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Cinéma : Le pouvoir des DVD

Le
marché suisse du film, entre cinéma et vidéo
, titre de l’étude que
vient de publier l’Office fédéral de la statistique (OFS), explore le
marché de la vidéo, qui a pris un nouvel essor avec la technologie DVD,
et aboutit à un constat surprenant : le DVD est bon pour le cinéma.

Au moment où l’influence du DVD sur le fléchissement de la
fréquentation des salles suscite maintes spéculations, où cette
technologie concurrence fortement le cinéma et où le lancement d’un
film fait toujours plus figure de tremplin promotionnel pour la vente
du DVD, cette publication de l’OFS tombe à pic. Nouvelle contribution à
l’étude thématique Panorama cinématographique suisse, Le marché suisse
du film, entre cinéma et vidéo décortique, chiffres et faits à l’appui,
le succès impressionnant des DVD sur le marché et dans la société. Elle
examine aussi les retombées d’un tel engouement pour le cinéma. En
revanche, les thèmes brûlants que sont le DRM (Digital Rights
Management) ou les développements de l’accès aux œuvres en ligne sont
éludés.

Pas d’effets négatifs sur le cinéma…

Depuis cinq ans environ, le DVD triomphe, comme le démontre la
progression des achats d’appareils évoquée par l’OFS. En 2005, près
d’un demi-million de lecteurs (109 000 en 2000), 75 000 installations
de home cinéma (aucun en 2000) et 30 500 magnétoscopesVHS (254 000 en
2000) ont été vendus en Suisse. Aujourd’hui, plus de 90% des ménages
suisses possèdent un téléviseur, et la moitié dispose aussi d’un
lecteur VHS ou DVD. Presque un ménage équipé sur quatre s’est offert un
home cinéma. On peut dès lors affirmer que la Suisse compte
actuellement quelque 300 000 «salles de cinéma» à domicile.

En dépit de ce glissement du film et de la salle de projection vers un
domaine privé dont l’ampleur croit à vue d’œil, l’étude de l’OFS estime
que ce phénomène ne nuit pas aux entreprises cinématographiques. Au
contraire de la télévision, dont la propagation au cours de ces
cinquante dernières années a directement contribué à la disparition des
salles de cinéma, il est impossible d’établir un quelconque rapport
entre le succès foudroyant du DVD et les récentes baisses des entrées
dans les salles. Rien ne permet donc de conclure au remplacement d’un
mode de consommation par un autre : l’effondrement de la fréquentation
des salles, depuis 2004, irait même de pair avec le recul des ventes et
des locations de DVD.

Un regard sur le graphique qui compare les recettes du marché vidéo
avec celles des cinémas met toutefois en évidence un autre effet :
depuis 2000, les parts de marché se sont inversées. Jusqu’en 1999,
l’exploitation en salles représentait encore la majeure partie des
recettes d’un film. En une nuit ou presque, le marché de la vidéo a
pris le dessus. Sur un chiffre d’affaires de 600 millions de francs,
64% reviennent désormais au secteur de la vidéo. Si cette évolution ne
s’avère pas préjudiciable au cinéma, il n’en demeure pas moins que les
exploitants ne tirent aucun profit de cette poule aux œufs d’or.

Aujourd’hui, les ventes de DVD représentent 90% du commerce de détail,
ce que confirme un chapitre de l’étude consacré à l’analyse minutieuse
des ventes et que tout un chacun constate depuis belle lurette :
trouver des cassettes VHS à l’étal des commerces de vente et de prêt
est presque devenu mission impossible. Comparé au chiffre d’affaires
des ventes de DVD, celui de la location est en outre négligeable. Les
tarifs, relativement élevés en Suisse, en sont la cause. Le prix de
vente moyen d’un DVD, en revanche, se rapproche de plus en plus de
celui d’un billet de cinéma. Depuis 1998, son prix a été amputé d’une
bonne moitié !

…et même des effets positifs

Selon l’étude de l’OFS, l’effet négatif du DVD est relatif, dans la
mesure où il insuffle au public «le goût du cinéma». La qualité de
l’image et du son, les versions en plusieurs langues et les éventuels
bonus figurent au nombre des facteurs décisifs incitant les
consommateurs de DVD à en voir davantage, et même à devenir des
cinéphiles. Ces affirmations de l’OFS s’appuient sur une enquête
européenne réalisée en 2005 par le Centre national de la
cinématographie
(CNC), à Paris. Selon cette étude, la moitié des
personnes interrogées s’intéresse à davantage de genres depuis
l’apparition du DVD et un tiers d’entre elles voit plus de films en
version originale provenant de différents pays. Dans les faits, jamais
l’offre de films n’a été si vaste ni si variée qu’aujourd’hui.
L’Association suisse du vidéogramme (ASV) évalue le catalogue à 40 000
titres, comportant des anciens films et des nouveautés, ainsi que des
produits non cinématographiques comme les séries, les spectacles, etc.

Contrairement à la cassette VHS, le DVD recèle donc un potentiel de
développement qui lui permet de concurrencer sérieusement les
entreprises de projection. Cette rivalité s’est encore accrue avec
l’entrée en scène du home cinéma, dont la qualité visuelle se rapproche
de plus en plus de celle de la salle de projection. Au point que le
visionnement d’un film à la maison sur DVD est devenu un acte social,
souligne aussi l’étude dans sa conclusion. Faire son cinéma à domicile
ne signifie cependant pas que l’acte d’entrer dans une salle est banni,
mais au contraire stimulé : «Plus une personne consomme de DVD, plus
elle va au cinéma», affirme l’OFS en s’appuyant sur le renversement
observé par l’étude du CNC citée plus haut. Une personne qui va au
cinéma une fois par semaine en moyenne visionne en effet 8,35 DVD par
mois, tandis que la consommation mensuelle du ronchon qui n’y met
jamais les pieds n’est que de 5,15 DVD.

Nicole Greuter

Article repris de Cinébulletin 8/2006

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