Le choix de mes dépenses est une manifestation essentielle de ma
liberté. Ce que j’épargne, ce que je m’offre, comment je me loge, où je
me loge.
Treize pour cent des bénéficiaires d’une rente de l’assurance
invalidité résident à l’étranger, dans des pays de l’Union européenne
pour le 90% d’entre eux. Ce choix, cette expression d’une liberté
cardinale, celle d’établissement, se comprend aisément: affectivement,
renouer avec un environnement originel; économiquement, réaliser un
bénéfice de change et de pouvoir d’achat. C’en est trop pour la
droite du Conseil national. Ce bénéfice doit revenir au pays payeur, la
Suisse, et non pas à l’invalide bénéficiaire. Cette réquisition a été
proposée dans le cadre de la 5e révision de l’AI. Un amendement porté
par des conseillers PDC proposait que «les rentes versées à des
personnes résidant à l’étranger soient ajustées au pouvoir d’achat».
Quoiqu’inacceptable, constitutionnellement et administrativement, cet
amendement a été, à l’appel nominal, adopté par 89 voix contre 82, avec
l’appui sans faille de l’UDC, on ne s’en étonnera pas, mais aussi avec
celui, décisif, du PDC.
Dans cette conception, juridiquement insoutenable, la rente n’est plus
un droit, dont l’assuré dispose librement, mais une aide qui, dans les
pays les plus pauvres, se réduira en quelque sorte à un bol de riz et,
dans un pays très cher, se gonflerait en super-rente, payée sur quelle
base légale! Enfin administrativement, comment déterminer le pouvoir
d’achat par définition variable dans chaque pays. Absurde.
Cette absurdité a pourtant trouvé une majorité, logique dans son
colonialisme. Jean Fattebert payait ses saisonniers en tenant compte du
pouvoir d’achat du franc suisse en Pologne. Il trouve donc conséquent
d’appliquer le même principe, qu’il a effectivement voté, à une rente
versée à l’étranger (mais la Pologne est protégée désormais par les
accords bilatéraux). Ce qui étonne, c’est que le PDC entre dans ce jeu.
On aimerait rappeler à ce parti, qui se veut le défenseur des régions
pauvres et périphériques, qu’au départ de l’AVS existait un courant qui
voulait payer de manière différenciée le Zurichois connaissant la
cherté urbaine et le Valaisan vivant dans son propre logement avec son
potager, son pain de seigle, son fromage et son fendant. Oui, il a
fallu se battre contre ceux qui demandaient que
l’on tienne compte du pouvoir d’achat intérieur afin de réduire localement les rentes.
Le PDC a-t-il une mémoire?
Dossier du Parlement sur la 5e révision de l’AI


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