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Edito : Détournement de fonds publics: Entre chasse aux sorcières et laxisme

icone auteur icone calendrier 5 mai 2006 icone PDF DP 

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La
Révolution française fut avant tout une révolte fiscale. Le roi
prélevait de lourds tributs sans jamais rendre de comptes. C’est pour
obtenir le droit de lever de nouveaux impôts que Louis XVI convoqua les
Etats généraux. La royauté française ne s’en est jamais remise : la
mauvaise gestion des fonds publics fut l’une des causes majeures de la
prise de la Bastille. Depuis lors, la bonne utilisation des deniers
publics fait partie des fondements de l’Etat moderne.
Plus près de nous, du CHUV lausannois à l’alma mater genevoise,
certains mandarins sont soupçonnés de dépenser de l’argent public pour
des activités fort peu académiques : pas celui des impôts mais celui
des gains accessoires qu’ils doivent restituer en partie à la
collectivité. Le mal est suffisant pour rompre la relation de confiance
à défaut de justifier une révolution. En Pays de Vaud, rigueur
budgétaire et sacrifices de la fonction publique ont pourtant ramené le
canton dans les chiffres noirs. Au bout du lac, le nouveau gouvernement
veut mettre fin à la spirale des déficits. Dans ce climat, les grands
argentiers ne peuvent tolérer de brebis galeuses : à coup d’audits et
de plaintes pénales, l’Etat tente de faire le ménage.
La médaille de l’implacable rigueur a son revers. Les notes de frais
gonflées et les achats de matériel exagérés font aussi partie des
petites pratiques de certaines grandes entreprises. Les efforts des
auditeurs internes pour traquer ces gaspillages ne sont pas forcément
couronnés de succès auprès de leurs dirigeants. Parfois, le jeu n’en
vaut pas la chandelle : licencier un employé pour quelques repas trop
bien arrosés peut servir la concurrence. Et un contrôle minutieux de
chaque franc dépensé suppose la mise en place de lourdes procédures :
au final, l’argent n’est pas mieux dépensé.
Soumise à la transparence, l’administration ne peut plus depuis
longtemps se permettre les mêmes écarts. Certains hebdomadaires se font
une spécialité de traquer les gaspillages d’argent public. Les adeptes
du régime minceur de l’Etat ne relâchent pas leur garde. Chaque année,
les employés sont sommés de faire mieux avec moins. Il ne faut pas
l’oublier avant de crier au loup.
Même hautement réglementées, l’administration publique et l’entreprise
restent des organisations humaines, perfectibles. Entre les Suédois qui
traquent impitoyablement les moindres notes de frais de leurs ministres
et la République française qui se pavane dans les habits d’un monarque,
la Suisse doit trouver son équilibre. Vérifier que le trop rare argent
public ne soit pas détourné, mais surtout s’assurer qu’il serve
utilement à l’exécution des tâches publiques.   
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