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La maison au bout du tunnel

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de Tilo Steireif est à la fois une investigation photographique et un
recueil de témoignages à la première personne. Les images des logements
occupés par les ouvriers qui percent les transversales alpines
renvoient aux récits des hommes et des rares femmes engagés sur les
chantiers. Ils racontent leurs maisons rêvées, encore à bâtir ou
laissées au pays.

Le travail de l’artiste lausannois
s’expose au PhotoforumPasquArt de Bienne jusqu’au 5 mars 2006 avec
celui de Pétur Thomsen, un Islandais qui fixe depuis 2003 la
construction d’un barrage au pied du plus grand glacier d’Europe et la
transformation controversée mais inéluctable du paysage de l’île.


Pour l’occasion, nous publions
l’interview  d’un tunnelier espagnol, ainsi qu’un cliché pris à
Faido au Tessin, à l’entrée sud de l’ouvrage
.

icone auteur icone calendrier 20 janvier 2006 icone PDF DP 

Thématiques

Je viens de la Coruna en Galicie, j’ai 28 ans. ça fait 25 mois que je
travaille ici. Avant j’habitais à Lucerne, et tous les vendredis je
vais toujours à Lucerne, j’ai mes amis au Centre espagnol, nous sommes
tous comme une grande famille. Je suis en Suisse depuis deux ans et à
Pollegio depuis environ une année. On s’occupe de l’imperméabilisation
du tunnel.

J’avais un studio à Lucerne que j’ai laissé en septembre, lorsque je
suis venu ici. Je payais 700 francs par mois pour n’y dormir que du
vendredi au dimanche, un ami m’a dit non, tu n’as qu’à venir dormir
chez moi. Je dors ici du lundi au vendredi et puis je vais à Lucerne
(pour le week-end).

Pour ma maison en Espagne, je vais faire venir des choses de la Suisse
comme la pierre qui est grise, le granit, (…). La partie supérieure
de la maison, je la ferai comme ce que j’ai vu faire à Lucerne, pour
l’isolation, pour la terrasse. Ce n’est pas encore très connu en
Espagne. Je veux au minimum deux terrasses, une d’angle et l’autre
devant la chambre. Dessous, il y aura un salon, une cuisine, une salle
de bain, 120 mètres carrés, c’est tout. Je ferai deux chambres c’est
tout. Puis, j’ai déjà le terrain, et c’est mon père qui me l’a donné.
Il m’a dit : c’est une anticipation sur ma rente. Ton idée d’aller en
Suisse est une belle idée, et quand tu reviens ici tu peux penser à
faire ta maison».

Je pense rester en Suisse à travailler dix ou quinze ans. (…) Le
terrain fait 2 200 mètres carrés pour faire une maison et un jardin
potager. Le travail commencera au plus tard dans une année. Je pense
que pour faire le gros œuvre il me faut dix années de travail. Après je
pense fonder une famille, je la (une femme) trouverai en Espagne, mais
on ne sait jamais… Je vais toujours en été à la Coruna trois
semaines, puis à Noël aussi.

Je travaille du lundi au vendredi ici avec un horaire de 5 heures et
demi à midi, nous mangeons, puis nous reprenons jusqu’à 18 heures. Mais
actuellement depuis deux mois, on fait beaucoup plus d’heures, on a
donc plutôt travaillé 12 heures. Dans mon équipe, je suis le seul
Espagnol, il y a des Italiens, des anciens-Yougoslaves.

Ici, je n’ai pas d’objets, l’unique chose que j’ai avec moi ce sont des
photos de la famille à Noël lorsqu’on est tous autour de la table,
comme cela, je vois toute la journée ma famille, sinon, je téléphone
deux fois par semaine à la maison au minimum (…). La première chose
par contre que j’ai amenée en Espagne, c’est la machine à faire la
raclette. À trente ans, ma maison devrait commencer à se voir depuis la
route. Dans une maison neuve normalement, on met le parking dessous, je
ne ferai pas ce système, je mettrai le parking à l’extérieur avec un
porche comme ici. Une maison moderne.

J’ai un ami qui a apporté les fenêtres en bois et métal de Suisse,
d’une entreprise qui fait du bon matériel. Tu dois toujours regarder à
la qualité. Il faut faire une maison la plus sûre possible, saine,
alors tu dois mettre du bon matériel. Pour construire la maison, la
structure, les fondations seront faites par des entreprises, mais les
fenêtres, l’intérieur, je le ferai avec des amis, sinon tu passes toute
ta vie à faire la maison.

Mais il faut aussi pouvoir vivre un peu dans la maison, non ? Cela ne
vaut pas la peine de travailler jusqu’à soixante ans et puis tu y vis
cinq ans, tu vas dans un autre monde et la maison reste là, pourquoi,
pour ceux qui restent derrière toi ? Non, tu dois penser aussi un peu à
toi.

       

Jesus, chantier de Polleggio,Tessin, 2004.

(texte adapté par la rédaction)

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