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Science : Nos amis les virus

Parce
qu’ils modifient, pour le meilleur comme pour le pire, les organismes
qui les abritent, les virus sont indispensables à l’évolution sur la
planete.

Cet été vous chercherez la fraîcheur des habitats aquatiques. Vous ne
serez pas les seuls. Dans les lacs touristiques d’Europe centrale, plus
de 250 milliards de petits virus par centimètre cube (un dé à coudre)
pourraient partager vos ébats ; et dans les eaux pures de la mer
arctique de Barents, ils seront 6 millions par centimètre cube. Malgré
le nombre, ils ne se sentent pas à l’étroit ; on peut caser
théoriquement un million de milliards de virus de taille moyenne dans
ce dé à coudre.

Partout où les chercheurs ont regardé, des virus ont été découverts :
dans les sables du Sahara, à 2000 mètres sous terre, dans les lacs
polaires comme dans les geysers bouillonnants. Il y aurait sur terre en
permanence – selon le système numérique du capitaine Haddock – 10 mille
milliards de milliards de milliards de virus ; il en naît un million de
milliards de milliards à la seconde sur notre brave planète. Les virus,
invisibles à l’œil nu comme au microscope, mesurent, pour les petits,
20 nanomètres de diamètre (soit un millième du diamètre d’un cheveu
très fin) ; les plus grands atteignent 400 nanomètres, soit la taille
d’une petite bactérie. Les plus simples – le virus répondant au doux
nom de PhiX174 par exemple – ont un génome de quelques milliers de
lettres et fonctionnent avec onze gènes. Les virus les plus complexes
(le mimivirus, par exemple) ont plus d’un million de lettres d’ADN avec
1 200 gènes. PhiX174 a été le premier organisme dont le génome a été
dévoilé, en 1978. C’est aussi le premier organisme à avoir été
reconstruit entièrement au laboratoire, en 2003.

Les virus sont à la frontière du vivant ; ils sont absolument inertes
jusqu’à ce que le hasard les mette en contact avec un hôte très
spécifique (bactérie, cellule végétale ou animale). Ils s’y attachent,
ouvrent leur enveloppe, transfèrent leurs gènes à l’intérieur de la
cellule, s’y multiplient pour s’éparpiller comme particules à nouveau
inertes dans la nature, après avoir détruit leur l’hôte. Ou alors ils
s’intègrent plus ou moins définitivement à l’intérieur même du génome
de leur cible.

On commence à peine à découvrir leur variété impressionnante. Notre
intestin à lui tout seul abriterait plus de mille virus distincts.
Chaque analyse d’un nouveau virus, dévoile des gènes inconnus
jusqu’ici. C’est dans les virus que semble résider l’essentiel de la
diversité génétique ; ils seraient la «réserve d’évolution» de la vie
sur terre. Ils créent un réseau invisible, échangent des bouts d’ADN en
infectant à plusieurs le même hôte ; ils modifient en outre les
séquences génétiques des organismes. Près de 10% de notre ADN
proviendrait d’interventions directes de la part des virus ; ceci n’est
pas toujours catastrophique et devient même utile parfois. Par exemple
une protéine de l’enveloppe d’un virus qui à l’origine lui servait
comme point d’attache à la cellule hôte, et dont le gène est maintenant
intégré dans notre ADN, sert aujourd’hui à lier les cellules entre
elles lors de la formation du placenta.

Les virus sont les expérimenteurs de l’évolution, de véritables
navettes entre toutes les espèces. Nous «fêtons» les 25 ans de la
première description des symptômes du Sida. Nous craignons la mutation
annoncée du virus H5N1 (grippe aviaire) qui déclencherait une pandémie.
Les virus menacent notre existence et pourtant sans eux la vie sur
terre n’existerait pas.   

ge


Nature
, 8 juin 2006.

Image: virus de la grippe (influenza)

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