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Edito: La Suisse bafouille ses langues

icone auteur icone calendrier 3 mars 2006 icone PDF DP 

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Schaffhouse
a certes dit oui au français en refusant l’initiative pour
l’enseignement d’une seule langue étrangère à l’école primaire. Mais le
canton d’outre-Rhin a surtout suivi l’exemple de Zurich et du
Bade-Wurtemberg, qui l’entourent, déjà acquis aux deux langues pour les
plus petits. Le vote désamorce également le conflit avec les projets
d’harmonisation scolaire en cours, HarmoS en tête, élaboré par la
Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique
(CDIP), qui prévoit l’apprentissage précoce des langues. Bref, le
pragmatisme – le bon sens ? – a compté davantage que les soucis de
cohésion nationale.

L’initiative rejetée à Schaffhouse a été portée en grande partie par
les enseignants. Depuis des années, ils dénoncent l’échec du français à
l’école – dépouillé de sa «libido», se désespère Christophe Büchi,
correspondant romand de la NZZ – et subissent l’assimilation hésitante
du bon allemand chahuté par les dialectes. Pourquoi s’étonner que
maîtres et maîtresses souhaitent renvoyer à plus tard une branche qui
complique leur travail et rebute les élèves alors que l’anglais, même
simplifié à l’excès, promet un succès immédiat ? Finalement, le
français pour les Suisses alémaniques, aussi bien que l’allemand pour
les Romands, devient le bouc émissaire de l’impuissance à démêler la
question des langues exposée par ailleurs aux alphabets des immigrés et
à la communication globalisée.

Le plurilinguisme suisse, fierté nationale servie à toutes les sauces,
dévoile peu à peu ses limites, ses particularismes, ses blocages. Pour
l’heure la Confédération, à l’abri d’un article constitutionnel,
renonce à une loi sur les langues qui catalyse les mauvaises humeurs,
tandis que les cantons revendiquent leurs singularités. Chaque
communauté ménage ses voisins et les minorités qui la composent. Uri
parle l’italien, même si depuis cette année il lui préfère l’anglais.
Les Tessinois s’exportent en polyglottes. Le romanche, au pluriel,
court les Grisons qui ne peuvent ignorer leurs vallées italophones.

Ce concert d’exceptions relativise le cas du français. L’enjeu déborde
largement l’indifférence, ou le désamour, dont il souffrirait. Les
réponses univoques ne le clarifieront pas. Paradoxalement, imposer deux
langues à l’école primaire dans le but de favoriser la connaissance
réciproque, certes indispensable, représente déjà une intrusion
intolérable dans les usages et les besoins régionaux, voire locaux. Le
non, certes timide, de Schaffhouse à une initiative trop radicale,
évoque le désir de compromis susceptible de sauvegarder la parole de
chacun.   

md

Dossier sur les langues de l’Office fédéral de la culture

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