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Politique culturelle : Les socialistes vaudois et le musée des Beaux-Arts

Le
parti cantonal semble réticent face à la construction du futur
bâtiment. Pourtant, il aurait tort d’opposer social et culture, car
l’un comme l’autre contribuent au développement et à l’épanouissement
de l’ensemble de la population.

icone auteur icone calendrier 7 juillet 2006 icone PDF DP 

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Le Palais de Rumine, néo-florentin et séculaire, où s’exposent à
Lausanne les musées cantonaux vaudois, n’est plus adapté aux exigences
d’un musée des Beaux-Arts, ni du point de vue de la sécurité, ni de la
qualité de l’accrochage, notamment pour les expositions temporaires. Ce
constat a été fait depuis longtemps et la décision prise de construire
un nouveau musée. Un emplacement a été retenu, à Bellerive au bord du
lac Léman ; puis un concours ouvert d’architecture fut lancé par le
Canton, avec l’appoint d’un financement privé. Mais la situation des
finances vaudoises a gelé ce projet. La glaciation des investissements
devrait toutefois prendre fin en 2007. Au bénéfice de quelles priorités
? Car les demandes nouvelles ou refoulées sont nombreuses et fortes.

Le comité directeur du parti socialiste vaudois aurait décidé dans
l’élaboration de son programme pour la prochaine législature de ne pas
retenir la construction du nouveau musée (cf. Le Courrier du 29 juin).
Décision désolante.

Un patrimoine

L’apport des Vaudois à la peinture n’est pas négligeable. Pour ne citer
que deux noms : Vallotton et Soutter ont place parmi les grands.

Plus régionaux, Gleyre et la peinture historique, Burnand et ses
géorgiques, ont su dans les siècles passés rendre cet art populaire, le
faisant participer à l’identité cantonale.

Le pays lui-même a été source d’inspiration. Comment ne pas citer La
Moisson de Bruegel qui se déroule dans un paysage de la Côte comme
Henri Rieben aimait tant le rappeler ? Ou le Lac Léman de Hodler
exprimant le choc émerveillé de la découverte de Lavaux au débouché de
Chexbres.

On pourrait développer. Peut-être faut-il aux socialistes vaudois une
référence plus politique. Le peintre et dessinateur qui a su faire
vivre le petit peuple de Paris, dénoncer la brutalité policière,
Steinlen, était vaudois, né à Vevey.

Nous sommes donc héritiers d’un patrimoine, ce qui signifie obligation
de le faire connaître, de le faire vivre, c’est-à-dire de le prolonger.

Une opportunité

Le musée des Beaux-Arts, s’il était reconstruit, pourrait bénéficier
d’apports et de dons substantiels. Sont promis 25 millions pour
l’investissement et surtout le dépôt de trois collections importantes,
la valeur vénale des œuvres étant estimée à plusieurs dizaines de
millions. Avec cet apport, le musée pourrait rejoindre la ligue des
grands musées nationaux, après Bâle, Zurich et Berne.

Or la bonne politique veut que l’on saisisse les opportunités. C’est
ainsi par opportunité saisie que sont devenus propriétés publiques la
maison et le parc de l’Elysée où se trouve le musée homonyme consacré à
la photographie, que s’est créé l’Institut de droit international
public ou l’IDHEAP (Institut de hautes études en administration
publique).

L’histoire ne passe pas deux fois les plats. Le musée, s’il ne se fait
pas, sera retardé de 25 ans au moins, les collections promises auront
trouvé d’autres havres et le patrimoine collectif vaudois sera appauvri
d’autant.

Le social

On peut imaginer que le refus d’inscrire le musée dans le programme de
législature a été décidé en fonction d’autres priorités d’urgence
sociale, crèches ou EMS. Mais tous les objectifs ont-ils été chiffrés
au point qu’à ce stade, celui d’un programme de parti, des arbitrages,
donc des choix, doivent déjà être opérés ? Or si l’on oppose le
culturel au social, le culturel est toujours perdant. Entre l’inconfort
imposé à des vieillards par le surpeuplement d’un home et la mise en
valeur de tableaux, le choix s’impose : la qualité de vie l’emporte sur
la valorisation de l’inerte. Ce que Giacometti traduisait par sa
provocation célèbre : «Si dans un incendie, il faut sauver un petit
chat ou un Rembrandt, je sauve le petit chat.»

Mais le Château ne brûle pas. Et le budget de l’Etat s’élève à 6,4
milliards, reflet de la pluralité de ses missions. Or les choix ne
sauraient consister à opposer deux missions isolées, la culture et le
social, mais ils doivent prendre en compte la totalité des activités de
l’Etat, récolte des ressources comprises. A ramener le débat à une
seule confrontation, on la fausse. On risque le sectarisme.

La culture, l’expression artistique, la création, ne sont pas une
affaire de riches. La gauche s’est engagée pour le faire admettre non
sans risques : théâtre populaire, maisons de la culture, création de
musées, conservatoires.

Autrefois, un impôt frappait le propriétaire d’un piano, considéré
comme signe extérieur de richesse. L’impôt a été aboli, mais le préjugé
traîne encore. Qui parcourt les musées sait qu’il n’y a pas que des
bourgeois ou des snobs qui les fréquentent. On espère des socialistes
vaudois une décision revue.   

ag

Réaction

Pas de musée des beaux-arts au détriment du paysage lacustre        (Béotien)

Que l’on soit pour la culture ne justifie pas le massacre d’échappées
sur le lac pour la satisfaction narcissique d’une architecture en mal
de « visibilité » ou d’un mécénat en quête de publicité personnelle ou/et
commerciale. On pourra commencer à discuter valablement de ce projet
quand il aura été replacé en ville, près du centre historique et que
son implantation se fera sur du bitume, terrain déjà stérilisé, plutôt
que sur du terrain vivant, même de qualité moyenne. Le terrain vivant a
une valeur éternelle, alors que la peinture et l’architecture sont
surtout dépendantes des modes et des opportunismes socio-politiques.

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