Dépenses et recettes des collectivités publiques ont fortement augmenté
depuis le début des années nonante, c’est un fait. D’où une quote-part
fiscale – le rapport entre les recettes fiscales, y compris les
versements obligatoires aux assurances sociales, et le PIB – et une
quote-part étatique – le rapport entre les dépenses publiques et le PIB
- en forte hausse. Une hausse plus accentuée que dans la plupart des
pays de l’OCDE. Mais ces quotes-parts restent néanmoins inférieures à
celles des pays européens. Cette hausse rapide dans les années nonante
résulte d’une forte croissance des dépenses sociales, elles-mêmes
induites par la récession que les autorités ont contribué à aggraver
(Un malade imaginaire , Jean-Daniel Delley (jd), DP n°1674, du 20 Janvier 2006). Ne confondons pas la cause et les effets : c’est la
stagnation économique qui a pesé sur les budgets publics et non
l’augmentation des dépenses qui a étouffé la croissance. Pour preuve,
nombre de pays comme les pays scandinaves et l’Autriche bénéficient
d’un taux de croissance supérieur à celui de la Suisse, quand bien même
l’Etat y occupe une place – impôts, dépenses – plus importante que chez
nous.
L’augmentation des dépenses a particulièrement touché le domaine social
- de 20 à 28% des dépenses publiques de 1990 à aujourd’hui. Non pas
qu’on ait amélioré substantiellement les prestations, mais parce que la
récession a engendré chômage, invalidité et recours accru à l’aide
sociale. D’un point de vue strictement économique, ces dépenses ont
permis à leurs bénéficiaires de rester des consommateurs et donc
d’éviter que la stagnation ne se transforme en crise.
Les déficits budgétaires ont accéléré l’endettement public. Elève
modèle il y a encore quinze ans, la Suisse, avec une dette représentant
plus de 55% de son PIB, se rapproche de la limite supérieure imposée
aux pays de la zone euro. Dès lors, à l’instigation du patronat et de
la majorité de la corporation des économistes, les autorités sont
saisies d’une frénésie d’économies qui confine à la paranoïa. La
Confédération a déjà conduit deux programmes successifs d’allégement
budgétaire et concocte un programme de réduction des tâches. Son grand
argentier ose même «penser l’impensable» en évoquant des scénarios de
réduction jusqu’à 40% du budget fédéral. Et son collègue de justice et
police passe aux actes en imposant à son administration des coupes plus
sévères encore que celles exigées par le Conseil fédéral. Bref le
concours de la rigueur est ouvert dont on attend une revitalisation de
l’économie.
Pourtant cette situation financière ne résulte pas d’une multiplication
des tâches étatiques. Au coût social de la stagnation économique
s’ajoutent l’assainissement de la caisse de retraite du personnel
fédéral et l’autonomisation des entreprises (CFF, PTT, armement) dont
la Confédération a dû recapitaliser les caisses de retraite. Au total
40 milliards de francs. Avec le préfinancement des transversales
alpines et les avances remboursables à l’assurance chômage, voilà qui
explique l’essentiel de l’endettement supplémentaire des années
nonante. Pas trace d’un Etat trop gourmand qui étendrait sans limites
son action au détriment du dynamisme de l’économie.
*Gegendarstellung. Wer die Schweizer Wirtschaft bremst. Xanthippe Verlag, Zürich, 2005.
Banque nationale suisse (Rapport sur la stabilité financière, 2004 )
Département fédéral des finances (Comparaisons internationales)


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