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Forêts : L’arbre qui cache le bois

La
Suisse protège à l’excès ses forêts au lieu d’en exploiter la richesse.
Une initiative et un projet de loi se disputent sans résultat sur
l’avenir des sapins et des futaies qui prolifèrent à vue d’œil.

icone auteur icone calendrier 25 août 2006 icone PDF DP 

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La Suisse est un pays de forêt, les bois sont partout, dans le moindre
interstice disponible, même dans les régions les plus industrielles. La
loi de 1876 sur la police des forêts est l’une des plus rigoureuses de
la planète. Au cours du xxe siècle, la superficie de nos bois a
augmenté de 30%, ce qui est considérable, passant de 8 000 kilomètres
carrés à plus de 12 000 et ce n’est pas fini. Les surfaces boisées ont
augmenté de 4% entre 1985 et 1995. Cette expansion ne touche pas le
Plateau. Les surfaces y restent à peu près constantes. L’augmentation
actuelle est purement montagnarde et concerne principalement le sud des
Alpes. Ce reboisement intervient essentiellement dans les prairies et
les pâturages abandonnés par les paysans de montagne.

Cependant, la forêt suisse est sous-exploitée. L’augmentation de la
surface annuelle est de loin supérieure aux coupes effectuées. Dans
cette perspective, les «balafres» effectuées sur les pentes pour la
création de pistes de ski sont anecdotiques. Naturellement les coûts
d’exploitation sont aussi très élevés et rendent nos forêts peu
concurrentielles. Couper des conifères dans les plates étendues
finlandaises ou canadiennes avec d’énormes engins mécanisés n’est pas
le même exercice que la coupe à flanc de montagne !

Une bataille politique est en cours entre l’initiative populaire
«Sauver la forêt suisse»
et un projet de révision de la Loi sur les
forêts
. L’initiative a recueilli sans problème 115 000 signatures.
Au-delà de l’affirmation de principes généraux, elle demande que l’aire
forestière de la Suisse soit protégée dans son intégralité et que les
défrichements soient interdits, avec des exceptions dans un but
d’utilité publique En fait l’initiative, et ses partisans ne le cachent
pas, veut simplement ancrer dans la constitution ce qui existe
pratiquement aujourd’hui dans la loi. Actuellement déjà, l’agriculteur
qui veut défricher un pâturage que la forêt a envahi faute
d’utilisation pendant quinze ou vingt ans n’obtient quasiment jamais
l’autorisation.

Face à cette initiative, la Confédération propose une révision de la
Loi sur les forêts. Elle prévoit la fin des subventions versées à
l’économie forestière et son remplacement par un soutien aux
prestations destinées à la collectivité, telles que la protection
contre les dangers naturels ou la diversité biologique. L’obligation de
compenser les défrichements par un reboisement identique sera assouplie
dans les régions de montagne et les cantons pourront fixer la limite
des forêts, ce qui permettra de couper ce qui dépasse, opération
aujourd’hui impossible : lorsqu’une forêt envahit un terrain, on ne
peut plus y toucher. En fait, parmi tout ce qui est vivant aujourd’hui
en Suisse, humains y compris, les forêts sont de loin les mieux
protégées. La nouvelle loi se veut un appui à l’économie forestière en
permettant les coupes rases si elles n’excèdent pas deux hectares et,
en compensation, elle autorise les cantons à créer des réserves
forestières.

Ces propositions ont provoqué un véritable tollé. D’ailleurs le rapport
officiel sur la procédure de consultation commence par une phrase qui
est un doux euphémisme : «D’une manière générale, le projet a été
accueilli de manière très critique». D’un côté l’initiative veut ancrer
dans la constitution de beaux principes sans se préoccuper des
problèmes que posent l’expansion de la forêt et sa sous-exploitation et
d’un autre côté le projet de révision veut aider l’économie en
autorisant des coupes rases, mesure impossible à faire passer dans la
sensibilité actuelle. Les deux projets sont aussi mal ficelés l’un que
l’autre. La meilleure solution serait de les retirer simultanément et
de mandater l’Office fédéral des forêts pour tout reprendre à zéro.
Pendant ce temps nos belles futaies «menacées» continueront à grignoter
tranquillement de l’espace. Et si on se préoccupait de sauver les
pâturages et les champs de la voracité des arbres ?   

jg

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