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Biotechnologie : L’éthique à deux vitesses

L’annonce
triomphale de la possibilité d’obtenir des cellules souches sans
toucher aux embryons occulte les incertitudes qui pèsent encore sur la
découverte. Et surtout elle met en lumière les disparités entre
recherche privée et publique.

Un jour on comprendra les processus qui gouvernent chacune de nos
cellules, de sa naissance à sa spécialisation jusqu’à sa vieillesse. On
saura inverser le processus, et à partir d’une unique cellule de votre
corps déjà mûr, cultiver des lignées vierges, capables de se
différencier et de remplacer celles qui sont malades ou hors d’usage.
Une fois éliminé le recours à des cellules embryonnaires, pourra-t-on
envisager la fin des problèmes éthiques connus par la médecine
régénératrice ? Et aura-t-on pour autant résolu, pour ces traitements
individualisés et probablement coûteux, les problèmes de propriété
intellectuelle, d’assurance et d’accès pour tous qui sont de vraies
questions éthiques ?

C’est pourquoi l’annonce d’une nouvelle façon, éthiquement correcte,
d’obtenir des cellules souches doit être relativisée. Advanced Cell
Technologies
(ACT), petite société biotech du Massachusetts et
maintenant de Californie (pour bénéficier de la manne étatique décidée
par le peuple californien afin de développer des traitements basés sur
les cellules souches), a de bons chercheurs, a de l’argent – mais pas
trop, moins de 30 millions de dollars – et est cotée en bourse (ça va
plutôt mal). Elle a ingénieusement obtenu des brevets dans le domaine
du clonage thérapeutique, contre Geron (qui possède une licence
exclusive du brevet original des cellules souches embryonnaires
humaines de l’université du Michigan) et contre PPL Therapeutics, la
compagnie à l’origine de Dolly, le mouton cloné. ACT est une habituée
des effets d’annonce. En 2000, elle proclame le ralentissement du
vieillissement cellulaire par clonage (sans suite). Elle était la
première en 2001 à cloner le gaur, un buffle sauvage d’Asie, (mais «
Noah » meurt peu après sa naissance). La même année, elle est la
première encore à annoncer le transfert, chez l’être humain, d’un noyau
de cellule adulte dans un ovule – clonage thérapeutique -, opération
sans suite jusqu’à aujourd’hui. Maintenant elle publie la perspective
de développer des lignées de cellules souches à partir d’une seule
cellule prélevée sur un embryon in vitro, à un stade où l’on pratique
déjà ce prélèvement pour le diagnostic préimplantatoire. L’opération
est donc vraisemblablement sans danger pour l’embryon. Or ACT se doit
de garder l’intérêt des investisseurs avec des publications
scientifiques même précoces, car le temps de développement d’éventuels
traitements est d’une dizaine d’années.

ACT publie donc ici plutôt le principe d’une technique encore immature
car assez inefficace : à partir de seize embryons, dont on a prélevé le
maximum de cellules viables (au total 91), seulement deux lignées
cellulaires correspondent aux critères de cellules souches ont été
obtenues.

Concrètement, est-ce un progrès alors qu’il s’agit de prélever – au nom
de la recherche – une cellule juste avant d’implanter l’embryon viable
dans l’utérus ? Les parents ne préféreront-ils pas implanter un embryon
dont on n’aurait rien prélevé ? Et dans le cas où un diagnostic
préimplantatoire (DPI) est souhaité de toute façon, il n’est pas clair
comment on peut combiner DPI et mise en culture, le DPI détruisant
obligatoirement la cellule prélevée. A regarder de plus près, on ne
voit pas de soulagement pour les parents par rapport à la pratique
actuelle (validée par le peuple suisse), qui consiste à utiliser des
embryons surnuméraires de toute façon destinés à la destruction.

La technique proposée par ACT trouve un écho important à cause de la
situation difficile aux Etats-Unis, où une décision hypocrite prive les
chercheurs bénéficiant de fonds publics de cellules embryonnaires
intéressantes, alors que le privé est libre d’agir à sa guise. Plutôt
qu’une défense de nobles valeurs morales, la pratique américaine est de
facto une privatisation de la médecine régénératrice, comme le montrent
ici les succès même préliminaires d’ACT. Mais hélas, comme nous le
rappelle le cas du fraudeur coréen Woo Suk Hwang, la recherche publique
n’est pas forcément une garantie de qualité et d’honnêteté.
   

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