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Edito: Jam-session au Conseil fédéral

Le
Conseil fédéral ressemble de plus en plus à un groupe de managers
inexpérimentés faisant de la politique improvisée, comme d’autres de la
musique. Sauf que les jam-sessions gouvernementales ressemblent
davantage à une insupportable cacophonie qu’aux prestations d’un
ensemble de niveau acceptable.

Sur le dossier Swisscom, l’Exécutif a commis l’exploit de provoquer un
immense gâchis et d’en proposer l’improbable réparation par une
solution impossible, politiquement non viable et à peine plus adéquate
économiquement.

Les chroniqueurs retiendront qu’il y aura eu tout juste deux mois entre
l’interdiction signifiée le 25 novembre dernier aux dirigeants de
Swisscom d’investir à l’étranger et la proposition faite ce 25 janvier
de procéder à la privatisation de Swisscom SA. Dans l’intervalle, la
gestion du dossier s’est poursuivie publiquement dans la presse
dominicale : le 27 novembre, Jens Alder disait son ras-le-bol dans le
SonntagsBlick tandis que Christoph Blocher réfléchissait à haute voix
dans la SonntagsZeitung. Dans ce même journal, daté du 22 janvier, le
même conseiller fédéral annonce sa volonté de distribuer la moitié des
actions au peuple suisse, tandis que les autres hebdomadaires
souhaitent bon voyage au successeur de Jens Alder, qui avait
démissionné avec effet immédiat deux jours plus tôt.

Dans le dossier Swisscom, qui s’ouvre avant la fin du débat
parlementaire commencé en 2002 à propos de la nouvelle Loi sur les
télécommunications, le Conseil fédéral perdra bientôt toute maîtrise du
calendrier. Il lui reste le solde des cinq semaines et demie qu’il a
chichement réservées pour la procédure de consultation – au lieu du
délai légal de trois mois au moins – et le temps qu’il s’accordera pour
préparer son message aux Chambres fédérales. Ensuite, les
parlementaires s’arrangeront pour retarder la votation référendaire que
l’Exécutif prévoit pour le 11 mars 2007 déjà. On s’amuse à l’idée d’un
report au 25 novembre de l’an prochain, entre les élections nationales
et celles du Conseil fédéral.

D’ici là, Swisscom devra naviguer à – mauvaise – vue. Les nécessités du
business imposent des rythmes qui s’accommodent mal des lenteurs de la
démocratie.

Quant au compromis imaginé par le Conseil fédéral, qui prévoit une
cession combinant un placement secondaire public avec une action
populaire, il répond moins à une logique financière qu’à des
considérations populistes. Et la dizaine de mesures d’accompagnement
envisagées, également inadéquates, n’arrangent rien. D’autant qu’on n’y
trouve pas la forme de «splitting» entre sociétés de financement et
d’exploitation, évoquée comme une solution viable ci-contre.

Le patriotisme inutile et brouillon dont fait montre le Conseil fédéral
n’a qu’une utilité : il signe la proposition, manifestement inspirée
par Christoph Blocher. Lequel poursuit avec méthode son œuvre de
ratatinement de l’Etat.    

Réaction
Jean-Jacques Beljean
Une
piste qui n’est jamais évoquée concernant l’attitude du Conseil fédéral
face à Swisscom, c’est celle qui consiste à penser que
l’affaiblissement de l’ex-régie permettra d’en vendre les nobles
dépouilles à vil prix. Comme dans l’affaire Swissair, l’argent de
l’Etat servira à des fins privées, dans un cas par un prix bas de
l’action, dans un autre par l’octroi de subventions à fonds perdus.

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