Les mathématiques donnent un léger avantage à l’initiative puisque sept
contributions sur un total de dix lui sont favorables. Deux arguments
reviennent avec insistance chez les défenseurs du moratoire. D’une
part, l’agriculture suisse, étiquetée bio, n’aurait aucun intérêt à
coexister avec des champs d’OGM : le moratoire constituerait même un
sérieux coup de pub pour les produits de nos paysans (Simonetta
Sommaruga, PS/BE). D’autre part, les cultures OGM, destinées à
l’exportation, auraient clairement failli à leur mission de nourrir le
tiers-monde. En acceptant un moratoire, la petite Suisse donnerait un
«signal important de ce point de vue» (Bastienne Joerchel, Allianz
sud). Derrière la brevetabilité des OGM se dresse le spectre des
entreprises multinationales «engagées dans une lutte sans merci»
(Gérard Vuffray, Uniterre). Les partisans du moratoire ne croient pas à
la possibilité d’une coexistence pacifique entre agriculture biologique
et produits génétiquement modifiés : le fœhn pourrait se charger de
disséminer les OGM ! (Grégoire Raboud, Les Verts/VS) La coexistence des
deux filières parallèles sécurisées, sur laquelle les expertises
scientifiques divergent, serait une «vue de l’esprit, un mirage»
(Gérard Vuffray). Enfin, les recherches scientifiques sur les
conséquences réelles des OGM sur l’environnement et la santé seraient
inexistantes (Isabelle Chevalley, Ecologie libérale; Liliane Chappuis,
PS/FR). Au nom du principe de précaution (Géraldine Savary, PS/VD),
mieux vaut interdire provisoirement que prendre un risque que nous ne
connaissons pas.
Les adversaires de l’initiative le répètent sur tous les tons. Le
moratoire nuirait gravement à la recherche en Suisse. Notre pays
risquerait de se trouver hors-jeu dans «la lutte implacable que se
livrent les Etats pour la maîtrise des nouvelles technologies» (Yves
Christen, PRD/VD). Les premières victimes en seraient les chercheurs et
« la facture finale pourrait bien être payée par nos paysans»
(Jean-Pierre Zrÿd, prof. honoraire, Université de Lausanne) qui ne
profiteraient pas des éventuelles avancées. Attention à la «psychose
collective» : la crainte des OGM serait un «fantasme» (Jacques
Neirynck, prof. honoraire, EPFL) d’autant plus confus que nous
ingurgitons déjà quotidiennement des quantités d’ADN étranger à nos
cellules, patiemment modifié par des générations d’agriculteur. Un
moratoire ne ferait que nous enfermer dans le mythe rousseauiste de la
Nature éternelle, alors que «ce que le citoyen considère comme la
Nature est le pur résultat de la technique» (toujours Jacques
Neirynck). On peut aussi être plus terre à terre : les OGM
permettraient une diminution significative de l’usage des pesticides
sans qu’aucune atteinte à l’environnement ou à la santé n’ait pu être
mise en évidence dans les pays où ils sont largement disséminés. Alors,
«quels peuvent être les objectifs du moratoire» (Jean-Pierre Zrÿd) ?
Rendez-vous le 27 novembre pour savoir ce qui passera ces cinq
prochaines années : «cinq ans, c’est court» écrit la conseillère aux
Etats Simonetta Sommaruga. Mais il ne vous reste que trois semaines
pour vous forger une opinion sur le moratoire !





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