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Les paysans contre-attaquent

L’OMC
dans l’impasse, les agriculteurs se félicitent du «coup d’arrêt donné à
cette machine infernale». Ils espèrent que ce sera aussi un coup de
frein à la réforme Agriculture 2011. Les premières salves du combat ont
été tirées au sein de la commission du Conseil des Etats.

icone auteur icone calendrier 22 septembre 2006 icone PDF DP 

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Les paysans savent qu’ils ont une bonne carte en main. La réforme de
l’agriculture suisse se déroule au rythme imposé par les négociations
internationales. Agri rappelle la coïncidence étroite entre le
changement de la politique de la Suisse et la libéralisation agricole
imposée par l’OMC. L’hebdomadaire ne décrit pas, malgré tout, l’OMC
comme le grand satan. Les négociations internationales ont permis de
tempérer le credo libéral. Elles ont offert une nouvelle vision de
l’agriculture qui n’a pas l’unique fonction de fournir des produits au
meilleur prix. Les paysans ont le droit de faire payer les services
qu’ils rendent pour sauvegarder l’environnement et garantir un
équilibre de la société, en évitant la désertification et le
dépeuplement de régions entières. Le journal agricole se félicite de
cet acquis décisif. En utilisant l’argumentation de la
multifonctionnalité, la Suisse peut continuer de protéger son
agriculture par un changement de méthode. Fini le soutien des prix qui
encourage la production. En échange, les paysans reçoivent directement
des subsides pour les services rendus à la société.

Les nouvelles règles de la politique agricole, maintenant bien connues,
font l’objet d’un large accord politique. Mais les paysans s’écartent
de cette ligne consensuelle. Devant la commission du Conseil des Etats
qui a procédé à un premier examen de la réforme Agriculture 2011, les
porte-parole du club agricole au parlement ont réclamé le maintien du
soutien des prix à la production. Cette protection garantirait plus
efficacement le revenu agricole que les paiements directs. Les
agriculteurs donnent ainsi un coup de canif aux principes dont ils
vantent par ailleurs les mérites. En proposant la suppression des
soutiens à la production, le Conseil fédéral préparait les concessions
qu’il s’apprêtait à faire à l’OMC. L’échec des négociations donne
quelques chances à cette contestable régression. Le lobby paysan
proteste, par ailleurs, contre la diminution de l’aide fédérale,
amputée de 632 millions sur quatre ans. Il juge trop rapide le rythme
des réformes de structures imposées à l’horizon 2011. C’est son rôle.
Mais c’est aussi aux consommateurs et autres acteurs de la vie
économique de défendre leurs intérêts.

On peut, en revanche, appuyer sans réserve les agriculteurs lorsqu’ils
réclament la baisse de leurs coûts de production. Ils pourraient
économiser chaque année un milliard s’ils avaient la possibilité
d’acheter leurs machines, leurs engrais, leurs semences et autres
fourrages à des prix européens. Mais d’autres lobbies veillent (cf. Politique agricole : Des lobbies aux pouvoirs inégaux , Tille Albert ( at ), DP n°1690, du 26 Mai 2006). On peut également
faire alliance avec les paysans lorsqu’ils dénoncent tous ceux qui, en
aval et en amont, contribuent à renchérir les aliments que nous
achetons. Dans le dernier numéro de La Vie économique, le directeur de
l’Office fédéral de l’agriculture assène quelques chiffres assassins.

Les agriculteurs suisses touchent pour leurs produits des prix
nettement plus élevés que leurs collègues européens. Cela représente un
surcoût de 2,7 milliards pour les consommateurs. C’est un montant
appréciable. Mais si, à leur tour, les transformateurs et distributeurs
de produits agricoles suisses se contentaient de marges européennes, la
facture diminuerait de 8,2 milliards pour les consommateurs. C’est là
que réside le plus gros réservoir d’économies potentielles.

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