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Bénéfices records : Profits des banques et des multinationales

Les
gains records des banques suisses, mais aussi des pétroliers
internationaux, suscitent la réaction de deux rédacteurs. Le premier
article souligne les dangers d’une telle puissance financière. Le
deuxième examine l’efficacité d’une taxe sur les bénéfices des grandes
entreprises.

La démesure

UBS a
enregistré en 2005 un bénéfice exceptionnel : 14 milliards, dont 10 sur
les affaires courantes, si on peut les appeler ainsi. Quel commentaire
pour ce résultat ? Une mention au Guinness Book ? Dessiner un graphique
ascensionnel ? Entrer dans l’omnimania du record, ici au milliard près,
comme d’autres au centième de seconde ?

Il faut prendre le risque d’un commentaire. Un bénéfice d’un milliard
par mois, réalisé par une société qui a pignon sur nos rues, quel sens,
national, politique, philosophique cela a-t-il  ?

Cette entreprise qui gère les grandes fortunes privées

Comme pour tout record, le badaud peut, admiratif, s’exclamer : «Il
faut le faire…» Quel métier ! Devenir le premier gérant de fortune
privée mondiale, beaucoup y prétendent, mais un seul l’a réussi. Ce
champion, étant suisse, paie des impôts suisses. Bon pour nos rentrées,
nos investissements.

Mais cette réussite professionnelle doit beaucoup au secret bancaire
suisse et à son interprétation. Dans la masse de la fortune privée
mondiale, gérée par UBS, quelle est la part évadée ? Considérable, on
le sait. Les fortunes privées naviguent sous pavillon suisse comme des
pétroliers pourris sous pavillon panaméen.

Certes des impôts suisses sont payés par la société et les
actionnaires, qui touchent leurs dividendes. Mais des efforts sont
fournis pour en payer moins. Le projet est prêt à passer devant le
Parlement. L’impôt prendra en compte le 80% du rendement des actions.
Les résultats exceptionnels ne rendent pas généreux, mais gourmands.

Enfin, on ne peut que constater que l’assise nationale est étroite ; le
pays, petit pour une banque de cette taille. D’où deux dangers. L’un,
démocratique. Si la banque décide d’influencer le jeu politique,
initiatives à écarter, lobbying, elle en possède les moyens,
disproportionnés en argent et en influence par rapport aux autres
acteurs. L’autre, de politique extérieure. La banque ne peut résister à
la menace de se voir fermer en cas de crise le marché boursier,
américain ou européen. Elle plaidera que son intérêt est aussi
l’intérêt national. L’avantage pour la Suisse d’inscrire son «s» dans
UBS crée aussi une dépendance.

Le système

Il est moins exposé de gérer un portefeuille que d’exploiter et
produire. Le banquier choisit sur le marché financier ; il n’est pas en
première ligne industrielle et commerciale.

Mais on imagine que le très gros client, le milliardaire, pose ses
conditions avant de confier la gestion de sa fortune. Et la plus
élémentaire est qu’il obtienne un rendement préalablement défini. Le
banquier, pour y répondre, exerce par ses choix une pression constante
sur le système. Il ne peut, pour satisfaire l’attente du client, avoir
d’autre but que la recherche du profit le plus élevé quand il travaille
sur des titres, des monnaies, des matières premières. Il ne fait pas
partie d’une communauté de production, il est tireur de marrons, hors
du feu.

Cette participation au prélèvement de la plus-value mondiale est
efficace puisque le milliard de bénéfice mensuel d’UBS est fait avant
tout de commissions. Le rendement pour le client est un multiple de la
commission prélevée. On atteint alors des chiffres qui ne sont plus à
la mesure de l’homme, de son travail, que les fondateurs de l’économie
moderne (Adam Smith ou Karl Marx) considéraient comme l’aune de la
valeur.

Les résultats d’UBS, s’il faut les juger, sont le reflet de la
démesure. Démesure de la banque par rapport à son assise nationale,
démesure du rendement servi à la clientèle par rapport au travail des
hommes. Illustration du capitalisme financier.   

ag

Des taxes à double tranchant

Les grandes multinationales annoncent des bénéfices colossaux pour
l’année 2005. L’UBS annonce un résultat net de 14 milliards de francs.
Les autres banques ont des résultats un peu inférieurs comme BNP Paribas à 9,15 milliards de francs ou le Credit Suisse
à 5,85 milliards. Ces chiffres, qui peuvent sembler colossaux, et
toutes les banques internationales n’ont pas encore publié leurs
résultats, ne sont rien à côté du résultat des pétroliers. Les Français
ont beaucoup parlé du résultat de Total qui est de 18 milliards de francs, mais celui de BP est de 24 milliards et le bénéfice de Shell de 27. Le champion toutes catégories est l’américain Exxon avec un bénéfice invraisemblable de 45 milliards de francs.

Ces bénéfices gigantesques ont-ils un sens ? Les grands groupes
pétroliers tirent profit de la hausse des cours et bien sûr le
consommateur final, vous ou moi, est celui qui paie. L’idée d’une taxe
extraordinaire sur les bénéfices est agitée en France. Il s’agirait de
ponctionner le résultat de Total de 5 milliards. Naturellement
l’entreprise explique que cela pénaliserait sa capacité
d’investissement et donc les emplois futurs. Pourtant l’idée fait son
chemin ailleurs qu’en France.

Aux Etats-Unis, des sénateurs démocrates veulent taxer Exxon. En
Grande-Bretagne, il existe déjà depuis 2002 un impôt de 10% sur les
bénéfices tirés de l’exploitation des pétroles de la mer du Nord.
Gordon Brown veut faire passer cette taxe à 20%, ce qui représenterait
plus de 3 milliards d’euros supplémentaires en rentrées fiscales chaque
année. Le ministre britannique des Finances considère qu’il est juste
que le budget, donc les citoyens, bénéficie d’une partie des montants
payés à la pompe par ce même contribuable automobiliste.

Un tel dispositif pourrait-il être imaginé en Suisse face aux bénéfices
considérables des entreprises cette année et l’an prochain ? La
situation est quelque peu différente. La Grande-Bretagne taxe une
matière première nationale, les ventes de pétrole de la mer du Nord, et
non un produit étranger. Dans cette logique, il faudrait une taxation
extraordinaire des bénéfices réalisés par exemple par nos banques sur
le marché domestique, comme on dit maintenant, alors que l’essentiel
des gains provient de l’étranger. Ce serait bien sûr absurde et
pénalisant pour le résident helvétique. Par ailleurs la hausse des
bénéfices et des cours profite à tous, à travers ces acteurs majeurs en
bourse que sont les caisses de pension, souvent en difficultés ces
dernières années. Donc ce qui semblerait une bonne idée morale serait
probablement, en tout cas chez nous, une mauvaise idée
économique.   

jg

DOMAINE PUBLIC

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