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Formation professionnelle : Chance06 ou l’art de la coquille vide

La
visite du site Internet consacré au programme de la Confédération en
faveur de places d’apprentissage se révèle décevante. Le portail
électronique ressasse quelques vieilles recettes et sert davantage à
redorer l’image du Département de l’économie qu’à orienter les futurs
apprentis.

Joseph Deiss a plusieurs fois prétendu garantir une solution à chaque
jeune terminant l’école obligatoire, tout en minimisant l’ampleur des
problèmes du marché des places d’apprentissage. Mais le responsable de
l’Economie a dû constater que le sol s’effrite sous ses pieds : chaque
année, le nombre de jeunes sans perspective à la sortie de l’école
obligatoire, et donc sans espoir de décrocher un titre qualifiant pour
le marché du travail, ne cesse de croître. Les chiffres de ses propres
services sont impitoyables : en 2003, 4% des ex-écoliers n’avaient
aucune solution. En 2005, leur part a doublé. Et un jeune sur cinq
quittant le secondaire I n’a pu trouver mieux qu’une «solution
transitoire». Joseph Deiss a donc agi, sans toutefois adoucir son
discours. Lors de la «Conférence des places d’apprentissage» de
novembre dernier (voir Petits pas pour l’apprentissage , Jean Christophe Schwaab (jcs), DP n°1667, du 18 Novembre 2005 et Joseph Deiss, héraut incompris de l’apprentissage , Jean Christophe Schwaab, DP n°1669, du 02 Décembre 2005), il a lancé «Chance06»,
un vaste programme de création de places de formation. Visite guidée
sur le site Internet.

Rien de nouveau

Le futur apprenti qui ouvre l’adresse www.chance06.ch/fr
sera probablement encouragé par le lien «je suis un jeune» (sic !). Son
second clic sur «entrer dans la vie active» (c’est probablement le but
de sa visite) sera tout aussi porteur d’espoir, car il découvrira des
liens menant aux diverses listes des places d’apprentissage offertes.
Mais il déchantera bien vite. Tout d’abord en constatant qu’il n’y a
rien de nouveau sous le soleil : les listes en question sont celles de
sites spécialisés dans l’orientation professionnelle (tiré du portail :
www.orientation.ch)
qu’il connaît probablement déjà, s’il a été un tant soit peu conseillé.
Il pourra également constater que la plupart des places sont déjà
occupées, et que celles qui restent sont offertes dans des métiers dont
les conditions de travail ne promettent pas une formation des plus
agréables. Pour se remettre de sa déception, il cliquera probablement
sur «procédure pour la recherche d’une profession», souhaitant affiner
son choix professionnel et suivant ainsi les conseils de Joseph Deiss,
qui a souvent prêché la flexibilité. Après quatre propositions d’une
vacuité affligeante (Identifier ses intérêts et ses points forts ;
S’informer sur les professions ; Préciser ses choix ; Concrétiser son
projet), il retombera sur orientation.ch. Et s’il se laisse tenter par
les «liens cools» (au nombre de quatre, dont un seul sur le choix d’un
métier), le «concours» (photographier les vignettes «entreprise
formatrice» à défaut de pouvoir postuler auprès de ladite entreprise)
ou les «téléchargements» (des statistiques montrant qu’il y a des
milliers de jeunes dans le même cas que lui, des études lui prouvant
que les entreprises qui refusent sa candidature ont bien tort, ainsi
qu’un contrat-type d’apprentissage, histoire de rêver d’en signer un),
nul doute qu’il se découragera et retournera sans plus attendre à ses
lettres de postulation, à son stage ou à sa préparation du test
«multicheck». Le jeune chômeur qui a déjà un CFC en poche sera quant à
lui fort dépourvu. Son âge lui permet certes de cliquer sur «je suis un
jeune», mais le néant l’attend au-delà de l’hypertexte. Pourtant, le
nombre de jeunes chômeurs dans cette situation continue d’augmenter de
façon inquiétante.

Appel à la bonne volonté

Les entreprises ont droit elles aussi à leur section : «je suis une
entreprise», pourront-elles ainsi cliquer. L’employeur décidé à former
la relève sélectionnera le lien «création de places d’apprentissage».
Outre quelques liens vers les offices cantonaux de la formation
professionnelle, qu’un patron déterminé aurait trouvés tout seul, les
«sept bonnes raisons de créer des places d’apprentissage» ne
réinventent pas la roue. Ce ne sont que des appels à la bonne volonté,
flanqués de quelques considérations générales sur les bénéfices de la
formation d’apprentis. Ces platitudes, qui ne répondent en rien aux
soucis concrets des entreprises formatrices ou aux questions de celles
qui souhaitent se lancer dans la formation d’apprentis, et qui ignorent
les problèmes relevés sur le terrain par les promoteurs cantonaux des
places d’apprentissage, n’encourageront pas les entreprises non
formatrices à créer des places. Pas plus d’ailleurs que la vignette
«entreprise formatrice», seule mesure vraiment destinée à la création
de places que l’on peut trouver sur «Chance06». La reconnaissance des
efforts des entreprises formatrices par une vignette ou un logo est
certes importante, mais n’a pas créé la moindre place, malgré presque
dix ans d’existence et une large diffusion dans de nombreux cantons.

Relations publiques

Quiconque voudra cliquer sur «je suis un spécialiste» devra attendre le
printemps 2006 pour se voir accorder un peu d’attention. Il devra en
outre indiquer ses souhaits, afin que les concepteurs du site trouvent
des idées pour le remplir. L’instituteur qui se dirigera vers «je suis
enseignant» se verra quant à lui recommander d’aborder le thème du
choix du métier en classe. Cette recommandation évidente fait bien peu
de cas des nombreux efforts des enseignants des élèves concernés. C’est
finalement celui ou celle qui indiquera «je suis journaliste» ou «je
suis intéressé» qui obtiendra les informations les plus pertinentes :
chiffres, définitions et exemples sur le système de la formation
professionnelle, méconnu, alors qu’il concerne plus des deux tiers des
jeunes en formation. Cette avalanche d’explications pour béotiens
résume fort bien ce qu’est pour le moment Chance06 : un outil de
relations publiques.   

jcs

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