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Bulletin de santé de la Suisse (6): un malade imaginaire

Markus
Mugglin, à l’aide de données précises et d’analyses étayées, a démonté
le discours des Cassandre. Reste à trouver le chemin d’un développement
économique durable et équilibré. Ouvertures en forme de conclusion du
parcours critique proposé par l’auteur*.

icone auteur icone calendrier 24 février 2006 icone PDF DP 

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Ouvrir les deux yeux

Non, l’économie helvétique n’est pas moribonde, l’Etat guetté par la
banqueroute, la politique sociale au bord de la faillite. Comparée à
tous les autres pays de l’OCDE, les Etats-Unis compris, la Suisse fait
mieux en matière de capacité concurrentielle, d’exportations, de
balance des paiements, d’innovation technologique, de chômage, de dette
publique et de charge fiscale, rappelle Rudolf Strahm dans sa postface.
Oui, la médication des ayatollahs du libéralisme – concurrence effrénée
et libéralisation tous azimuts – relève de la pure idéologie et non
d’une analyse économique sérieuse. Et le fait qu’elle soit
systématiquement invoquée par le Secrétariat à l’économie et un cercle
d’économistes bruyants, ânonnée par des politiciens à court d’idées et
relayée par des médias complaisants n’en garantit pas pour autant
l’efficacité.

L’offre et la demande

Le programme de croissance du Conseil fédéral, conçu dans la seule
perspective de l’offre, est l’œuvre d’un borgne. Or, selon le Nobel
Paul Samuelson, les économistes, comme tout individu, disposent de deux
yeux, l’un pour l’offre, l’autre pour la demande. Si la demande n’est
pas soutenue en période de basse conjoncture, inutile d’espérer
stimuler la croissance : «Croit-on sérieusement que de longues phases
de faiblesse conjoncturelle marquées par une réduction des
investissements, des dépenses de formation et de recherche et la remise
à plus tard des travaux d’entretien des infrastructures n’auront pas
d’impact sur la croissance à long terme ?», s’interroge Bernd Schips,
un économiste de renom qui n’a jamais cédé aux sirènes du bien penser
officiel.

Ce rappel de l’importance de la demande n’implique pas le mépris de la
concurrence : révision du droit des cartels, ouverture du marché
intérieur, autorisation des importations parallèles, libéralisation de
l’agriculture et nouvelle régulation du marché de l’électricité, il y a
à faire. Mais attention au rythme et aux conditions de ces ouvertures.
Car la libéralisation détruit des emplois. Que faire des salariés
surnuméraires ? Comment les former et les accompagner dans la recherche
d’un nouveau travail ? Sur ces questions, le Conseil fédéral est muet.

Le chômage des jeunes

Le chômage est particulièrement important chez les jeunes : chômage au
sens légal, occupations temporaires et programmes de formation
confondus, le taux de non actifs jeunes dépasse 8%. Alors avant de
focaliser le débat sur l’élévation de l’âge de la retraite, il faudrait
promouvoir l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Mais aussi
favoriser les possibilités d’emploi des femmes – crèches, horaires
scolaires continus – et améliorer les conditions de travail des
salariés proches de la retraite – temps partiel, retraite progressive.
De tout cela le programme de croissance du gouvernement ne parle pas.

Markus Mugglin ne nie pas que l’évolution de la dette publique n’est
pas soutenable à terme. Mais autant il est suicidaire de financer les
budgets de fonctionnement par l’emprunt, autant il est contre-productif
d’économiser sur les investissements productifs : c’est la croissance
qu’on stérilise ainsi. C’est pourquoi le débat ne doit pas se limiter à
la chasse – nécessaire – aux économies, mais envisager également des
ressources nouvelles. La frénésie d’économies, conjuguée à la baisse de
la pression fiscale, l’expérience d’autres pays – l’Allemagne notamment
– le montre, ne stimule pas mécaniquement la croissance. Au contraire
elle prétérite les milieux les plus défavorisés, met en péril la
cohésion sociale et affaiblit la demande.

La croissance certes, mais quelle croissance ? L’augmentation du
produit intérieur ne fait pas baisser automatiquement le taux de
chômage ; elle peut accélérer la dégradation de l’environnement et de
la qualité de vie. Il ne suffit pas de brandir le slogan à la mode
d’une croissance «durable et soutenable». Encore faut-il donner un
contenu à ce slogan : développement moins énergivore et plus ménager
des ressources naturelles, répartition plus équitable des richesses.
Sur ce chapitre, le programme du Conseil fédéral est fort discret. Et
les récentes décisions des autorités en matière énergétique et
environnementale traduisent tout sauf le souci de ce type de
croissance.   

jd

*Gegendarstellung. Wer die Schweizer Wirtschaft bremst. Xanthippe Verlag, Zürich, 2005.

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