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Un dimanche à la montagne de Daniel de Roulet : Les plus belles années d’un incendiaire

Les
plus belles années d’un incendiaire Gerhard Schroeder, alors
chancelier, se transforme en muse littéraire quand il regrette
publiquement de combattre chaque jour ce pour quoi il luttait pendant
sa jeunesse. C’est un appel. Daniel de Roulet,
qui l’écoute, décide de vider son sac, de se confesser. Il entreprend
son examen de conscience: qu’a-t-il fait de ses belles années, de ses
idéaux? est-ce qu’il peut regarder ses enfants dans les yeux? Et puis
l’amour s’en mêle. La femme, la complice d’une saison, avant de
disparaître trop tôt d’une maladie cruelle, l’«oblige» à raconter leur
histoire. Elle se fait promettre qu’il conte enfin le forfait qui les a
unis et séparés à jamais: l’incendie, sur les hauteurs de Gstaad, du
chalet d’Axel César Springer, le magnat de la presse allemande de
l’après guerre. A partir de là, le livre suit deux courants parallèles
se répondant réciproquement. D’un côté, la reconstitution fluide et
précise de l’attentat médiatisé à souhait pour le bonheur de l’éditeur,
des journaux, de la vanité compréhensible de l’auteur et même du juge
d’instruction de l’Etat de Vaud, soucieux de vérité historique. De
l’autre, les méditations d’un esprit troublé par son erreur de jugement
– Springer n’était pas un ex-nazi – doublées d’une escapade à Hambourg
sur les traces du fils suicidé de son ancien ennemi et du retour sur le
lieu du crime à Rodomont Derrière. La langue de Daniel de Roulet se
déploie simplement, mot après mot, semblable à une course à pied
régulière, dont il est l’adepte. Avec humour, parfois dérision, la nuit
dans le palace de Gstaad, la montée vers le refuge de l’éditeur, les
doutes mi-héroïques mi-tartufe, les disputes entre amants, s’égrènent
et s’amoncellent dans une composition sobre et touchante. Jusqu’à la
confrontation avec la plaque souvenir laissée par Axel Springer à
l’emplacement du chalet détruit: «Ce que l’âme est pour le corps, Dieu
l’est pour l’Etat…». Intrigué, surpris, l’auteur amorce une
explication post mortem. Il s’engage dans un monologue où une âme
apaisée dit ce qu’elle a à dire: son mea culpa, certes, mais aussi son
irréductible différence, malgré la communauté humaine qui semble se
dessiner un instant à l’ombre d’un orage d’été. Vrai ou faux,
l’incendiaire brûle encore au souvenir de sa compagne, perdue de vue,
retrouvée sur son lit de mort et enterrée un jour de Noël. Vrai ou
faux, «en ces temps reculés», répète compulsivement Daniel de Roulet
pour bien marquer la césure de la mémoire, «en ces temps reculés», deux
amoureux ont mis le feu à leurs illusions un dimanche à la montagne.

md

Daniel de Roulet, Un dimanche à  la montagne, Buchet/Chastel, Paris, 2006.

Tel est pris qui croyait se vendre

En avouant son passé – prescrit d’incendiaire alpin, Daniel de Roulet a
bien exploité la chance de faire abondamment parler de lui dans les
médias. Il a aussi pris le risque de n’être plus vraiment considéré
ailleurs, même là où il a des choses à dire. Comme par exemple dans les
milieux académiques, où l’on a encore ses pudeurs. Ainsi, on s’amuse de
voir le nom de Daniel de Roulet apparaître au générique d’un prochain
Colloque interdisciplinaire organisé à l’Université de Lausanne sur le
thème Ethique et littérature. Le 8 avril, il interviendra dans un un
débat sur «les déontologies professionnelles», en présentant la
question, qu’il connaît bien, des associations d’auteurs et de leurs
exclusions. Il évoquera sans doute généreusement un cas récent, celui
d’Oscar Freysinger. Voilà un écrivain fort discutable mais inutilement
banni de l’Association suisse des autrices et auteurs qui, en sa
qualité de conseiller national (UDC/VS), réclame au «terroriste» Daniel
de Roulet le remboursement des différents subsides reçus au fil des
années de l’Etat fédéral en sa qualité d’auteur, conférencier et autre
ambassadeur de la Suisse littéraire… 

yj

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