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BCV : Après la balourdise de deux banquiers

Le
statut de société de droit public de la BCV définit sa mission. Même si
le bénéfice devait en souffrir, la banque doit assumer le mandat qui
lui a été confié par l’Etat, son actionnaire majoritaire.

icone auteur icone calendrier 9 juin 2006 icone PDF DP 

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Le lecteur non prévenu se frottait les yeux. En pleine page de 24
heures, le président du conseil d’administration et le directeur
général de la Banque cantonale vaudoise, photographiés en pied, s’en
prenaient frontalement au projet de loi préparé par le Conseil d’Etat
pour leur établissement, société de droit public. Cause de cette fronde
? La mission assignée à la banque, à savoir soutenir l’économie
cantonale et ses secteurs sensibles : PME, viticulture, tourisme. Les
banquiers craignent d’être contraints de sauver à grands frais des
canards boiteux. Bref ils redoutent que le stratégique, défini avec
trop de précision, ne conditionne et ne plombe l’opérationnel.

Sur la forme et la manière de communiquer avec le Conseil d’Etat par
presse interposée, on s’étonnera de l’absence de sens politique, à ce
niveau, des deux banquiers, plus péquenauds que tacticiens. Sur le
fond, après s’être vanté d’avoir recentré la banque sur son assise
cantonale, comment peuvent-ils s’émouvoir que cette mission première
ait force de loi ?

Mais cet incident n’est pas uniquement anecdotique.

Historiquement

Périodiquement des crises ont secoué la banque. Depuis les années
septante, à l’époque de la succession du directeur Alfred Gisling, on
pourrait en recenser au moins trois majeures. Indépendamment des
problèmes de personnes, le litige porte sur le champ opératoire dévolu
à la banque, sur le rôle et la participation de l’Etat, sur la liberté
laissée à la banque d’interpréter ou de concevoir sa mission. Pour les
banquiers, la mission, telle qu’il la souhaite devrait être simple.
Demandez-nous d’être prospère et c’est cette prospérité qui servira le
mieux l’économie cantonale !

D’autre part, disent encore les banquiers, la banque est une société
anonyme dont les actions sont cotées en bourse. Il faut donc préserver
les intérêts des actionnaires minoritaires, qui prétendent au meilleur
rendement possible. Or il n’est pas compatible avec un
interventionnisme trop poussé de l’Etat. Car si l’attention
particulière qu’il faut vouer à telle ou telle branche économique
signifie taux d’intérêt favorable ou ouverture large de crédits, tout
cela a un coût : les risques de perte sur créance d’une part et le fait
qu’avec le même argent on pourrait obtenir par d’autres opérations dans
d’autres secteurs un rendement bien supérieur. Ce coût, il appartient à
l’Etat de l’assumer. La banque, ce sont toujours les banquiers qui
parlent, n’a pas à être un organe de subventionnement économique.

En connaissance de cause

La réponse tient au statut de société de droit public de la banque. Sa
mission découle de la loi. Cette loi n’impose pas des contraintes à la
banque comme si elle préexistait et qu’on la brime et la dépouille. La
loi est constitutive de la banque. Et les actionnaires minoritaires ?
Certes, dans la formule hybride d’un actionnariat public-privé, leurs
intérêts doivent être préservés. L’Etat n’est pas autorisé ni comme
législateur, ni comme actionnaire majoritaire à avoir un comportement
arbitraire ou à privilégier ses propres intérêts. Mais soutenir l’essor
de l’économie cantonale et porter une attention particulière à la
vitalité de ses branches sensibles n’est pas assimilable à la recherche
par l’Etat d’un intérêt particulier. Et si l’exécution de cette mission
a pour effet de limiter le bénéfice, l’actionnaire minoritaire ne
saurait s’en plaindre. En achetant ou conservant ses actions, il ne
peut ignorer la loi, donc le statut de société de droit public de la
banque. De surcroît, l’Etat est actionnaire majoritaire, et confirmé
comme tel par une votation populaire, décision publique s’il en fut.

Prolongement

Le discours des dirigeants de la BCV reproduit un topo du libéralisme.
On l’entend répéter à propos du service universel. Si l’obligation de
desservir toute la population fait apparaître des secteurs où les
charges ne sont pas couvertes, il appartiendrait à l’Etat de couvrir ce
déficit qui diminue d’autant le bénéfice des secteurs rentables.

Le débat ne se limite par au secteur parapublic. On le retrouve dans le
secteur privé. Telle société peut attribuer un marché au mieux disant
des sous-traitants, sans s’occuper des conditions de travail que son
fournisseur offre à son personnel. Sinon, argumente-t-on, ce serait
faire de la politique sociale, au détriment du profit que sont en droit
d’attendre les actionnaires.

Dans cette optique, on part du bénéfice optimal. Puis on analyse tout
ce qui l’entrave et l’empêche d’être «pur». Charges qui devraient en
conséquence être réduites ou transférées. En opposition, on peut et on
doit considérer le bénéfice comme le gain qui apparaît lorsque toutes
les obligations ont été remplies, y compris les obligations sociales et
environnementales, l’actionnaire étant le dernier servi.

La réponse aux deux banquiers mérite plus qu’un simple rappel à l’ordre.   

ag

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