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Emploi : Le travail temporaire s’installe dans la durée

Afin
de simplifier la vie aux entreprises, la Confédération souhaite
notamment «déréguler» les contrats intérimaires au risque de renforcer
les tentations de sous-enchère salariale déjà observée depuis l’entrée
en vigueur de la libre circulation des travailleurs.

Joseph Deiss a terminé son mandat en pèlerin des PME. Peu avant son
départ du gouvernement, il a mis en consultation une série de mesures
destinées à faciliter la vie de ces veaux d’or de l’économie suisse.
Faisant sienne la rengaine des patrons des arts et métiers, il a décidé
qu’il fallait cesser «d’accabler les entrepreneurs de procédures,
d’autorisation et autres régulations». Et parmi celles-ci, la norme
réglant le travail temporaire.

Le travail temporaire est un avatar de la flexibilisation actuelle du
marché de l’emploi. Fini le métier que l’on conserve toute une vie.
L’heure est à l’engagement à durée déterminée, sans délai de congé,
parfois sans protection conventionnelle. L’employeur y trouve son
compte : malgré des coûts supérieurs à ceux des salariés fixes, il peut
plus facilement adapter les effectifs à son carnet de commande. Pour
éviter de multiplier les frais de recrutement lorsqu’il faut engager un
nouvel employé, parce que le contrat arrive à son terme, rien ne
l’empêche de garder le salarié concerné en lui accordant un nouvel
emploi limité dans le temps. Et si les législations d’autres pays
transforment les enchaînements de contrats temporaires en emplois
fixes, rien de tel en Helvétie. En outre les travailleurs disposés à
accepter la précarité et les risques (on sait par exemple que les
temporaires sont plus souvent victimes d’accidents du travail)
immanents à ce type de contrat ne manquent pas en ces temps de tensions
sur le marché de l’emploi. Les syndicats, après avoir longtemps refusé
d’organiser les «temporaires», sont perplexes, mais semblent
impuissants. Ils ont par exemple eu grand peine à faire appliquer la
retraite anticipée du bâtiment aux nombreux temporaires de ce secteur.
Quelques conventions collectives, par exemple dans l’horlogerie,
contiennent des clauses pour limiter le nombre d’employés temporaires
dans une même entreprise, mais rien ne semble pouvoir mettre un terme à
leur prolifération. Récemment, même la Confédération a été conquise par
cette mode : difficile d’y trouver un emploi à durée indéterminée, même
pour des tâches très qualifiées. Le juriste et la spécialiste des
nouvelles technologies sont logés à la même enseigne que l’étudiante à
la recherche d’un job d’été.

Une nébuleuse d’agences de placement profite de cette expansion. A côté
des célèbres Manpower ou Adecco, plusieurs dizaines de petites
officines ont essaimé, certaines, on va le voir, profitant de la libre
circulation des personnes. Mais pas question de se déclarer prestataire
de travail temporaire sans autorisation cantonale. Parmi les conditions
pour se voir accorder ce sésame, disposer de réserves pour garantir les
salaires des employés, car les temporaires sont le plus souvent
salariés par le placeur et non par son client, même si le lieu de
travail est chez ce dernier. Or cette procédure de contrôle est dans le
viseur des dérégulateurs du Département fédéral de l’économie (DFE).
Cette «bureaucratie inutile» doit céder le pas à une simple
inscription. Ainsi, facile de s’autoproclamer entreprise de travail
temporaire, l’offre (en force de travail) et la demande abondantes (des
employeurs) assureront le succès de ces PME.

L’opposition à cette dérégulation vient des entreprises concernées et
des syndicats. Les entreprises de travail temporaire installées, on
s’en doute, craignent un accroissement d’une concurrence d’autant plus
déloyale selon elles que le projet du DFE prévoit d’accorder aux
entreprises de travail temporaire de l’Union européenne les mêmes
facilités qu’aux entreprises suisses, sans que la réciproque leur soit
accordée. Les craintes des organisations de salariés sont plus
inquiétantes : la mesure risque d’accroître les tentations de
sous-enchère salariale.

Les premières expériences avec la libre circulation des travailleurs
montrent que ces soucis sont fondés. En effet, le risque principal de
sous-enchère salariale est dû au travail temporaire. De nombreuses
entreprises spécialisées dans le placement d’Européens, surtout
Allemands des ex-Länder de l’Est, ont poussé comme des champignons
depuis l’entrée en vigueur des accords bilatéraux, et ce sont elles qui
sont responsables de la plupart des violations des salaires en vigueur.

Cette «simplification de la vie des PME» est donc particulièrement
inadéquate. Les défauts intrinsèques du travail temporaire, accrus par
la sous-enchère salariale qu’il provoque, justifient que l’on
n’autorise pas n’importe qui à en fournir et légitime une procédure
d’autorisation. Qui nargue les désirs des petits patrons.
   

jcs

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