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Aide sociale : Dernier avertissement

Trop
de jeunes sans formation post-obligatoire pointent à l’assistance
publique. Les premières statistiques nationales confirment la nécessité
d’une bonne qualification pour échapper au chômage et à l’exclusion.

L’assistance publique, censée parer aux trous du filet social, a eu droit à sa statistique nationale,
malgré son caractère purement cantonal. Les résultats ont eu un
retentissement à la hauteur de la quiétude d’un pays peu concerné par
le chômage de masse et les problèmes sociaux, en comparaison avec ses
voisins. Ils mettent notamment en lumière les lacunes du système de
formation : l’absence de formation post-obligatoire est un des éléments
déclencheurs de la pauvreté. Ainsi, parmi les jeunes inscrits à l’aide
sociale, les deux tiers n’ont pas de formation post-obligatoire. Et 13%
des bénéficiaires de l’assistance publique ont entre18 et 25 ans, alors
que cette classe d’âge représente moins du dixième de la population
totale. Cette vision d’ensemble est d’ailleurs confirmée, à une échelle
plus modeste, mais tout aussi inquiétante, par les statistiques tirant
le portrait du chômage
en ville de Lausanne. Alors que, sur l’ensemble des résidents
lausannois, le tiers n’a pas achevé de formation secondaire supérieure,
41% des chômeurs sont dans ce cas. L’ampleur des dégâts doit maintenant
faire admettre que la formation post-obligatoire est la clef du marché
du travail et des emplois qualifiés, et que toute politique de lutte
contre le chômage et la précarité ne saura se passer de la garantie
d’une telle formation pour tous.

Le système se grippe
La Suisse s’enorgueillit encore de son fort taux de formation
secondaire supérieure. Depuis plusieurs années, environ 90% des jeunes
d’une même classe d’âge achèvent leur formation avec un tel titre, et
le système de formation professionnelle, envié à l’étranger, leur
garantit une transition sans encombre vers le marché du travail. Mais,
depuis quelques années, la machine s’est grippée : le taux de formation
post-obligatoire stagne, alors que de nombreux pays européens
rattrapent et dépassent la Suisse. Après un premier coup de semonce à
la fin des années 90, le marché des places d’apprentissage s’engorge et
avec lui l’accès à la formation post-obligatoire. De plus en plus de
jeunes ne peuvent y entrer directement après l’école, et ceux qui se
retrouvent sans la moindre place de formation augmentent (cf.
Formation professionnelle : Chance06 ou l’art de la coquille vide , Jean Christophe Schwaab (jcs), DP n°1680, du 03 Mars 2006). Pas encore en manque de main-d’œuvre qualifiée, même si
certains secteurs de l’industrie commencent à y être confrontés, les
patrons rétorquent que l’économie a besoin de personnel non ou peu
qualifié. Et le marché de l’emploi semble leur donner raison : les
postes subalternes supprimés par dizaines de milliers dans les secteurs
traditionnels sont recréés ailleurs. Le patronat colporte un mythe
coriace : pas besoin de veiller à ce que chacun puisse dépasser la
scolarité obligatoire, car les quelque 10% qui fatalement n’y
parviendront pas pourront de toute façon être casés avec un petit
boulot.
La corrélation entre mauvais niveau de formation et dépendance de
l’aide sociale démontre la faiblesse de ces propos. La lutte contre le
chômage et la pauvreté et contre les problèmes politiques et sociaux
qu’ils ne manqueront pas d’engendrer à long terme, doit donc inclure un
accès pour tous à la formation post-obligatoire, sous forme d’un droit.
A ceux à qui l’économie ne peut fournir une place de formation
appropriée, l’Etat doit procurer une solution qui mène à un titre
secondaire II : école de maturité, de culture générale, de commerce,
des métiers, ainsi que les bourses d’études qui vont avec.
Les nouveaux chiffres de l’aide sociale montrent que si rien n’est
fait, les exclus de la formation et du travail risquent de se
multiplier. La situation en Suisse n’est certes en rien comparable avec
la montée de la précarité que l’on constate dans d’autres pays, mais
nous sommes sur la mauvaise pente. Ces inquiétantes statistiques
doivent donc sonner comme un dernier avertissement.    

Garantir à tous ce que l’on garantit déjà aux gymnasiens
Le droit à la formation secondaire supérieure est déjà une réalité pour
les meilleurs élèves. Ceux-ci sont en effet assurés de terminer leur
scolarité avec un titre du secondaire II, à condition d’avoir la
moyenne, car l’Etat leur garantit une place dans une école de maturité.
Les autres devront quant à eux trouver une place d’apprentissage, y
postuler, s’y faire engager, passer un examen d’entrée dans une école
professionnelle ou faire valoir des résultats bien supérieurs au
minimum requis pour débuter une formation post-obligatoire. Même si
certains cantons alémaniques tentent de remettre ce droit en question
par des numerus clausus (cf. Numerus clausus à l’école : Les dangers du vote populaire , Jean Christophe Schwaab (jcs), DP n°1678, du 17 Février 2006), les élèves les mieux lotis
scolairement (et souvent socialement) n’ont eux pas de soucis à se
faire.


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