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Sans profit mais pas sans frais

Les
contributions indirectes de la République et canton de Genève à
l’entretien du quartier général de l’Armée du Salut à Berne ont suscité
bien des questions. Dont celle des frais de fonctionnement des
organisations sans but lucratif. Petit essai comparatif.

icone auteur icone calendrier 27 janvier 2006 icone PDF DP 

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L’Armée du Salut a aussi son état-major national, financé notamment par
les contingents cantonaux et locaux. Rien que de très normal. N’empêche
qu’à Genève la découverte de cette nécessaire réalité a fait l’effet
d’une bombe. Comme si, dans les organisations à but non lucratif, les
salariés et militants pouvaient travailler efficacement sur le terrain
sans le soutien d’un «back office» qui assure l’organisation, le
financement et le suivi des opérations.

Cela une fois admis, reste bien sûr la question des proportions. Sur
cent francs reçus par une organisation à but non lucratif (NPO selon
l’abréviation anglaise usuelle) à titre de subventions publiques, dons
et legs privés et de contributions diverses, combien sont utilisés
directement aux fins pour lesquelles ils ont été recueillis ? Pas
facile de le savoir, même si les NPO doivent désormais respecter
certaines normes comptables, sous peine de perdre le label Zewo,
indispensable aux organismes faisant appel à la générosité publique.
Mais l’analyse des comptes d’exploitation pour 2004, tels que publiés
par une dizaine d’associations et fondations humanitaires, écologiques
et tiers-mondistes (cf. encadré ci-dessous), fournit d’intéressantes
indications sur leurs coûts en personnel ainsi que sur leurs frais
administratifs et généraux.

De manière générale, l’on observe que, dans les organisations étudiées,
les montants non affectés au financement de campagnes, projets ou
mandats concernant leur domaine d’intervention statutaire représentent
de 15% à plus de 50% de leurs dépenses totales. La plupart des
organisations parviennent à maintenir cette proportion aux alentours de
35%. Comment ? En mettant les salaires des intervenants et les autres
coûts directs à la charge des différents projets et mandats qu’elles
soutiennent financièrement. Mais elles ont en revanche l’obligation
d’imputer à la centrale et de faire apparaître séparément les frais de
communication et de collecte de fonds (entre 3% et 16% des dépenses
totales), les coûts administratifs (entre 6% et 12%) ainsi que les
éventuels amortissements et frais financiers. A noter que les
organisations écologiques travaillent relativement cher, sans doute
parce qu’elles sont principalement actives en Suisse (Equiterre, WWF).

Quand l’organisation fonctionne comme la section suisse d’une grande
ONG présente dans environ 150 pays, elle doit payer son écot à la
centrale : Amnesty Suisse envoie chaque année un peu plus de 30% de son
budget de 11 millions de francs au secrétariat international sis à
Londres, tandis que le WWF Suisse consacre 3,9 millions de francs, soit
un peu moins de 9% de ses ressources, à son siège mondial, installé à
Gland. Précision utile : ces deux organisations ne reçoivent pas de
subventions publiques mais vivent principalement des contributions de
leurs membres et groupes cotisants, ainsi que de legs et dons dont le
montant a frôlé les quatre millions de francs en 2004 chez Amnesty et
atteint 4,5 millions au WWF Suisse.

Par rapport à ces deux grandes NPO multinationales privées, les
organisations suisses au bénéfice de subventions publiques ne se
distinguent pas par une transparence particulière. Sauf Swissaid, qui
présente son bilan et ses comptes de manière exemplaire, à la fois
détaillée et très claire. Une mention particulière aussi à l’OSEO, qui
ne craint pas de chiffrer les difficultés rencontrées en 2004 tout
particulièrement, année de restructuration et de réorganisation
fondamentales.

Au total, l’information délivrée par les NPO dépasse sans doute en
qualité et consistance les attentes des cotisants et généreux
donateurs, d’ordinaire très confiants. Ce d’autant que les
traditionnels rapports annuels tirés sur papier sont désormais
disponibles sur les sites Internet des organisations concernées. Sauf
exception bien sûr. La seule que nous ayons repérée s’appelle l’Armée
du Salut, qui donne sur son site quelques informations lacunaires sur
la zone AdS comprenant la Suisse, l’Autriche et la Hongrie : «du point
de vue financier, 2004 fut réjouissante», avec des dons et legs dont
«le produit a pu être maintenu à un bon niveau de 35,4 millions de
francs». Pour en savoir plus, contactez le responsable Communication ou
rompez. Une politique d’information devenue impossible pour «une armée
à l’œuvre dans 109 pays» qui veut continuer d’accomplir sa belle
mission.    

Rectificatif (publié dans DP n° 1678)
A la suite de l’article «Sans profit mais pas sans frais« (DP 1675, 27
janvier 2006, p. 4), M. Pierre Reift, responsable Communication/RP de
l’Armée du Salut, nous fait savoir que depuis 2002, les comptes annuels
de l’AdS-Suisse sont bel et bien téléchargeables sur le site
www.armeedusalut.ch, contrairement à ce qui était indiqué dans le texte
publié.
Par ailleurs, l’Armée du Salut est active dans 111 pays et non pas 109 comme mentionné.

Amnesty International, section suisse

Culture et Développement

Erklärung von Bern, section alémanique de la DB

Déclaration de Berne, section romande (DB)

EPER, Entraide protestante suisse

Equiterre, Genève et Zurich

OSEO, Œuvre suisse d’entraide ouvrière

Solifonds, Fonds de solidarité pour les luttes de libération sociale

Swissaid, Fondation suisse pour la coopération au développement

WWF Suisse (comptes bouclés au 30 juin 2005)

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