Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Elections: Primaires et verrouillage

La
tendance veut que les adhérents à un parti soient associés directement
à la désignation des candidats. Mais cette participation se heurte aux
exigences des alliances. La gauche vaudoise découvre spectaculairement
cette contradiction. Quel choix pour les socialistes?

Entre tous les candidats présentés, les citoyens électeurs choisissent
; ils confèrent aux élus la légitimité démocratique ; ils exercent leur
souveraineté. Mais qui, en amont du processus décisionnel, choisit les
candidats ? Ceux qui détiennent ce droit disposent d’un pouvoir,
arithmétiquement et réellement, supérieur à celui des citoyens. Ils ne
sont, disons, que quelques centaines de délégués à décider alors que
les électeurs se recensent par centaines de milliers ou par millions.
Certes il ne s’agit que de décisions internes à un parti qui organise
selon ses règles la sélection de ceux qui le représenteront. Mais ce
préchoix a aussi une portée décisive et publique. Celui qui n’est pas
retenu ne participera pas à la compétition. Eliminé avant d’avoir pu
courir.

Ce pouvoir de sélection peut-il être démocratisé, c’est-à-dire exercé,
non pas par des délégués, mais par chaque adhérent ? Tout membre du
parti disposerait d’une carte de vote, lui permettant d’exercer un
droit politique, privé mais déterminant, celui de participer au
préchoix. En France, dans la perspective de la présidentielle, ce droit
est considéré comme si important que le parti socialiste et l’UMP le
font valoir avec succès comme un outil de recrutement.

Une tendance profonde

Les spectaculaires primaires du parti socialiste français peuvent faire
croire à un effet de mode. De surcroît les médias aiment tant les
combats de chefs et les affrontements personnalisés. En Suisse où les
adhérents aux partis sont peu nombreux, les décisions se prennent
souvent en assemblée générale où chaque participant dispose d’une voix.
Et l’élection-phare, celle du Conseil fédéral, ne se fait pas au
suffrage direct. Mais on aurait tort d’en conclure que cette évolution
ne nous concerne pas. Car elle doit être mise en relation avec la
révolution d’Internet. Tout candidat peut avoir son blog, dialoguer, se
faire connaître, établir des liens directs. On s’éloigne de la
politique à l’ancienne, telle qu’on la caricaturait, sérail,
cooptation, parrainage, filiation, clientélisme. Le jeu politique
nouveau n’est peut-être pas devenu pour autant idyllique, mais c’est se
méprendre gravement de ne pas tenir compte de ce besoin de
participation directe, élargie.

4-4

Or cette tendance réelle et nouvelle à l’ouverture se heurte aux
exigences des coalitions en système majoritaire. Comment parler de
préchoix quand les conditions préalables imposées par les ententes
interpartis font qu’il n’y a plus de choix ? Les partis vaudois en
donnent l’illustration.

Alors que, durant cette législature, le Conseil d’Etat a été perçu
comme travaillant dans un esprit de collaboration avec prédominance
radicale-socialiste, la campagne électorale a été présentée (jusqu’à
décision des Verts) comme devant être un affrontement gauche-droite,
déterminant le vainqueur, détenteur de la majorité, soit 4 sur 7.

A gauche, les deux socialistes et le Vert se représentant, le quatrième
ne pouvait être que le candidat popiste, soit le récurrent Josef
Zisyadis
. Alors que la tendance profonde est celle de l’ouverture,
alors que beaucoup de citoyens pouvaient légitimement souhaiter la
bascule, mais avec un choix ouvert, par exemple trois socialistes et un
Vert, ou deux Verts et deux socialistes, ou deux socialistes, un Vert
et un popiste, etc., impossible ! La liste était verrouillée. Pas
d’autre choix, sous peine de jouer contre son camp, que de voter pour
Josef Zisyadis dont l’imprévisibilité est connue. Dans l’actualité la
plus récente, il invite avec «A gauche toute» à voter «blanc», le 26
novembre pour le milliard aux pays de l’Europe de l’Est.

Les Verts en présentant deux candidats ont fait sauter le 4-4. On peut
y voir une péripétie locale, un jeu d’ambition personnelle. Mais la
gauche, en dépassant les susceptibilités, gagnerait à réfléchir aux
besoins croissants des citoyens d’être associés aux choix, en
opposition à ce qu’on pourrait considérer comme la carte forcée.

Deux tours

La conciliation du vote de conquête et du vote utile où l’on choisit
ses alliés est rendue possible par le système d’élection à deux tours.
Dans une situation de ballottage prévisible, même si quelques
magistrats franchiront peut-être d’emblée la barre de la majorité
absolue, le second tour permet d’ajuster la prétention conformément au
verdict du peuple et de confirmer les alliances. Mais encore faut-il
avoir initialement affiché son ambition. Le parti socialiste vaudois a
toujours voulu que la barre soit placée un cran plus haut, un candidat
de plus que l’effectif de sortie de législature, quand bien même cette
volonté a eu quelques fois pour effet de mettre sur la touche des
magistrats dont le mandat n’a pas été renouvelé. Les Verts lui ont
rendu sa liberté d’action, celle, naturelle, de présenter au premier
tour trois candidats socialistes, même si l’accord avec le POP n’est
pas remis en cause. Alors qu’il présente un bilan positif,
renoncera-t-il à cette affirmation de soi ?   

ag

Réactions :

Rose ou vert, le béton reste du béton – (Audeladécocardes) – 2.11.2006

La
débilité de la description du débat politique comme un match
gauche-droite fait des ravages même chez des commentateurs en général
plutôt lucides. Quand donc se préoccupera-t-on du contenu des
propositions d’actions politiques (programmes ou plate-formes) plutôt
que des jeux de drapeaux? Ou bien est-il impossible de concevoir qu’on
peut être social ou/et écologiste sans être « de gauche »? N’est-il en
outre pas possible de voir que, rose ou vert, le béton reste du béton?

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9294
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9294 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP