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Vote électronique : La démocratie de la souris

Le vote électronique séduit le Conseil fédéral. Or, en dépit de l’efficacité et du confort promis, il ne garantit pas encore la sécurité et les contrôles nécessaires.

icone auteur icone calendrier 9 juin 2006 icone PDF DP 

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La landsgemeinde bascule dans l’anonymat électronique. La place du village se vide alors que les écrans ronronnent. Du corps à corps frôlant la promiscuité, on passe à la solitude en ligne la souris à la main. Le mouvement semble irrésistible, en passant par l’isoloir du bureau de vote, puis le scrutin par correspondance jusqu’au suffrage exprimé à coups de sms – comme à Bülach (ZH) lors d’une consultation communale en octobre 2005 – la démocratie cherche son salut dans le confort et l’immédiateté de la participation du citoyen aux affaires publiques. La Confédération y voit son avenir. Elle est prête à dépenser quelques millions, à modifier la Constitution et à convaincre cantons et communes à soutenir son effort.

La première élection en ligne à grande échelle se déroule en Arizona aux Etats-Unis lors des primaires qui doivent désigner le concurrent démocrate aux présidentielles de 2000. L’informatisation des bureaux de vote – au lieu de remplir un bulletin, on tapote ses préférences sur un ordinateur – développé tambour battant en Belgique, au Canada, au Brésil et au Pays-Bas – prend un coup de vieux. La Suisse, plutôt réactive et bien équipée – neuf foyers sur dix possèdent un PC et 70% jouissent d’une connexion Internet – lance des essais pilotes à Genève, Zurich et Neuchâtel sur les traces des expériences nord-américaines. La nouveauté comble administration et votants. De plus, les abstentionnistes se rappellent des droits et devoirs civiques oubliés et les jeunes découvrent la citoyenneté mobile.

Or l’avancée technologique et ses conséquences sur les pratiques établies déclenchent le débat entre partisans et opposants du vote électronique. D’un côté on vante des résultats en temps réel, des économies financières et logistiques – pas de papier, moins de personnel pour le dépouillement, etc. – ainsi que des taux de participation en hausse, dopé par la possibilité de se prononcer en toute liberté n’importe où et n’importe quand. Car il faut bien s’adapter au monde contemporain dominé par les réseaux, l’ubiquité et la circulation instantanée des informations, où l’opinion suit des voies transversales, se détournant des relais traditionnels.

Même si, en arrière-plan, couve toujours la tentation de court-circuiter les institutions pour instaurer un lien direct, manipulable à souhait, avec le peuple. A l’image de Newt Gringrich, speaker républicain au Congrès USA, qui envisageait en 1995 la suppression pure et simple du parlement au nom d’une nation à haut débit.

De l’autre, on craint la profanation du rite – l’isoloir laisse la place aux bits triviaux du computer – avec des risques de pression, coercition sinon de fraude, loin de l’œil vigilant des scrutateurs. La transmission sécurisée des suffrages multiplie les codes et les barrières, sans véritablement garantir la protection des données. Selon les experts, la biométrie, tant décriée pour les passeports, ferait l’affaire, au prix cependant d’un fichage généralisé de la population, avec le risque de dérives que l’on a connues par le passé. Mais, plus important encore, le vote électronique échappe au contrôle démocratique. La procédure de traitement des voix reste inaccessible. Les logiciels tournent, des techniciens veillent, mais les citoyens n’ont plus de prise sur le dépouillement. Seuls des programmes «open source» – dont les règles de fonctionnement sont disponibles et modifiables – pourraient combler cette lacune.

Cependant, les disputes sur la méthode manquent l’essentiel: ce qui détermine le oui ou le non dans les urnes, les raisons du choix d’un candidat aux dépens de ses adversaires, et plus généralement, ce qui rapproche ou éloigne les gens du domaine public. La démocratie de la souris aurait tort de se confiner au suffrage sans considérer la prolifération des occasions d’échange et de discussion entre les acteurs de la vie politique et les citoyens. Blogs, sites, groupes d’internautes balisent déjà les territoires d’une nouvelle convivialité, étrangère aux hiérarchies du palais. D’autres géographies dont les cartes font défaut et qui méritent une réflexion qui dépasse l’instant – certes fatidique, symbolique, encore que surestimé – du vote.

md

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