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Asile : L’abus à deux vitesses

icone auteur icone calendrier 29 septembre 2006 icone PDF DP 

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A
défaut de projet politique, on fait la police. Les requérants d’asile
se distingueraient désormais entre vrais et faux persécutés. La loi,
durcie à volonté (cf. édito), poursuivrait les demandeurs qui
détourneraient l’hospitalité suisse à leur avantage sans y avoir droit.
L’abus désigne ainsi la tromperie aux dépens de la générosité ; le
voyou profitant du naïf.
Or, l’abus, c’est là son intérêt politique, accuse de tous les maux un
ennemi extérieur, sinon étranger. Une fois neutralisé, le monde se
redresse, il retrouve paix et justice. Fatalement, la traîtrise et le
mensonge foisonnent, ils monopolisent le débat politique et les cafés
de commerce – il y a toujours une tromperie à raconter, un souvenir
d’escroc à chuchoter. A l’image d’un virus, l’abus infecterait le tissu
social. Ça proliférerait et rien y échapperait. Au point que la société
pourrait en tomber malade, violée. L’assistance sociale en souffrirait,
suscitant la réaction de Pierre Mirabeau, président des banquiers
privé, qui condamne les parasites qui entraveraient le bon
fonctionnement du système. L’assurance invalidité en dénicherait
également chaque jour. On révise alors règles et principes pour les
mettre au ban.
Imperceptiblement, le combat dégénère en croisade, entre opportunisme
électoral et craintes sincères, au nom de la justice et de la morale.
Christoph Blocher jouerait l’homme providentiel contre le petit monde
bernois dégénéré, impuissant face aux délinquants et aux complots qui
menaceraient le pays. L’encerclement, fantasmé ou réel, peu importe,
justifierait la traque. Quand la politique abdique, reste la répression.
Curieusement, l’abus perd sa virulence à l’égard des patrons, des
nantis, des conseils d’administration, enfin du pouvoir. Invoqué à
loisir dans le cas des laissés pour compte, des offices du chômage, du
peuple d’en bas, il s’efface avec un sursaut «classiste» dans les
environs des beaux quartiers. Par miracle, il change de sens. L’abus
deviendrait acceptable pour le bien de la nation et de la productivité.
Le fisc va et vient de la fraude à l’évasion, friand des fortunes
enterrées en Suisse à l’abri des tribunaux européens. Le secret
bancaire comble la raison d’Etat. Les employeurs embauchent des
travailleurs au noir, coincés par une main-d’œuvre indigène trop rare,
indifférents aux scandales médiatiques, malgré les timides réformes
envisagées par le gouvernement et le parlement sensibles aux arguments
d’economiesuisse. Tandis que le clandestin débusqué risque, lui,
l’expulsion.
Bref, d’un côté, l’abus mérite la sanction, de l’autre, il déclenche
l’indulgence complice. Pire, il culpabilise l’humanité dans le besoin,
alors qu’il consacre l’impunité des plus forts.   
md


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