Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

L’appel de l’histoire

Des
PTT à la bourse, l’opérateur national a surfé sur la vague des
télécommunications entre service à la population et exploits techniques
jusqu’à l’annonce d’une privatisation controversée.

Un coup de fil c’était si facile. Aujourd’hui, davantage qu’hier. Car
le téléphone, surtout le mobile désormais gratuit, multiplie les
fonctions, cumule les services et se métamorphose en petite centrale
polyvalente. Petit frère du PC, prêt à le supplanter, il parle, écrit,
chante et catapulte le Web, et bientôt la télé, au bout des doigts.
Rien ne semble contrarier le triomphe du plus en plus petit, serré dans
quelques millimètres carrés où s’amoncellent des opérations autrefois
distinctes qui demandaient des appareils encombrants.

Les fils d’antan ont changé de tête, de profil, d’ingrédients. Ils
transportent les voix et les bits. Des paquets de mots, de chiffres, de
pixels qui roulent sur la toile souterraine qui embrasse la planète.
Quand ils ne volent pas. Espace et satellites font aussi très bien
l’affaire depuis une quinzaine d’années.

La concurrence ouvre les marchés. Les frontières deviennent risibles,
les monopoles nationaux s’effacent. Depuis 1998, la Suisse a libéralisé
en partie le sien. Du coup, Télécom PTT renaît en société anonyme.
Swisscom, enfin globalisé, entre en bourse toujours aux ordres de la
Confédération, avec lois et plan quadriennal. L’Etat s’assure 66,1% des
actions, sur un total de 61 482 761 titres cotés à Zurich et à New
York. Septante mille petits porteurs – d’une à mille actions – en
majorité des Suisses, se partagent le reste avec quelques investisseurs
qui détiennent chacun 1% à 5% d’une société qui emploie quinze mille
personnes, dans des conditions exemplaires selon les syndicats et la
direction de l’entreprise, pour un chiffre d’affaires de sept milliards
de francs en 2004.


Les demoiselles du téléphone

Le 15 juillet 1852, le premier télégraphe public grésille entre la
Limmat et Saint-Gall. Seize ans après, le téléphone, inventé en 1876
par Graham Bell, tombe dans le giron de la Confédération. Avec le
courrier, les PTT sont nés. Même si les concessions privées ne
disparaissent pas. L’asile psychiatrique de Cery et le bureau
d’assistance publique de Lausanne avaient devancé le reste du pays. A
la fin de 1880, le réseau compte déjà 141 raccordements, répertoriés
dans un annuaire édité à Zurich. Il suffit d’épeler le nom de l’abonné
pour obtenir la liaison. A partir de 1890 en revanche, on compose un
numéro. Les demoiselles du téléphone branchent les usagers d’un tour de
main.

D’un siècle à l’autre, les téléphones prolifèrent. Les appels se
comptent par milliers chaque jour. La centrale semi-automatique de
Zurich-Hottigen assure les relais dès 1917. Puis le réseau tourne
définitivement tout seul, pareil à un robot géant, à la fin des années
cinquante.

De la rue à l’espace

En 1921, le service des renseignements répond aux clients qui composent
le 11. L’horloge parlante réveille cols blancs et bleus depuis 1935.
Suivie par les cabines téléphoniques à monnaie. On peut téléphoner sur
le macadam quand l’appareil fait défaut à la maison ; même si un
demi-million de Suisses en possède déjà un, capable de traverser
l’Atlantique propulsé dans câble sous-marin à partir de 1956. A
l’époque de la télévision noir et blanc, les abonnées doublent. Ils
sont un million à l’aube des années soixante, le nez en l’air à la
poursuite de Telstar, l’aîné des satellites de télécommunications à
peine lancé dans l’espace. L’expo de 1964 à Lausanne célèbre la
composition directe pour l’étranger. Fini les intermédiaires et les
attentes interminables pour deux millions d’abonnés heureux de
découvrir les belles paraboles de Loèche, mises en service la décennie
suivante.

Encore quatorze ans et la Suisse entre dans l’ère du numérique. 1988
marque le début de la technologie ISDN (Integrated Services Digital
Network) : elle transforme le téléphone en une ligne à grande vitesse
pour les images, la parole et le texte. En même temps, les PTT entament
la procédure de divorce qui aboutit dix ans plus tard à la naissance de
La Poste et de Swisscom. Entre-temps, le 156, un numéro payant,
découvre la messagerie rose et le Natel (Nationales Autotelefon) prend
son envol, d’abord laid et envahissant, ensuite aérodynamique et
design. Ce dernier conquiert rapidement les usagers et stimule la
compétition entre opérateurs rivaux (Swisscom 65% du marché, Orange
17%, Sunrise 16%, et TELE2 1%). Sans parler du succès des cartes
prépayées qui séduisent amants et terroristes friands d’anonymat.
L’électronique remplace également les annuaires en papier dans les
cabines publiques et condamne les centres d’appel (Thoune, Lucerne,
Baden, Porrentruy, Fribourg et Genève).

Le temps du multimédia

Pressé par les événements, le Parlement adopte la nouvelle loi sur les
télécommunications et la loi sur l’entreprise de télécommunications qui
libéralisent le marché et transforment Telecom PTT en une S.A. En un
mot Swisscom, qui navigue entre service public et rentabilité, entre
marché indigène et expansion internationale, pour l’heure passablement
frustrée. Entreprise globale, elle est responsable des stratégies et de
la gestion financière de filiales autonomes sur le plan opérationnel :
Fixnet S.A. (réseau fixe, câblé et Internet), Mobile S.A., Solutions
S.A. (communication commerciale) et IT Services S.A. (informatique et
logiciels). En marche vers son destin multimédia, Swisscom s’empare de
49% des actions de Cinetrade AG (télévision à péage, cinéma et droits
sur les films), continue le développement de bluewin via l’ADSL qui
fait le bonheur d’un million de clients et suscite la mauvaise humeur
de quelques régions encore à l’écart du haut débit, sans oublier de
déverser nouvelles et météo en images sur les écrans en miniatures des
portables (Replay TV).

En 125 ans, le coup de fil s’est métamorphosé ainsi en «clics»
désincarnés. Ils promettent une chevauchée fantastique dans les
prairies célestes de la communication, à mille lieues des PTT
nationales d’autrefois.    

md

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/8887
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/8887 - Merci

Thématiques

En relation

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP