Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Quand l’esprit d’initiative vient aux pauvres

Après
l’année consacrée au microcrédit par l’ONU en 2005, la revue Finance
& the Common Good/ Bien Commun examine une pratique en plein essor,
partie d’Asie et conquérant maintenant l’Europe.


Mohammed Yunus
, inventeur du microcrédit et prix Nobel de la paix cette
année, croit dur comme fer que le crédit est un droit humain. Il doit
aider les pauvres, surtout les femmes, à améliorer leur existence. En
trente ans – la Grameen Bank de l’économiste bengali a ouvert en 1975 –
la finance en miniature a conquis des franges de plus en plus larges de
la population exclue de l’emprunt traditionnel. Les Nations Unies
comptent environ 100 000 institutions en tout genre qui touchent des
dizaines de millions de personnes sur les cinq continents.
L’établissement fondé par Yunus sert à lui tout seul plus de quatre
millions d’entrepreneurs à travers 1 400 guichets où s’affairent 13 000
employés qui gèrent près de 500 millions de dollars. Depuis 2004 la
Grameen Bank clame son autosuffisance, affranchie des dons et des
subventions publiques et privées. Le microcrédit, circonscrit à ses
débuts à quelques pionniers avec de capitaux modestes – le prix Nobel
avait sorti 27 dollars de sa poche à la signature du premier contrat –
concerne aujourd’hui des opérateurs qui offrent des services
polyvalents, de l’épargne aux assurances. Cette croissance phénoménale
séduit les banques commerciales, prêtes à rattraper le temps perdu et à
occuper un marché sous-estimé. La Bank Rakyat Indonesia, un organisme
gouvernemental, devenu membre du Global Network of Banking Innovation
qui rassemble les leaders du secteur, administre déjà les économies de
30 millions de clients à bas revenu et finance près de trois millions
de microdébiteurs. Partie d’Asie et d’Amérique latine, la vague atteint
désormais l’Europe, d’abord à l’est ensuite à l’ouest, Suisse comprise
(voire l’ASECE de Georges Aegler à Lausanne, Microcrédit : La niche des petits entrepreneurs , Marco Danesi (md), DP n°1703, du 29 Septembre 2006).

Succès oblige, l’ONU vient de célébrer en 2005 l’année du microcrédit.
Le dernier numéro de Finance & the Common Good / Bien Commun, revue
bilingue éditée par l’Observatoire de la finance à Genève – plateforme
de recherche et débat sur le monde de la finance – saisit l’occasion
pour discuter les multiples facettes de cette pratique et, surtout, sa
dimension sociale qui déborde largement sa rentabilité.

Une bonne idée, pas un miracle

D’une contribution à l’autre, on nuance la portée de l’instrument,
ingénieux certes, mais loin de répondre une fois pour toutes au
problème de la pauvreté dans le monde. Sans l’accuser d’être un alibi
néolibéral, les auteurs évoquent volontiers ses affinités avec le
crédit classique, dont elle reproduit les principes à échelle réduite :
un prêt et des taux d’intérêts. Par ailleurs, ils rappellent que
l’accès des plus démunis à l’emprunt ne dédouane pas l’humanité, riche
et évoluée, de ses responsabilités à l’égard du reste de la planète qui
aspire au bien-être et au développement, ou parfois simplement à la
survie. Car le microcrédit profite presque toujours aux personnes
nanties d’un projet, en bonne santé, et déjà formées. En revanche,
précise Fouad Abdelmoumni, directeur d’Al Amana, une association
marocaine qui soutient les petites entreprises, «il a peu d’incidence
sur le développement de compétences nouvelles, la création de nouvelles
opportunités de marché, la croissance globale de l’économie,
l’éducation, la santé, les infrastructures, etc…». Niamh Goggin, expert
en la matière, souligne à quel point la microfinance ignore les raisons
de la pauvreté. Inégalités, injustices, violence, discriminations
tiennent de la fatalité. Dans le pire des cas, elle enfonce davantage
les plus pauvres souvent otages d’environnements misérables, corrompus,
menaçants, dépourvus du minimum vital sans ordre ni lois. Par contre,
elle offre une chance de salut personnalisée via l’initiative privée.
Dont la collectivité pourrait bénéficier aussi, si elle était intégrée
à des programmes de promotion de la santé et de l’éducation à l’image
de Freedom from Hunger au Ghana qui collabore avec des banques
paysannes.

L’Europe, un cas particulier

Le vieux continent a découvert le microcrédit au cours des années
nonante. Il s’enracine rapidement dans les anciennes démocraties
populaires à l’est du rideau de fer. Pologne, Roumanie, Slovaquie et
Bulgarie devancent tous les autres pays. Les coopératives d’épargne
(«Credit unions»), genre Raiffeisen, dominent un marché en expansion,
malgré une présence féminine moins importante que dans les régions du
sud de la planète – 40% contre 80% et avec un fort impact sur les
immigrés. Prolifération des PME – 23 millions dont 94% emploient moins
de 9 salariés – chômage endémique, secteur informel – près de 30
millions de personnes travaillent à leur compte et au noir – alimentent
la demande, même si les avantages de l’aide sociale, inexistante dans
le tiers-monde, dissuadent plus d’un candidat face aux risques d’une
activité indépendante. Un accompagnement progressif devient ainsi
indispensable pour encourager les plus récalcitrants à accomplir le
pas. De plus la demande va tôt ou tard emprunter le réseau de banques
et d’instituts financiers qui émaillent le continent alors que, dans
les pays en développement, le microcrédit comble un vide et façonne ses
propres canaux de distribution. Il faudra alors adapter un cadre
administratif et législatif trop plaqué sur les besoins de l’industrie,
des compagnies nationales ou multinationales et des grandes fortunes :
de nos jours 10% des citoyens ne peuvent toujours pas accéder aux
services bancaires. La poste pourrait jouer d’ailleurs un rôle
prépondérant, grâce à son implantation et à son entrée récente dans le
monde des affaires, en évitant à la fois les ghettos de microcréditeurs
et la «tentation humanitaire» en visant la rentabilité, à la fois
économique et sociale, créatrice d’emplois et de solidarité.
   

md

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9287
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9287 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP