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Films d’Israël et de Palestine : L’effect cinéma

L’association
BelEcran et le Collectif Urgence Palestine ont présenté une série de
films sur le thème : Israël-Palestine, que peut faire le cinéma ?

icone auteur icone calendrier 17 mars 2006 icone PDF DP 

Thématiques

Pendant une semaine, ce sont alternées au cinéma Bellevaux, à Lausanne,
des projections de films israéliens et palestiniens. Si les
organisateurs sont clairement engagés contre l’occupation de la
Palestine par les Israéliens, la programmation manifeste néanmoins leur
souci de l’équilibre entre chaque «nationalité». Car ce conflit ne se
réduit pas aux déplacements des chars sur une carte de géographie
projetée dans les journaux télévisés ou au nombre des victimes des
attentats terroristes. Ce que montrent les cinéastes, quelle que soit
leur nationalité, c’est d’abord le vécu des individus, la réalité
quotidienne de l’enfermement dans les territoires occupés, des barrages
routiers, du passage des checkpoints. Deux films ont particulièrement
retenu notre attention.

Dépasser les appartenances

Née à Jérusalem d’un père juif arrivé de Vienne et d’une mère juive
américaine, Danae Elon utilise son histoire familiale pour mettre en
scène les différents dilemmes auxquels sont confrontés les individus

impliqués dans ce conflit. Another Road Home raconte sa recherche de
Musa, l’homme à tout faire qui s’est occupé d’elle jusqu’à l’âge de
vingt ans et qu’elle n’a pas revu depuis qu’elle est partie étudier aux
Etats-Unis. Musa est Palestinien, il a élevé une famille nombreuse et a
réalisé son rêve d’envoyer ses huit fils étudier aux Etats-Unis, où ils
se sont installés. La réalisatrice retrouve leurs traces dans la ville
de Paterson, New Jersey, qui abrite une importante communauté
palestinienne. Le premier obstacle consiste dans un nom de famille
qu’Elon orthographie mal, Abdullah pour Obeidallah. Le décalage entre
les deux familles commence ici : les Elon, qui semblent relativement
aisés, intellectuels, plutôt de gauche, parlent anglais entre eux, ne
se souviennent pas des noms des enfants de Musa, qui n’est d’ailleurs
pas son prénom complet, seulement un nom simplifié à l’usage de ses
employeurs. Les deux familles communiquent en anglais. Par-dessus le
décalage linguistique et social (employeur-employé), le film explore le
décalage politique. Personne n’ose aborder la question directement. Les
fils Obeidallah rêvent de posséder une maison, du terrain, en Palestine
pour se souvenir de leurs racines, les parents Elon se sont exilés en
Italie lorsque la situation est devenue trop dangereuse à Jérusalem.
Avant sa première rencontre avec les fils Obeidallah, le père craint
leur position politique : «Se sont-ils laissés pousser la barbe ?
Sont-ils devenus radicaux ? fondamentalistes ?» Danae Elon évoque l’un
de ses derniers souvenirs de Musa repassant pour elle son uniforme de
l’armée israélienne. Elle ne comprend pas comment il pouvait le faire.
Musa explique : «C’est pour toi que je le faisais, pas pour l’armée.»
Ainsi chacun dépasse le conflit politique qui devrait faire de l’autre
un ennemi en dissociant la personne de ses appartenances. La forme
choisie par la réalisatrice, caméra vidéo, image «sale», tantôt
surexposée ou sous-exposée, le son direct, accentue cet effet
d’individualisation en rapprochant le film du journal intime, de
l’album de famille.

Perspective d’assiégés

C’est aussi la forme du journal intime qu’a choisie Sobhi Al-Zobaïdi
pour parler du quotidien des Palestiniens enfermés dans Ramallah. Des
moyens techniques semblables, exagérés par les images bougées qui
donnent le tournis, se mettent au service de sa perspective d’assiégé.
Sont ainsi rendues visibles l’insécurité et la peur ressenties pendant
les bombardements. De la même manière, les gros plans, les séquences
dans une voiture, dans un appartement, l’arrière-plan fermé par un
carreau de verre coloré, limitent le champ de vision. Crossing Kalandia
prend son titre d’un checkpoint contrôlé par l’armée israélienne, qui
sépare Ramallah de Jérusalem et que les Palestiniens ne peuvent
traverser sans permis des autorités israéliennes. Ici aussi, en plus
des remparts de béton, des chars d’assaut, des barbelés, les langues
créent la frontière. Les soldats interpellent les Palestiniens en
hébreu. Certains répondent dans la même langue. Sinon, c’est l’anglais
qui domine. Mais malgré la violence des événements et l’instabilité
reproduite dans le chaos des images, la vie qui continue s’exprime par
l’humour (des enfants traversent les murs dans les trous des obus) et
le bonheur de l’instant (le babil d’un bébé qui fait semblant de
parler, les repas en famille).

Sobhi Al-Zobaïdi pense que l’art et la culture sont les seuls moyens de
se faire respecter en tant que Palestinien. Le cinéma lui permet de
représenter sa mémoire, d’incarner ses espoirs par les images, tout ce
qui fait de lui une personne, plutôt qu’une vermine à écraser. Ce
changement de perspective, du général vers le particulier, de
l’extérieur – occidental, colonisateur – à l’intérieur – palestinien,
colonisé – voilà ce que peut faire le cinéma, c’est là sa
tâche.   

ac

Danea Elon, Another Road Home (Israel, 2004)

Sobhi Al Zobaïdi, Crossing Kalandia (Palestine, 2002)

www.urgencepalestine-vd.ch

Pour une chronologie des événements:

www.israel-palestine.com

Sur le cinéma palestinien :

www.urgencepalestine.ch/Activites/cinemaPalestinien.html

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