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Bulletin de santé de la Suisse (4): un malade imaginaire

Plus
de concurrence et moins d’Etat, telle est la recette des Diafoirus de
la théorie économique pour stimuler la croissance. Mais aussi

prolongation de la vie active pour
financer des assurances sociales menacées de faillite pour cause de
vieillissement de la population.


Suite de la contre-expertise critique de Markus Mugglin*.

icone auteur icone calendrier 10 février 2006 icone PDF DP 

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Le tripotage démographique

Seule l’élévation de l’âge de la retraite permettra de compenser les
effets du vieillissement de la population et de garantir le financement
des assurances sociales. Ce discours, inlassablement répété, devrait
convaincre l’opinion de l’impérieuse nécessité de travailler plus
longtemps.

Le vieillissement de la population helvétique est un fait. Le taux de
natalité a faibli de manière significative depuis quelques décennies et
parallèlement l’espérance de vie augmente. Donc la part des actifs
cotisant à l’AVS diminue et finance les rentes d’une proportion
croissante de retraités. En 1950, six actifs pour un retraité, en 2000,
quatre pour un et en 2020, selon les estimations de l’Office fédéral de
la statistique, trois pour un.

Ce «scénario-tendance» se base sur un taux d’immigration qui s’est déjà
révélé erroné au cours des premières années de la période prise en
compte. Fin 2003, la Suisse comptait 7,3 millions d’habitants, un
nombre qui, selon le scénario, ne devait être atteint qu’en 2010.

Par ailleurs l’évolution de la population active ne dépend pas
seulement de celle de la population totale. Plus décisive est la
question de savoir quelle proportion des personnes en âge de travailler
trouvera un emploi, si le taux de chômage baissera ou au contraire
augmentera encore, si la tendance à la retraite anticipée persistera ou
pas. De toutes ces variables, dont il est difficile de prévoir le
comportement futur, dépendra l’alimentation des caisses de l’AVS.

Néanmoins on peut raisonnablement tabler sur le fait qu’à l’avenir le
poids financier des retraites pèsera plus lourdement sur les actifs. Ce
n’est pas une raison pour limiter le débat à l’alternative entre
l’élévation de l’âge de la retraite et la réduction des prestations.
Interrogeons-nous d’abord sur le coût supplémentaire de l’AVS induit
par la démographie. Des chercheurs du centre de recherches
conjoncturelles du Polytechnicum de Zurich ont estimé ce coût sur la
base du scénario-tendance. Aujourd’hui les ménages transfèrent 23,3% de
leur revenu à l’AVS et au 2ème pilier. D’ici à 2030 ce pourcentage
progressera à 28%. Une progression que ces chercheurs estiment
supportable dans la mesure où les revenus progresseront de 60% durant
cette période, même si la productivité ne s’améliore que faiblement.
Déduction faite de l’augmentation des cotisations sociales, les ménages
disposeront encore de revenus 50% supérieurs au niveau actuel. Ce
pourcentage pourrait même augmenter si le taux de chômage et le taux
d’invalidité baissaient. Ils en concluent que le supplément à la charge
des actifs est supportable.

De plus il faut prendre en compte une autre variable, généralement
négligée. Les actifs ne financent pas seulement les rentes AVS. Ils
prennent également en charge les enfants et les jeunes jusqu’à la fin
de leur formation. Or la part de cette population va décroître, taux de
natalité oblige, donc également la part des dépenses assumées par les
actifs. En l’an 2000 on comptait 1,25 actif pour un inactif ; en 2060,
on peut estimer que cette proportion descendra à 1,08. L’évolution
démographique ne permet pas d’énoncer des prévisions catastrophistes.
La question n’est pas de savoir si les charges sociales seront
supportables, mais si nous aurons la volonté de les
assumer.   

jd

*Gegendarstellung. Wer die Schweizer Wirtschaft bremst. Xanthippe Verlag, Zürich, 2005.

Abrahamsen, Y. und J. Hartwig (2003): Volkswirtschaftliche Auswirkungen
verschiedener Demographieszenarien und Varianten zur Finanzierung der
Alterssicherung in der Schweiz, Beiträge zur Sozialen Sicherheit,
Forschungsbericht Nr. 12/03, Bern.

Urs.P.Gasche, Hanspeter Guggenbühl, Das Geschwätz vom Wachstum, Zürich, 2004.

Scénarios de l’Office fédéral de la statistique.

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