conscrits, pas de filles pour cette volée,
traînent leurs bagages vers le lieu de rassemblement. Les
parents saluent leurs rejetons. Le drapeau suisse et l’étendard
de l’infanterie masquent le Mont Blanc. Le major Daniele Levi
scrute les nouveaux qui arrivent par grappes à l’ombre de
deux chars d’assaut. Secondos et troisième génération
d’enfants d’immigrés forment une troupe de Suisses
cosmopolites. Le premier lieutenant Manuel Quinche, officier avec un
contrat de durée déterminée, limité à
cinq ans – une invention d’Armée XXI pour combler les
besoins en instructeurs – observe les adolescents, avec casquettes,
jeans à mi-fesse, écouteurs, cigarette et portable
allumés. A 29 ans, il a déjà conduit plusieurs
sections de recrues. Il connaît l’excitation du premier jour
qui gagne une halle transformée en guichet de recrutement.
Nom, prénom, langues, formation, déclaration sur
l’usage des drogues. Rien ne trouble la mécanique
silencieuse, bien rodée, qui transforme en trois heures des
garçons bariolés en soldats gris verts.

L’attente
Les recrues se partagent entre Romands
et Alémaniques. Parfois, mais c’est rare, quelqu’un
demande à être affecté à l’autre groupe
linguistique, histoire de perfectionner son schwytzerdütsch ou
son français, comme l’a fait Manuel Quinche. D’ailleurs,
une fois gradé et professionnel, il est désormais
possible d’étudier les langues aux frais de l’armée
après avoir obtenu un certificat.
Pour l’heure, chacun cherche sa
place, découvre mortiers, fusils, lance-mines et casques
exposés à l’entrée en guise d’accueil. Les
chefs de section dirigent les opérations selon le «picasso»
prévu – c’est le nom de la feuille de route qui
ressemblait autrefois à un tableau plein de couleurs. Sans
excitation, au milieu de 300 personnes en attente. Biscuits et thé
trompent l’ennui, sinon la crainte ou l’agacement d’être
là.
Un petit groupe de jeunes quitte déjà
le hangar, direction la «chancellerie» : un entretien
avec les responsables de l’école de recrues infanterie 3 va
décider de leur sort entre problèmes de santé,
complications psychologiques et conflits d’agendas, des études
à démarrer ou un emploi qui presse. Dans l’ensemble,
dix appelés sur cent échappent ainsi à
l’obligation de servir, qui, à défaut de disparaître,
s’assouplit. Les temps changent, l’armée s’adapte et
s’ouvre aux changements qui ébranlent la vie civile. Tout le
monde en convient, du haut en bas de la hiérarchie,
passablement rajeunie.

Le discours

Le capitaine Valentin Lathion,
commandant de la compagnie, s’adresse enfin aux hommes debout, tête
découverte, au repos. Il exalte – il crie presque – la fierté
des fantassins, l’engagement qui mène à la victoire,
la loyauté animant la volonté de servir la patrie. Il
promet le pire aux récalcitrants, la reconnaissance aux
fidèles. «Quand le jeu se fait dur, les durs entrent en
action».
Peu avant, il exprimait autrement son
envie d’instruire et de séduire la recrue moyenne, en
général sans états d’âme vis-à-vis
de l’armée. Inutile, en effet, de convaincre les
enthousiastes (10%) – certains arrivent à Bière avec
leur fusil de tireur sur l’épaule – ou de s’obstiner avec
les sceptiques (un autre 10%). Il vantait les mérites du
groupe sur l’individualisme sans oublier d’écouter les
jeunes soldats peu enclins, aujourd’hui, à exécuter
aveuglément des ordres.
A la fin, le silence. Puis le roulement
des portes automatiques qui s’ouvrent pour laisser sortir les
jeunes en rang. Le calme de tout à l’heure vole en éclats.
Maintenant les chefs commandent, ordonnent, à tue-tête.

Le tour de la place

Le lieutenant Jacques Ruchti apprivoise
ses hommes en douceur, dit-il. Il se souvient de son école de
recrue. Il tient compte de l’aspect humain. Il a vingt-cinq ans.
Cependant, au milieu d’un demi-cercle muet, il martèle le
b.a.-ba du parfait soldat obéissant et respectueux. Il connaît
sa mission mieux que quiconque. Tout égarement se soldera par
une punition. Il hurle ses mots et gros mots. Il ne veut entendre ni
plaintes ni raillerie. La bêtise d’un seul coûtera cher
à tous. Il balise le goudron à coups de bottes. Prêt
à tout partager avec ses hommes, mais implacable avec les
cancres. Il veut cheveux courts et mentons rasés.
Les fantassins partent en rang par deux
reconnaître les bâtiments stratégiques : arsenal,
commandement, poste, cantines, infirmerie. Ils traversent la place en
long et en large, vite. Comme les autres sections, mais chacune à
sa façon : avec ou sans bagages, avec ou sans haltes, avec ou
sans explications. But commun, mais méthodes variables, selon
la philosophie en vigueur dans l’armée suisse, explique le
major Levi. Ils découvrent aussi les quartiers réservés
à l’artillerie. Le lieutenant interdit provocations et
bagarres, fier et énervé par un passé de
chicanes et de différends, dans les bistros et dans les
états-majors. Puis, c’est le partage des lits. Demain, ils
recevront uniformes et équipement. Peut-être, un ou deux
auront «pété les plombs» pendant la nuit.
La coupure avec leur monde, familier et quotidien, sera consommée.
Pendant treize semaines.

md

Cet hiver, 7610 recrues, dont 48 femmes, sont entrées sous les drapeaux. Environ 1100 conscrits
accomplissent un service long qui dure 300 jours. 6304 soldats sont
affectés à l’armée de terre et 836 à l’armée de l’air. 470 jeunes gens ont été renvoyés après la première semaine.

Source (Swissinfo)

L’attente
Les recrues se partagent entre Romands
et Alémaniques. Parfois, mais c’est rare, quelqu’un
demande à être affecté à l’autre groupe
linguistique, histoire de perfectionner son schwytzerdütsch ou
son français, comme l’a fait Manuel Quinche. D’ailleurs,
une fois gradé et professionnel, il est désormais
possible d’étudier les langues aux frais de l’armée
après avoir obtenu un certificat.
Pour l’heure, chacun cherche sa
place, découvre mortiers, fusils, lance-mines et casques
exposés à l’entrée en guise d’accueil. Les
chefs de section dirigent les opérations selon le «picasso»
prévu – c’est le nom de la feuille de route qui
ressemblait autrefois à un tableau plein de couleurs. Sans
excitation, au milieu de 300 personnes en attente. Biscuits et thé
trompent l’ennui, sinon la crainte ou l’agacement d’être
là.
Un petit groupe de jeunes quitte déjà
le hangar, direction la «chancellerie» : un entretien
avec les responsables de l’école de recrues infanterie 3 va
décider de leur sort entre problèmes de santé,
complications psychologiques et conflits d’agendas, des études
à démarrer ou un emploi qui presse. Dans l’ensemble,
dix appelés sur cent échappent ainsi à
l’obligation de servir, qui, à défaut de disparaître,
s’assouplit. Les temps changent, l’armée s’adapte et
s’ouvre aux changements qui ébranlent la vie civile. Tout le
monde en convient, du haut en bas de la hiérarchie,
passablement rajeunie.

Le discours
Le capitaine Valentin Lathion,
commandant de la compagnie, s’adresse enfin aux hommes debout, tête
découverte, au repos. Il exalte – il crie presque – la fierté
des fantassins, l’engagement qui mène à la victoire,
la loyauté animant la volonté de servir la patrie. Il
promet le pire aux récalcitrants, la reconnaissance aux
fidèles. «Quand le jeu se fait dur, les durs entrent en
action».
Peu avant, il exprimait autrement son
envie d’instruire et de séduire la recrue moyenne, en
général sans états d’âme vis-à-vis
de l’armée. Inutile, en effet, de convaincre les
enthousiastes (10%) – certains arrivent à Bière avec
leur fusil de tireur sur l’épaule – ou de s’obstiner avec
les sceptiques (un autre 10%). Il vantait les mérites du
groupe sur l’individualisme sans oublier d’écouter les
jeunes soldats peu enclins, aujourd’hui, à exécuter
aveuglément des ordres.
A la fin, le silence. Puis le roulement
des portes automatiques qui s’ouvrent pour laisser sortir les
jeunes en rang. Le calme de tout à l’heure vole en éclats.
Maintenant les chefs commandent, ordonnent, à tue-tête.

Le tour de la place
Le lieutenant Jacques Ruchti apprivoise
ses hommes en douceur, dit-il. Il se souvient de son école de
recrue. Il tient compte de l’aspect humain. Il a vingt-cinq ans.
Cependant, au milieu d’un demi-cercle muet, il martèle le
b.a.-ba du parfait soldat obéissant et respectueux. Il connaît
sa mission mieux que quiconque. Tout égarement se soldera par
une punition. Il hurle ses mots et gros mots. Il ne veut entendre ni
plaintes ni raillerie. La bêtise d’un seul coûtera cher
à tous. Il balise le goudron à coups de bottes. Prêt
à tout partager avec ses hommes, mais implacable avec les
cancres. Il veut cheveux courts et mentons rasés.
Les fantassins partent en rang par deux
reconnaître les bâtiments stratégiques : arsenal,
commandement, poste, cantines, infirmerie. Ils traversent la place en
long et en large, vite. Comme les autres sections, mais chacune à
sa façon : avec ou sans bagages, avec ou sans haltes, avec ou
sans explications. But commun, mais méthodes variables, selon
la philosophie en vigueur dans l’armée suisse, explique le
major Levi. Ils découvrent aussi les quartiers réservés
à l’artillerie. Le lieutenant interdit provocations et
bagarres, fier et énervé par un passé de
chicanes et de différends, dans les bistros et dans les
états-majors. Puis, c’est le partage des lits. Demain, ils
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