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Plate-forme socialiste sur l’Europe: L’inéluctable réforme de l’agriculture

Pour
devenir eurocompatible, l’agriculture suisse doit poursuivre sa
douloureuse mutation. Mais, pour le parti socialiste, l’inéluctable
reconversion sera plus aisée à l’intérieur de l’Union européenne que
dans l’isolement, face aux pressions de la mondialisation.

icone auteur icone calendrier 24 février 2006 icone PDF DP 

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Agriculture suisse et européenne, même combat ! C’est le message que veut faire passer le volumineux rapport socialiste
(cf. Adhésion à l’Union européenne : L’argumentaire du parti socialiste , André Gavillet (ag), DP n°1678, du 17 Février 2006) sur l’adhésion à l’Union. La similitude des politiques
agricoles entre Berne et Bruxelles est évidente. Pour se conformer aux
engagements pris ou à prendre à l’OMC, Suisses et Européens abandonnent
progressivement le soutien aux prix qui génèrent les excédents. Les
paiements directs complètent le revenu des paysans. Le bio et les AOC
sont protégés pour encourager la production de qualité et ménager
l’environnement. Le projet d’accord de libre-échange entre la Suisse et
les Etats-Unis a rapidement avorté parce que les orientations agricoles
des deux pays étaient incompatibles. Avec l’Europe, en revanche, le but
est commun.

Petits et grands écarts

L’adaptation de la Suisse au marché européen est quasiment faite dans
le commerce du fromage qui sera entièrement libre l’an prochain. Elle
l’est aussi avec la viande de mouton et de chèvre, avec les plantes
d’ornement et les champignons.

En 1992, le lait suisse coûtait 50 centimes de plus à la production que
celui de la moyenne européenne. L’écart n’est plus aujourd’hui que de
20 centimes. Cette différence se réduira encore avec la poursuite de la
réforme proposée par le Conseil fédéral. Mais elle pourra subsister.
Une importante diversité des prix existe au sein de l’Union.

Les choses ne sont pas si simples avec la viande de porc et de bovin
payée deux fois moins cher aux paysans européens qu’aux Suisses.
L’écart a cependant tendance à s’amenuiser, notamment à cause de la
nouvelle politique d’enchères à l’importation menée par Berne.

A l’OMC, la Suisse est parvenue à protéger très efficacement sa
production de fruits et légumes. Une intégration au marché européen
nécessitera d’importants sacrifices. Ce sera particulièrement le cas
pour les tomates, trois fois plus chères à la production en Suisse.
Pour le PS, la réponse est dans le bio qui peut s’écouler dans le grand
marché européen à des prix concurrentiels.

De fortes adaptations de prix seront indispensables pour les céréales
trois fois plus chères. Pour la betterave sucrière payée le double aux
paysans suisses, un changement du mode de soutien pourrait atténuer le
choc.

Mieux dedans que dehors

Pour le PS ces baisses, souvent massives, sont inéluctables à cause de
la pression de l’OMC. La Suisse se protégera plus facilement contre une
libéralisation totale de l’agriculture mondiale à l’intérieur qu’à
l’extérieur de l’Europe. Elle pourra demander à Bruxelles des délais
d’adaptation pour lui permettre de développer les réformes en cours.
Elle bénéficiera du programme européen de développement rural qui
facilite la reconversion des agriculteurs. Elle pourra, si elle le
désire, octroyer des aides nationales qui viendront s’ajouter à celles
prévues par Bruxelles. L’Autriche, qui connaît des conditions
géographiques comparables à celles de notre pays, a amélioré le sort de
ses paysans depuis l’adhésion. A l’exemple de son voisin alpin, la
Suisse doit jouer la carte des produits naturels et de haute qualité
qu’elle pourra écouler dans un très vaste marché.

L’adhésion est en passe de devenir un sujet tabou en dehors du parti
socialiste. C’est pourquoi certains milieux proches des agriculteurs
viennent de lancer l’idée d’un accord de libre-échange agricole avec
l’Union européenne. Cette démarche aurait les mêmes conséquences
difficiles qu’une adhésion. Elle n’en aurait pas tous les avantages,
notamment la diminution des charges qui pèsent sur les agriculteurs qui
paient trop cher leurs machines et leurs engrais.

L’adhésion est donc jouable, et même souhaitable à terme pour
l’agriculture. Le PS, qui a les coudées électorales franches face au
monde paysan, peut ici se montrer européen sans réserve. Il n’a pas
besoin de réclamer des dérogations aléatoires comme il le fait à propos
des services publics.   

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Réaction à cet article

Albert Tille plaide l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne pour
sauver notre agriculture. Indépendamment du fait que l’adhésion sera ou
ne sera pas, et qu’il est par conséquent exclu de «saucissonner» des
adhésions partielles, je doute fort que le salut vienne de l’Union
européenne.

En réalité, notre agriculture est obsolète dans ses structures. Il y a
encore d’innombrables exploitations beaucoup trop petites et
suréquipées en machines, ce qui crée une dette insupportable. De ce
point de vue-Ià, je doute fort que les mesures proposées par le Conseil
fédéral, facilitant des constructions non agricoles, mesures qu’Albert
Tille a saluées, soient la panacée. Je crains qu’il ne s’agisse en
réalité que d’un leurre, qui permettra de maintenir pour un certain
temps des exploitations non seulement non rentables mais parfois même
inutiles. En réalité, il faudrait avoir le courage d’entreprendre des
réformes en profondeur et qui feront mal.

Je prends un exemple que je connais bien, celui de ma commune de
domicile, Senarclens. Il y a dix exploitations agricoles, ce qui
signifie au minimum vingt-cinq tracteurs, sans parler des innombrables
bossettes à purin, chars pour transporter les céréales ou les
betteraves, etc. Ce qui signifie aussi au moins dix champs de blé, dix
champs de maïs, dix champs de colza, dix champs de tournesols, dix
champs de betteraves, et j’en passe. Ce qui signifie encore une dizaine
de hangars agricoles impliquant des investissements non négligeables.
Et des kilomètres de chemins vicinaux parfaitement inutiles.

En réalité, on devrait faciliter le regroupement des exploitations
agricoles, le regroupement des différents types de cultures, ce qui
impliquerait automatiquement une réduction efficace des investissements
en machines.

De toute manière, il n’est pas certain que la politique agricole
actuelle de l’Union européenne puisse perdurer. Les Anglais ont sans
doute raison lorsqu’ils exigent une réforme de la politique agricole
européenne. J’ai lu récemment que l’aide à l’agriculture absorbe le
quart approximativement des fonds communautaires, ce qui est aberrant.

Serge Maret, Lausanne, 7 mars 2006

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