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La démocratie directe, à manier avec ménagement

icone auteur icone calendrier 2 décembre 2005 icone PDF DP 

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Ce
27 novembre 2005 n’aura guère illustré l’exercice exemplaire de la
démocratie directe. Non, il ne s’agit pas de contester les résultats
des votations de ce jour, mais de mettre en doute la pertinence des
questions posées et la traduction qui en a été faite dans la campagne
référendaire.
Pertinence de la question tout d’abord. Les Vaudois ont plébiscité une
initiative populaire qui veut sauver Lavaux. Mais Lavaux est déjà sauvé
depuis 1977. Son sauveur d’alors, Franz Weber n’a pas supporté que son
bébé ne figure plus dans la nouvelle Constitution vaudoise. D’où cette
nouvelle initiative sans objet (cf. Bonnet blanc, blanc Bonnet , Albert Tille (at), DP n°1665, du 04 Novembre 2005).
Qualité de la campagne ensuite. Les Genevois ont également plébiscité
l’institution d’une Cour des comptes. Le débat public préalable à cette
votation fut inexistant. La plupart des partis favorables à cette
innovation n’ont pas cru bon d’expliquer l’enjeu. L’indignation
provoquée par un certain nombre de scandales dans la république du bout
du lac a suffi à convaincre.
Le souverain helvétique s’est-il prononcé en faveur d’un moratoire sur
les OGM ? Il est permis d’en douter. La campagne a porté pour
l’essentiel sur les méfaits des plantes transgéniques et la
revendication d’une alimentation naturelle, non sur une pause
nécessaire à l’acquisition de connaissances suffisantes quant aux
impacts de cette technologie. Sur la base d’une question clairement
délimitée – un moratoire de cinq ans, par ailleurs en vigueur de fait –
les initiants ont réussi à organiser un plébiscite contre les OGM.
L’ouverture dominicale des commerces dans les grandes gares et les
aéroports a subi le même sort. Parce que certains parlementaires, après
avoir adopté cette disposition marginale, ont cru bon d’évoquer la
libéralisation générale de l’ouverture des magasins le dimanche, la
campagne a vu monter au front les défenseurs d’un jour libre de toute
activité marchande, alliés aux protecteurs de l’institution familiale
menacée par la fièvre consumériste. Une décision ponctuelle s’est
soudain muée en un enjeu de société.
La démocratie directe est une forme exigeante de l’expression
politique. Elle suppose des citoyennes et des citoyens informés de la
matière et au clair sur les questions posées. C’est ce qui la distingue
de la démocratie plébiscitaire, un artifice qui permet aux détenteurs
du pouvoir de transformer l’objet en jeu en une question de confiance.
A poser des questions qui n’en sont pas (Vaud) ou à la sauvette
(Genève), ou encore en exagérant délibérément l’enjeu (moratoire,
ouverture dominicale), c’est à la démocratie directe qu’on porte
atteinte.   
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