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Les consommateurs suisses à la peine

Vingt-cinq
ans après leur entrée dans la Constitution fédérale, les consommateurs
suisses ne doivent toujours compter que sur eux-mêmes et leurs
associations, pour améliorer leur position sur le marché.

icone auteur icone calendrier 7 juillet 2006 icone PDF DP 

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Nouvelle présidente de la Fédération romande des consommateurs (FRC),
l’ancienne conseillère d’Etat neuchâteloise Monika Dusong parle clair :
la loi suisse protège mal le consommateur, sensé être le bénéficiaire
privilégié d’un système de régulation spontanée appelé marché, et de la
concurrence qui y régnerait.

La socialiste Monika Dusong n’est pas seule à dénoncer un recul général
dans la cause des consommateurs. L’automne dernier, l’avocat et
professeur lausannois Laurent Moreillon démissionnait de la présidence
de la Commission fédérale de la consommation, instance consultative
dont les milieux économiques font tout «pour qu’elle devienne une
organisation d’opérette»; economiesuisse notamment ne manque pas une
occasion de dénoncer tantôt l’inutilité de la Commission, tantôt sa
propension à se saisir de sujets trop brûlants, tels l’endettement des
jeunes, le droit de révocation des contrats, la responsabilité du
fournisseur à l’égard du produit.

Pour succéder à Laurent Moreillon, le Conseil fédéral a désigné
Melchior Ehrler, ancien directeur de l’Union suisse des paysans et
conseiller national argovien, non-réélu en 2003. Il vient de renoncer à
retourner sous la Coupole pour y remplacer Doris Leuthard et pourra
donc reprendre les rênes d’une Commission encore affaiblie par plus de
six mois de vacance présidentielle et par un changement de secrétariat.

Le squelettique Bureau fédéral de la consommation (quatre personnes) a
depuis avril dernier un nouveau chef en la personne de Jean-Marc
Vögele, un proche de Joseph Deiss ; il succède à Monique Pichonnaz
Oggier, partie à la retraite après neuf ans d’efforts méritoires pour
faire valoir l’avis des consommateurs au sein d’une administration
fédérale plus sensible aux intérêts des producteurs, vendeurs et
prestataires qu’à ceux des consommateurs de biens et de services.

De fait, l’administration reflète fidèlement les options
gouvernementales. Pour preuve : le 21 décembre dernier, le Conseil
fédéral renonçait à réviser la loi fédérale du 5 octobre 1990 sur
l’information des consommatrices et des consommateurs
.

La procédure de consultation ayant fait apparaître «de fortes
divergences de points de vue, il ne serait pas possible d’aboutir à un
consensus sur le sujet». En clair : les milieux économiques se sont
opposés avec succès au renforcement des dispositions d’une loi dont le
faible lobby des consommateurs n’est pas parvenu à relever le niveau
d’exigence, pourtant minimal.

Décidément, on est loin du 14 juin 1981. Ce jour-là, la FRC
s’inscrivait doublement dans la Constitution fédérale, comme
association féminine et comme organisation de consommateurs.
Aujourd’hui, vingt-cinq plus tard, Monika Dusong a hélas raison : les
consommateurs n’ont qu’à se débrouiller, à l’instar de leurs quatre
organisations, qui se partagent une modeste subvention  fédérale
de 567 000 francs. La principale d’entre elles, la FRC, a touché 189
000 francs en 2005, pour un budget total de 2 150 000 francs, alimenté
principalement par les cotisations et abonnements à J’achète mieux ; ce
bimensuel maintient son tirage à 34 000 exemplaires, soit 22 000 de
moins qu’au printemps 1981. Il faut dire que si elle ne sévit pas sur
tous les marchés, la concurrence est rude pour le sobre J’achète mieux,
qui épargne à ses lecteurs flatteries et publicité. Ingrats, les
consommateurs lui préfèrent trop souvent des magazines moins exigeants,
tel Bon à savoir, ou des émissions de radio et de télévision plus ou
moins informatives.

Certes de gros progrès, quasiment inimaginables il y a vingt-cinq ans,
ont été réalisés, par exemple en matière de déclaration et de
traçabilité des produits, d’étiquetage énergétique, de légitimation
active des organisations de consommateurs, en matière de concurrence
déloyale tout au moins. De son côté, la surveillance des prix, issue
d’une initiative populaire acceptée en novembre 1982, poursuit son
action malgré les continuelles attaques dont elle fait l’objet de la
part des entreprises qui y sont soumises.

Et pourtant, il reste beaucoup à faire. Les coûts, financiers et
sociaux, de la santé ou de la sécurité ne cessent de monter, les
arnaques téléphoniques ou virtuelles de se multiplier, les offres
incomparables de proliférer. Une tâche écrasante pour les associations
de consommateurs du type FRC, à la fois organisations de base, sociétés
d’analyses et de conseils et groupements d’intérêt écrasés par les
procédures de consultation. Associations d’un poids politique bien
inférieur à leur importance économique.

Si le consumérisme militant paraît s’essouffler, le lobby des
consommateurs doit absolument se renforcer. La nouvelle présidente de
la FRC y veillera.       

yj


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