Mode lecture icon print Imprimer

Genève : Iniative populaire et réalité scolaire

A
Genève, l’école a surtout besoin de ressources humaines et financières
pour accomplir sa mission, car même le retour des notes, plébiscité par
la population, ne résoudra pas tous ses problèmes.

icone auteur icone calendrier 6 octobre 2006 icone PDF DP 

Thématiques

L’initiative «Pour le maintien des notes à l’école primaire», rédigée
par l’Association Refaire l’Ecole (ARLE), a été largement acceptée par
plus de 75% des votants genevois. Pour rappel, le texte initial de
l’initiative avait, en son temps, été signé par 28 000 citoyens, un
record pour le canton.

Avec ce texte, l’ARLE prétend réagir à l’étude PISA, particulièrement
négative pour le canton de Genève et met directement en cause le
processus de réforme de l’enseignement, initié en 1994, considérant les
méthodes pédagogiques actuelles comme un reliquat négatif des années
post-68. L’objectif principal de ce projet de rénovation était de
rendre l’école primaire plus juste et plus efficace pour les élèves en
difficulté, voire en échec, majoritairement issus de familles à revenus
modestes.

Avec le vote, dès la rentrée prochaine, les cycles d’apprentissage
n’existeront plus. Le cursus sera, comme par le passé, divisé en six
degrés, avec redoublement en cas d’échec. À partir de la 3ème, les
notes, de 1 à 6, détermineront, sous conditions d’admission, la
promotion des élèves d’un degré à l’autre.

Cependant, avec ou sans note, l’évaluation restera subjective. Les
cycles d’apprentissage permettaient aux enfants d’atteindre des
objectifs communs de manière individuelle au rythme propre à chacun,
sans risque de redoublement annuel. En effet, à un âge donné, tous les
enfants n’ont ni les mêmes connaissances ni le même niveau
d’apprentissage et les carences en matière de soutien scolaire, qu’il
soit parental ou public, sont connues. Par ailleurs, pourquoi vouloir à
tout prix fixer un objectif post-obligatoire identique, de niveau
supérieur, pour tous les élèves ?

Malgré ces réserves, il faut reconnaître que ce vote a obtenu
l’adhésion populaire, il n’y a pas de clivage politique. Les
citoyens-parents ont décidé l’arrêt de l’école «active», celle où l’on
mêle Freynet au «tout public» en rompant définitivement avec le corps
enseignant. La volonté d’égaliser le niveau supérieur des études par le
biais des HES est certainement l’une des causes de la rupture. Ainsi
l’époque de l’école à papa-Chavanne est révolue : le mélange pédagogie
et apprentissage a vécu, ce n’est plus le programme qui doit suivre
l’élève mais à l’enfant de s’adapter aux exigences. La sélection doit
commencer tôt car, ensuite, l’implacable logique élitiste se poursuit
avec les HES. L’apprentissage, dévalorisé à dessein par les mêmes
politiques, fait les frais de cette volonté en devenant le refuge des
élèves non promus au collège, à l’école d’ingénieur ou, et c’est un
comble, à l’école de culture générale. Des élèves trop nombreux dont on
parle peu lors des réunions de parents du 9ème degré, occultant une
réalité de terrain nettement moins scintillante que le niveau gymnasial
menant aux hautes études. Même l’université, aux normes d’admission
désormais moins élevées, fait figure de deuxième choix selon la matière
envisagée.

Si l’on ne veut pas revenir simplement au passé, il faut maintenant
coupler la décision populaire aux réflexions des chercheurs et
enseignants en dessinant un nouvel axe, moins élitiste, avec une vue
globale et collective du cursus scolaire et professionnel. La direction
de l’enseignement primaire doit reprendre la place qui est la sienne en
servant de jonction entre les associations de parents et les
groupements en charge des transformations. Les réformes mises en place,
même contestées par le peuple, sont bonnes. Il faut les soutenir en
soulignant les changements positifs. La pédagogie active différenciée a
fait ses preuves en milieu privé, et a longtemps été un privilège
payant, réservé à la classe aisée. Le suivi individuel de l’enfant,
allié au soutien du développement de son autonomie d’apprentissage,
dans un cadre motivant et non-concurrentiel, tout comme l’esprit
participatif et la mise en valeur de la collectivité dans l’acquisition
des connaissances, sont certainement des bases solides pour une
rénovation.

Dans l’obligation de respecter une volonté populaire, il ne faut pas
être contre-productif, car les mesures découlant de la mise en
application de l’initiative de l’ARLE ne doivent pas nécessairement
modifier les fondements de la réforme. L’unique priorité est de donner
impérativement des moyens, financiers et humains, au système scolaire !
Ce n’est pas seulement la mise en place de mesures cosmétiques. Avec ou
sans notes, certains aménagements sont nécessaires, tels que la
diminution du nombre d’élèves par classe, l’augmentation des effectifs
enseignants, le décloisonnement des degrés, l’apport de connaissances
spécifiques par le biais de maîtres spécialisés. L’élaboration d’un
horaire scolaire en lien avec la réalité professionnelle des parents
est également primordiale, ainsi que l’élargissement de l’accueil
parascolaire et des études surveillées.

Delphine N’Diaye

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9252
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9252 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.