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Courir deux lièvres à la fois

Economisons
l’énergie et développons les technologies de dépollution. Douze ans
d’analyse sur les émanations de CO2 en Suisse prouvent que seule cette
double stratégie permettra de combattre le réchauffement de la planète.

icone auteur icone calendrier 20 janvier 2006 icone PDF DP 

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Les Etats-Unis n’ont par ratifié le protocole de Kyoto sur la
diminution des gaz à effet de serre. Ils n’entendent pas faire la diète
de l’énergie qui pourrait plomber la croissance de leur économie. Les
pressions diplomatiques n’ont pas fait fléchir l’administration Bush.
Pour combattre son isolement, Washington est parvenue à tenir un
contre-sommet de la Terre à Sydney réunissant l’AP6, un club de six
pays de l’Asie et du Pacifique. Son but : promouvoir un développement
économique respectueux de l’environnement en misant exclusivement sur
les progrès technologiques et non sur une modération de la consommation
d’énergie. L’AP6 représente 45% de la population mondiale. Le meilleur
allié des Etats-Unis est l’Australie qui, elle non plus, n’a pas
ratifié Kyoto. Pas étonnant. L’Australie est le plus gros producteur et
consommateur de charbon du monde. La Chine, l’Inde, la Corée du Sud et
le Japon, pourtant signataires du protocole, se sont joints au club.

L’argumentation de Washington sonne agréablement aux oreilles des pays
en développement. Rien ne doit entraver leur croissance. On ne peut pas
demander aux populations pauvres de ménager l’avenir de la planète aux
dépens de leur propre survie. La collaboration au sein de l’AP6 doit
améliorer toute une batterie de techniques comme la gazéification du
charbon, le captage du méthane, la liquéfaction du gaz naturel ou le
stockage sous terre du CO2. Ce programme devrait, d’ici 2050, freiner
de 20% la progression des émissions de gaz. Insuffisant, proteste le
WWF, car lesdites émissions vont doubler pendant la même période en
raison d’une consommation accrue de l’énergie   

Croissance zéro en Suisse

Les prévisions sont toujours incertaines. L’analyse du passé est plus
fiable. L’Office fédéral de la statistique (OFS) constate que, en
Suisse, les émissions de gaz à effet de serre sont restées pratiquement
stables entre 1990 et 2002. Il n’y a pas eu, comme précédemment, une
progression liée à la croissance économique. Mais la Suisse doit faire
mieux pour atteindre la diminution de 5,2% prescrite par la convention
de Kyoto. L’analyse des performances des diverses activités humaines
montre où les efforts devront être mis.

Le secteur économique est globalement le plus performant. Il est certes
encore responsable de 62% des émissions, contre 38% pour les ménages.
Mais le volume des émanations de l’économie a diminué depuis 1990. Les
différences sont cependant importantes d’une branche à l’autre.

1990-2002

Ménages        + 4,0 %

Economie      –  1,6
%     dont    
Industrie         –  8,4 %
       
                                       
  Agriculture      –  8,0 %

               
                   
                Services    
    + 4,6 %

La bonne performance du secteur industriel tient aux efforts des
entreprises pour améliorer leurs installations, mais aussi à
l’évolution de l’économie de la manufacture lourde vers des activités
moins polluantes. La diminution des émissions dans l’agriculture suit
simplement la baisse de la production. La croissance dans le secteur
des services provient directement de la forte progression des
transports.

L’influence de la mobilité se retrouve lorsqu’on examine la
responsabilité des ménages. Les émanations dues au chauffage ont reculé
de 5% en raison de l’amélioration des techniques et notamment de
l’isolation des bâtiments. En revanche, les transports ont dégagé 16 %
de gaz à effet de serre supplémentaires.

L’exemple suisse montre que si le progrès technologique joue un rôle
significatif, ses effets sont annihilés par l’évolution des
comportements. Les responsables du AP6 (cf. ci-dessus) ont certes
raisons de miser sur la technologie mais ils ont tort de ne pas s’en
prendre aux comportements. Les milieux économiques suisses se rangent
du côté des thèses américaines. Avec leur refus de la taxe CO2 au
profit des centimes climatiques, ils nient la nécessité de contenir la
mobilité par l’automobile, qui est pourtant la cause principale de
l’échec de nos engagements internationaux.    

Complétez votre information  :

USA (argumentaire du gouvernement américain )

WWF (critiques )


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