Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Le parti socialiste dépassera-t-il son conservatisme pour se positionner européen?

Le
dossier Swisscom est en latence pour un très bref répit avant que,
selon un rythme accéléré, se succèdent la présentation de
l’avant-projet de loi, la consultation, la loi, le débat parlementaire,
le référendum et le vote populaire. Les arguments des opposants à la
vente de Swisscom sont pour l’essentiel connus : le service universel,
les intérêts des régions les moins densément peuplées, seront mieux
assurés et défendus, affirment-ils, par une société que contrôle
l’Etat, intervenant sur le terrain que par des sociétés privées
soumises simplement aux règles de l’instance de régulation. C’est la
partie conservatrice de l’argumentaire. Mais si le peuple refuse de
vendre Swisscom, quelle vision pour la société, dans la concurrence
internationale, dans le concert européen ? A cette question, qui s’est
posée à Swissair, on ne peut pas seulement répondre par «vive le repli
sur le réduit national !»


La logique du Conseil fédéral
La position du gouvernement est défaitiste et caponne. Premièrement, il
faut vendre le tout, dit-il, pendant que l’objet à vendre a encore de
la valeur, ce qui n’est pas, même un colporteur vous le dira, la
manière la plus habile de bien vendre. Deuxièmement, pas de rachat de
société étrangère engagée dans le service universel. Le fait que l’Etat
suisse est l’actionnaire majoritaire de Swisscom pourrait mettre la
Suisse en position délicate en cas de conflit soit avec la clientèle de
cette société, soit avec son personnel.

La contre-proposition
Dans un domaine aussi évolutif, aussi concurrentiel, une société
nationale repliée sur elle-même est peut-être vulnérable. Mais
l’élargissement de l’assise, pourquoi devrait-il s’opérer uniquement
selon la logique capitaliste, c’est-à-dire absorption de sociétés plus
faibles ? Les formes de collaboration peuvent être multiples :
recherche, financement, expérimentation, etc., à condition que la
motivation de la société partenaire soit le service public et non la
recherche de profit à distribuer.
Swisscom devrait donc avoir pour mission de se rapprocher de sociétés
où la participation de l’Etat est encore forte, c’est le cas de
plusieurs sociétés nordiques, pour leur proposer un partenariat,
c’est-à-dire un partage des risques et un renforcement réciproque.

L’esprit européen
Le parti socialiste est suspecté de pratiquer sur la question
européenne le grand écart, s’opposant aux démonopolisations qu’il
devrait bien intégralement accepter si nous étions, comme il le
souhaite, dans l’Union européenne. En demandant que Swisscom ait
vocation de s’allier à des sociétés de service public, il corrigerait
ce grand écart, se mettrait en position offensive et non pas défensive.
On objectera que pour un partenariat, il faut être deux, au moins, que
l’Europe est encore en phase de libéralisation, et qu’il est nécessaire
de casser les monopoles nationaux pour créer un grand marché européen.
Pourtant le grand marché ne motive plus les peuples. C’est une des
interprétations qu’on peut donner au vote négatif des Français et des
Hollandais. A qui sert la nouvelle dimension, le changement d’échelle ?
A cette question, l’Europe n’apporte pour réponse que le renforcement
de sa capacité concurrentielle. Mais les peuples aimeraient avoir la
certitude que se met en place aussi un service public élargi, européen,
dont il puisse être fier. Les régies nationales suisses ont contribué
incontestablement à l’unité confédérale. Un même mouvement peut porter
l’Union européenne.
La mission donnée à Swisscom sera déterminée par ce choix fondamental.
Ou la démarche capitaliste du Conseil fédéral : on vend, et si on
perdure, on n’achète que des sociétés qui n’ont rien à voir avec le
service universel. Ou la vision européenne : on ne vend pas, on
recherche des partenariats les plus proches possibles du service
universel. Peut-être le maillon certes modeste d’un service européen.
Le parti socialiste peut opposer à la proposition du Conseil fédéral
plus qu’un refus, une vision à la fois utopique et réaliste.
   

Complétez votre information  :

PSS (Prise de position du 21.12.2005 )

DETEC (Dossier Swisscom)


Réaction

Swisscom, service public? – (Pierre) – 20.01.2006

J’aime
bien cette approche, mais le changement à opérer est à 180°. Car
Swisscom n’a guère montré sa capacité à agir en tant que prestataire de
service public. Il n’a réagi, baissé ses tarifs, amélioré ses
prestations, que sous le coup de la concurrence, ou sous la menace des
instances de surveillance. Voir à ce propos l’ADSL où la Suisse a des
offres chères et de mauvaise qualité en comparaison avec les pays
voisins libéralisés…
Le Conseil fédéral aurait pu se préoccuper de ces questions plus tôt et
influencer le géant bleu dans ce sens. Mais quand on apprend que Felix
Resenberg n’a jamais reçu une seule consigne du Conseil fédéral avant
celle sur l’interdiction d’achat d’opérateurs étrangers, on s’interroge
sur la capacité de la Confédération à détenir des entreprises à la fois
publiques et soumises à la concurrence.
Finalement, Sunrise a davantage fait pour améliorer le service public
et universel ces dernières années que Swisscom…


DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/8911
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/8911 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP