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Hauts salaires : Un petit patron contre les grands

Le
patron d’une entreprise de cosmétiques lance une initiative populaire
«contre les rémunérations abusives» des dirigeants des compagnies
suisses cotées en bourse. Elle devance la révision du droit des
sociétés anonymes
, au programme du Parlement en 2007, trop timide au
goût de l’entrepreneur.

Depuis la faillite de Swissair, Thomas Minder, aux commandes de Trybol
SA
, mène campagne contre les patrons despotes de l’économie suisse,
volontiers multinationale et mondialisée ; Daniel Vasella (Novartis),
Marcel Ospel (UBS), Peter Brabeck (Nestlé), Franz Humer (Roche), Walter
Kielholz (Credit suisse) en tête. Son entreprise compte encore les
pertes essuyées lors du crash de l’ancienne compagnie d’aviation. Chef
d’une PME familiale, désormais centenaire, spécialisée en dentifrices,
crèmes de rasage et autres shampooings, qui allie modestie et
créativité, il déplore les revenus faramineux empochés par des managers
surestimés, voire incompétents, formant une caste d’intouchables,
souvent enrichis de parachutes dorés en cas de départ, forcé ou
spontané, peu importe.

La veine populiste qui nourrit la lutte contre l’establishment
financier et bancaire du pays se double d’une méfiance manifeste à
l’égard du pouvoir politique. L’initiative entend court-circuiter le
Parlement dont Thomas Minder redoute la lenteur et la soumission aux
lobbies qui risquent de tuer dans l’œuf une réforme plutôt axée sur la
transparence de l’information que sur le contrôle des conseils
d’administration par les actionnaires. D’ailleurs, l’héritier de Trybol
SA dénonce inlassablement l’indifférence bernoise vis-à-vis de l’usage
abusif du label made in Switzerland, qui pourraient à la longue
saborder les belles performances de l’industrie d’exportation.

L’homme des parfums attend ainsi la réaction d’economiesuisse, accusée
d’ignorer le sort des petites et moyennes entreprises à l’avantage de
quelques sociétés transnationales qui dictent leur loi du haut d’une
puissance économique inégalable. Même si l’ancien Vorort, l’Union
suisse du commerce et de l’industrie, défend les principes de la bonne
gouvernance inscrits dans le Swiss code of best practice, élaboré en
collaboration avec la bourse suisse. Le mode d’emploi de la gestion
responsable affirme en effet clairement la primauté des actionnaires.

Dans l’air du temps

L’initiative relaie un débat animé, qui déborde la question des
salaires. La démesure de certains traitements scandalise certes
l’opinion publique, occupe la une des médias, anime la controverse
entre syndicats et organisations patronales, qui semblent néanmoins
redouter l’opprobre populaire au point que Rudolf Stämpfli, président
de l’Union patronale suisse, craint que «les citoyens perdent toute
confiance dans le système». Mais elle renvoie surtout au «besoin» de
domestiquer le capitalisme. Et de démocratiser le gouvernement
d’entreprise.

Contre des technocrates tout-puissants, voici le temps de
l’investisseur qui veut contrôler leur gestion. Pierre-Yves Gomez en
racontait déjà l’ambition dans La République des actionnaires (Syros,
2001).

Porté par les revendications des caisses de pension, généreuses
pourvoyeuses de fonds, le mouvement se généralise depuis une trentaine
d’années à l’ensemble des stakeholders – parties prenantes des
processus financiers et productifs. Si bien que consommateurs,
épargnants, employés jusqu’aux ONG vouées à la défense du tiers-monde
ou de l’écologie réclament le droit de participer à la conduite des
affaires de sociétés privées, mondialisées, dirigées par une oligarchie
se partageant les fauteuils des conseils d’administration.

Reprendre le contrôle

Thomas Minder ni plus ni moins qu’Ethos ou Actares, souhaite
circonscrire le pouvoir des «top-managers» et élargir les prérogatives
des véritables propriétaires des entreprises. C’est pourquoi
l’initiative prévoit une réduction drastique du pouvoir des
administrateurs. Après la question des salaires – confiés à des comités
de rémunération vraiment indépendants et approuvés par l’assemblée
générale – elle redessine de fond en comble le profil de leur mandat
qui devra être exclusif, incompatible avec d’autres charges et soumis
chaque année au vote des actionnaires qui pourront s’exprimer à
distance via SMS ou Internet. L’initiative exige finalement
l’obligation pour les fonds de pension, présents massivement dans les
capitaux des grandes compagnies, de respecter les intérêts de leurs
assurés, afin d’éviter des cas semblables à celui de Jürg Bucher,
représentant la caisse de retraite de La Poste à l’assemblée de Nestlé
en 2005, votant pour le double mandat de Peter Brabeck alors qu’il
avait été chargé de s’y opposer.

En revanche, Thomas Minder n’évoque à aucun moment la participation des
salariés que ce soit au gouvernement des sociétés ou à leurs bénéfices.
Et oublie par la même occasion de rappeler que les droits des
actionnaires ne doivent pas l’emporter sur une politique salariale
correcte, y compris l’égalité entre hommes et femmes, sur le respect
des conventions collectives, y compris chez les fournisseurs, ainsi que
sur les normes environnementales, gages de la durabilité de
l’entreprise.

md

Le salaire moyen en Suisse se monte à 65 000 francs bruts par an. Le
salaire des managers les mieux payés dépasse les 20 millions annuels.
En 2005, l’écart le plus grand mesuré entre le salaire d’un employé et
celui d’un cadre au sein de la même entreprise présentait un rapport de
1 à 544. En 2006, le salaire des employés est resté pratiquement
inchangé par rapport à 2005. Le revenu des managers des 50 plus grandes
entreprises s’est en revanche apprécié de 18%.

(Source : Swissinfo)


Etude d’Ethos sur les salaires des dirigeants.

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