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Neutralité: la régression archaïque

Rappel
à Israël des exigences du droit humanitaire, engagement déterminé au
Liban, candidature potentielle de la Suisse au Conseil de sécurité :
Micheline Calmy-Rey en fait trop, estime le Conseil fédéral. Oubliées
les ouvertures audacieuses qui ont conduit la Suisse à l’ONU. Le
gouvernement, aligné sur l’UDC, est en pleine régression idéologique.

icone auteur icone calendrier 1 septembre 2006 icone PDF DP 

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La chute du Mur de Berlin a changé le monde. Y compris la politique
étrangère de la Suisse. En 1993, un rapport du Conseil fédéral ose
s’attaquer au mythe de la neutralité, assurance tous risques, garant de
la sécurité nationale. Le strict droit de la neutralité se borne à
interdire à la Suisse de prendre part à une guerre entre deux Etats. La
participation en temps de paix à des alliances militaires qui
contraindrait le pays à s’engager automatiquement dans un conflit doit
également être écartée. Pour le reste la Suisse est libre de mener la
politique étrangère qui assure au mieux sa sécurité, notamment en
collaboration avec d’autres Etats. En 2000, le gouvernement fait une
avancée supplémentaire. Dans le rapport La sécurité par la coopération
il écrit que le sentiment de sécurité offert par la neutralité est
trompeur. Il faut veiller à ce que la neutralité ne devienne pas un
obstacle à notre sécurité. Les formes de menaces ont changé. La Suisse
doit, par la coopération avec d’autres Etats et au sein d’organisations
internationales, s’engager pour la promotion de la paix, la maîtrise
des crises et la prévention des dangers. C’est très exactement le
contraire du repli frileux sur soi-même, le réflexe- pour paraphraser
Micheline Calmy-Rey- de se cacher sous la table en attendant que ça
passe.

Favorable, bien sûr, à l’adhésion à l’ONU, le rapport 2000 écrit noir
sur blanc : «La Suisse pourrait devenir membre du Conseil de sécurité
et exercer ainsi une influence directe à l’occasion de décisions
concernant les opérations militaires, les mesures de promotion ou de
maintien de la paix et les sanctions économiques. Les Etats comparables
à la Suisse ont été élus en moyenne une à deux fois par période de 25
ans pour une législature de deux ans». En mars 2002, le peuple suisse a
accepté l’entrée à l’ONU avec 250 000 voix d’écart sur les refus.
Quatre ans plus tard, on critique vertement notre ministre des affaires
étrangères qui ose évoquer une présence suisse au Conseil de sécurité.
Nous sommes en pleine régression idéologique.

Dans la crise du Proche-Orient, c’est aussi le triomphe de l’archaïsme
de la pensée politique. La Suisse est dépositaire des Conventions de
Genève. Elle a pour devoir
d’en rappeler les exigences, même à un Etat ami comme l’est Israël. Et
bien non. La neutralité, façon UDC, interdirait à la Suisse de dire le
droit international !

Par tradition, la Suisse s’engage dans la coopération humanitaire. Mais
prudence. Le Conseil fédéral ne veut pas dépenser notre argent sans
précaution. Il refuse de s’engager par des montants précis pour
soulager les populations sinistrées du Liban. Pour maintenir la paix,
l’ONU met sur pied une armée d’interposition. Rien ne contraint la
Suisse d’y apporter sa contribution, mais rien ne le lui interdit. Le
gouvernement l’exclut d’emblée. Nos soldats sont-ils plus vulnérables
que les Français et les Italiens ? Ou sont-ils simplement mal préparés
à de telles interventions ?

Dans le conflit du Liban, les partisans d’une politique étrangère
dynamique utilisent, paradoxalement, l’argument de la neutralité pour
justifier l’action. Pour éviter d’aider un belligérant, ils réclament
l’embargo sur la coopération militaire avec Israël. Prématuré, estime
le Conseil fédéral et tous ceux qui se réfugient sous la table. Le
droit de la neutralité ne s’applique qu’à des conflits entre Etats. Il
convient d’abord de clarifier si Israël est en guerre contre le Liban
ou contre le Hezbollah.

Sans tambours ni trompettes et sans nouveau rapport aux Parlement, le
Conseil fédéral a donc changé l’orientation de la politique étrangère
de la Suisse. La doctrine innovante élaborée il y a moins d’une
décennie n’a plus de valeur. L’UDC et ceux qui la suivent sont
désormais maîtres du terrain.

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