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Football : Un ballon magique gonflé d’argent

Un
match concentre et résume en nonante minutes les contradictions, depuis
ses origines jusqu’aux excès contemporains, qui à la fois 
célèbrent la grandeur du jeu et minent ses assises.

icone auteur icone calendrier 30 juin 2006 icone PDF DP 

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Lorsqu’une compétition sportive veut se mettre en avant, les
spécialistes en marketing décrètent qu’il s’agit de la troisième
épreuve la plus regardée (Tour de France, Coupe du monde de rugby,
etc.) après les Jeux Olympiques et la Coupe du monde de football. Il
est probable que le mondial de football est le vrai numéro un. Ce jeu
simple, très peu coûteux, est pratiquement le plus populaire dans tous
les pays du monde, sauf en Amérique du nord où les sports d’invention
locale (base-ball, basket, football américain) tiennent le haut du pavé.

L’absence de toute technologie coûteuse est sans doute une des raisons
qui explique l’extraordinaire popularité du football. Au fin fond du
plus pauvre pays du tiers-monde, il est toujours possible d’utiliser
une surface bosselée pour en faire un terrain, de fabriquer deux buts
avec six poteaux en bois, de marquer l’espace de jeu avec de la sciure
ou de la chaux, de jouer pieds nus s’il le faut, et néanmoins de
respecter entièrement les règles du jeu.

L’introduction parfois évoquée de l’utilisation de la vidéo pour juger
les séquences litigieuses romprait bien sûr cette unité, en réservant à
une élite l’usage de ce moyen de contrôle. A ce titre les partisans de
la modernité technique dans le football menaceraient l’universalité du
jeu, si leurs propositions étaient acceptées. Les erreurs font partie
de la légende épique du football : la victoire de l’Angleterre en 1966
grâce à un but qui n’a sans doute jamais été marqué, la «main de dieu»
de Maradona en 1986 ou la blessure de Battiston par Schumacher lors
d’un fameux France-Allemagne en 1982 resteront plus longtemps dans les
mémoires que d’insipides victoires à la régulière !

En Europe, le football a été pendant longtemps le sport des
prolétaires. Lorsque le premier championnat professionnel est créé en
Angleterre en 1889, tous les clubs sans aucune exception sont issus des
villes industrielles des Midlands. En fait, il s’agit de payer les
meilleurs joueurs pour leur éviter de travailler à l’usine pendant la
semaine. Ce professionnalisme sera très mal vu pendant longtemps par
les hérauts du sport amateur, groupés autour des aristocrates qui
créeront plus tard les Jeux Olympiques. Très vite, les clubs seront
pris en main par des affairistes, souvent des hommes issus des milieux
populaires, peu regardants sur les méthodes. Cent vingt ans plus tard
les clubs restent souvent dirigés par des forts en gueule, personnages
picaresques issus du peuple, comme le sont en Suisse romande, les
Constantin, Facchinetti et autres Bernasconi.

Pendant ce temps, la FIFA (Fédération internationale des associations
de football) annonce 214 millions de francs d’excédents en 2005 en
provenance des droits de télévision, des sponsors, des licences, etc.
Cet argent est réparti auprès des fédérations nationales et profite en
grande partie aux plus pauvres qui formeront ainsi de jeunes
footballeurs dont les meilleurs, «matière première» recrutée par les
clubs d’Europe, deviendront à leur tour des pompes à finances. Ainsi
vont le monde et l’économie du football.   

jg

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