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Politique de la santé : A bas le monopole

Le
système médical suisse produit et vend des soins au lieu de promouvoir
et favoriser la bonne santé de la population. C’est la thèse défendue
par un livre du docteur François Choffat.

icone auteur icone calendrier 17 mars 2006 icone PDF DP 

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Le Parlement a repris son travail de retouche à la politique de la
santé. Mais comme la médecine classique, il s’attache surtout à soigner
les symptômes. Tous les efforts visent à juguler l’augmentation
constante des coûts. En clair, les autorités se concentrent sur les
solutions comptables : réduction du nombre des prestations –
médicaments, consultations, examens, interventions, séjours
hospitaliers – planification, mise en concurrence et contingentement
des prestataires.

Des objectifs de la médecine, restaurer et maintenir la santé, il n’est
plus guère question. Pas plus d’ailleurs que de la logique de
fonctionnement du système de santé.

Cette logique, le docteur François Choffat la démonte allégrement dans
son dernier ouvrage. Pour ce généraliste qui pratique dans un centre de santé
de la Broye fribourgeoise, «notre système médical est fait pour
produire et vendre des soins et non pour produire de la santé». Et
comme la société accorde aux médecins le monopole des actes médicaux,
la corporation médicale est «devenue seule propriétaire du savoir, du
discours et du pouvoir sur la maladie et la santé». Ce monopole
engendre une tragique confusion entre santé individuelle et santé
publique. Le praticien est formé pour soigner les patients qui se
présentent à son cabinet. Ce qu’il prescrit à des individus n’est pas
automatiquement pertinent pour toute une population (voir ci-dessous,
annexe 1). Pourtant l’évolution actuelle qui tend à la standardisation
des traitements sur la base d’études statistiques et de la recherche
expérimentale entérine cette confusion. Les mesures d’économies
limitent progressivement l’autonomie du praticien, guidé par des
directives relatives aux examens et aux traitements et contrôlé de près
par les assurances. Or la vérité scientifique de la médecine développée
en laboratoire se heurte aux caractéristiques individuelles de chaque
patient : «la médecine ne peut prévoir avec certitude comment un
symptôme va être influencé par un traitement, encore moins quelle sera
son influence sur la santé du malade, c’est-à-dire sur sa santé
globale».

François Choffat procède à une critique en règle de l’industrie
pharmaceutique et de ses méthodes de vente : dépenses colossales
consenties pour influencer les consommateurs, les prescripteurs, les
politiques et les médias, pour augmenter la consommation et même créer
de nouveaux besoins ; mise sur le marché de pseudo-nouveautés pour
prolonger la durée de brevets avec la complaisance des services publics
d’enregistrement des médicaments ; orientation intéressée de la
recherche ; études lacunaires et tendancieuses qui taisent les effets
secondaires négatifs d’un produit (voir ci-dessous, annexe 2).

Le peu d’intérêt et de moyens affectés à la prévention – pourtant la
meilleure manière de juguler les coûts – illustre bien l’emprise de
l’industrie médicale sur la santé. Et quand cette dernière s’y attelle,
c’est pour généraliser des traitements – diagnostics précoces, vaccins
– dont l’efficacité n’est pas à la mesure du chiffre d’affaires
réalisé. Alors que la prévention de base passe d’abord par des
politiques éducative, sociale, économique.

Comment sortir du cercle vicieux d’une santé qui coûte toujours plus
cher pour un gain d’efficacité en chute libre ? L’auteur plaide en
faveur des praticiens de premier recours, seuls à même de nouer une
relation de confiance avec leurs patients et de restaurer leur
autonomie. Car «la santé est d’abord une notion subjective, elle
appartient en priorité au patient», ce grand muet de la scène médicale.
Puis il se prononce pour la fin du monopole de la médecine classique,
la reconnaissance des thérapies concurrentes et le libre choix des
patients, sous condition d’un contrôle accru de l’efficacité et du prix
des traitements.

Contre ce programme se ligueront bien sûr tous les acteurs de la santé
pour qui le système actuel est source de profit. Et qui rejettent sur
les autres la responsabilité de la spirale des coûts.   

jd

François Choffat, Hold-up sur la santé, Editions Jouvence, 2005.

Annexe 1

Le vaccin Sabin contre la poliomyélite est responsable des rares cas de
polio survenus depuis trente ans dans l’hémisphère Nord. C’est pourquoi
il a été remplacé dans la plupart des pays développés par le vaccin
Salk, qui offre une meilleure sécurité. Ces deux vaccins ont une
efficacité individuelle identique, mais seul celui de Sabin peut
maîtriser durablement ce fléau dans une population encore menacée, car
il contient un virus vivant, contagieux, et une seule personne vaccinée
peut, par «contagion», en immuniser des dizaines dans son entourage.
Selon qu’il faut protéger l’individu ou la population, on choisira un
vaccin plutôt que l’autre, sachant que l’un est moins risqué
individuellement et l’autre plus efficace collectivement.

Annexe 2

Contacté par un laboratoire pharmaceutique pour une étude en double
aveugle, le Dr Choffat a administré un produit censé améliorer la
digestion et diminuer l’appétit à 25 de ses patients et un placebo à 25
autres et transmis ses résultats au laboratoire. Ce dernier, constatant
que l’étude ne démontrait aucune action de son produit, a prié le Dr
Choffat d’améliorer le résultat en révisant les conclusions de deux cas.

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