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Formation professionnelle : Pour éviter l’oubli…ou le mépris

Le
texte soumis au vote le 21 mai sur l’avenir de l’éducation en Suisse
comprend également un volet consacré à la formation professionnelle.
Introduit à la hâte et sans conséquences véritables, il préconise
cependant une juste reconnaissance sociale équivalente aux autres
filières.

«Le périlleux honneur de la démocratie suisse consiste à promouvoir au
rang ministériel une femme qui n’a comme seul bagage académique qu’un
CFC de secrétariat». Cette diatribe méprisante, assenée dans un
hebdomadaire romand du ton docte d’un professeur honoraire de l’EPFL et
ancien conseiller national PDC à l’adresse d’une conseillère d’Etat
vaudoise dans la tourmente, résume assez bien les enjeux de l’article
constitutionnel concernant la formation professionnelle soumis au
peuple et aux cantons lors de la votation du 21 mai prochain sur la
«Constitution de la formation». Selon le nouvel article 61a al. 3, la
formation professionnelle et les filières de formation générale
(sous-entendu les écoles de maturité, menant aux hautes écoles
universitaires) doivent bénéficier d’une «reconnaissance sociale
équivalente». 

Un effet nul

Introduite en quatrième vitesse à quelques jours de la session, au sein
d’une série d’articles en gestation depuis près d’une décennie, puis
soumise à la correction du Conseil des Etats, cette phrase aurait pu
mettre le feu aux poudres. Proposé par Pierre Triponez, directeur de
l’Union Suisse des Arts et Métiers (USAM),
fédération de PME rarement aux mains de stratèges issus des hautes
écoles, et soutenu par les syndicats, qui savent, eux, fort bien
s’accommoder des intellectuels, cet article constitutionnel aurait pu
déclencher une guerre de répartition des moyens financiers entre hautes
écoles bien loties et formation professionnelle souvent oubliée. La
proposition Triponez parlait en effet d’«équivalence» entre formation
académique et professionnelle, ce qui aurait pu être compris comme
«équivalence de moyens financiers». En effet, si les grandes
entreprises et leur faîtière economiesuisse se rengorgent souvent de
vouloir voir l’Etat jouer les généreux mécènes de la formation
académique, les petits patrons sont nettement moins enthousiastes et
verraient d’un bon œil un déplacement des investissements publics vers
la formation professionnelle, qui concerne plus des deux tiers de la
population active, mais garantit en général un moins bon revenu à ses
diplômés. Ceux-ci doivent en outre mettre le plus souvent de leur poche
des sommes conséquentes pour achever leur formation (une maîtrise
fédérale coûte en effet plusieurs dizaines de milliers de francs),
alors que les universités sont presque gratuites et que de nombreux
étudiants se voient gratifier de bourses. Par bonheur, un tel
affrontement, fatal aux deux parties et surtout à la place scientifique
helvétique, n’aura pas lieu, en tout cas pas par la faute du texte de
la votation de mai. En effet, les répercussions financières de la
«reconnaissance sociale équivalente» sont nulles. Cet article a
toutefois le mérite d’ancrer dans la Constitution une incitation à
reconnaître la qualité d’une filière de formation dont les
bénéficiaires sont à même d’exercer les mêmes hautes fonctions que les
universitaires, en témoigne le nombre de dirigeants, du secteur public
comme privé, qui ont commencé leur carrière en tant qu’apprenti. N’en
déplaise à certains intellectuels pédants et prétentieux. 

jcs

Formation continue: peut mieux faire

La formation est l’un des défis majeurs d’un marché du travail en
constante mutation. Apprendre un métier et le conserver toute sa vie
appartient au passé. Pour affronter les changements d’emploi,
d’entreprise voire de métier, les travailleurs doivent pouvoir se
former tout au long de leur vie active. Or, malgré les inégalités
flagrantes qu’elle provoque – plus on est formé, plus on y a accès – la
formation continue est presque totalement ignorée, et encore moins
encouragée, par les pouvoirs publics. Désormais, la Confédération
pourra «fixer des principes» à la formation continue et «l’encourager»
(art. 64 a). C’est un début certes prometteur mais insuffisant, à cause
de l’absence totale de détails sur le contenu ou le financement et,
surtout, du conditionnel de la proposition.

Dossier du Département de l’intérieur

Les autres articles de DP:

Formation : A l’école de la Constitution , Alex Dépraz (ad), DP n°1679, du 24 Février 2006

Formation supérieure : Le paysage partagé des hautes écoles , Alex Dépraz (ad), DP n°1680, du 01 Janvier 1970

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