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Les grandes manoeuvres

Les sociétés européennes convoitent le courant suisse.

On se souvient des débats animés au sujet de la libéralisation du
marché de l’électricité. La loi qui en précisait les contours fut
rejetée en votation populaire en septembre 2002. Discuté actuellement
au Parlement, un autre projet suscite à nouveau la controverse entre
partisans d’une ouverture du marché, sur le modèle européen, et
défenseurs d’un service public en position de monopole. S’appuyant sur
le droit des cartels, le Tribunal fédéral a donné le feu vert à la
libéralisation. Mais certains cantons – notamment Vaud et Fribourg -
tentent de protéger leur monopole par voie légale.

Dans le même temps se déroulent de grandes manœuvres qui ne soulèvent
guère d’émotion, alors même qu’elles vont profondément transformer le
paysage électrique en Suisse. La vente d’ATEL (Société électrique
Aare-Tessin), propriété d’UBS, au groupe romand Energie Ouest Suisse
(17,2%), au géant français EDF (25%) et à quelques petits électriciens
helvétiques (40%) permet la constitution d’un puissant acteur dans
l’ouest du pays. Lui répond le groupe Axpo, propriété des cantons de
l’est du pays et de Suisse centrale. Assez loin derrière,  on
trouve les Forces motrices bernoises (FMB), propriété du canton de
Berne et de l’Allemand E.On. Sans oublier les entreprises électriques
des villes suisses qui collaborent sous le sigle Swisspower.
UBS prétend avoir ainsi favorisé une solution industrielle à dominante
helvétique. Cette affirmation n’est qu’arithmétiquement correcte. Car
la logique industrielle parlait en faveur d’un groupe occidental de
dimension européenne avec Atel, EOS et les FMB. Le projet a échoué à
cause de l’opposition d’EDF, forte d’un droit de préemption et qui sort
grand vainqueur de ces manœuvres. Le géant français s’est opposé à
toute solution dont il aurait été absent et surtout a empêché son
concurrent allemand E.On. de mettre la main sur Atel par le biais des
FMB ; il renforce à bon compte sa position en Suisse, lorgnant en
particulier sur l’énergie de pointe. Quand à la majorité helvétique,
les intérêts de ses membres sont par trop divergents pour qu’elle
puisse prétendre à la direction stratégique du groupe.
La nouvelle entreprise sera presque entièrement contrôlée par des
collectivités publiques. Paradoxalement, les cantons parties prenantes
à Atel, en particulier par le biais d’EOS, qui tentaient de sauvegarder
leur monopole électrique et voyaient d’un mauvais œil le projet fédéral
de libéralisation, deviennent eux-mêmes des acteurs de cette
libéralisation et même prennent pied sur des marchés étrangers. Autre
paradoxe, les cantons romands plutôt allergiques à l’énergie nucléaire
se trouvent liés au leader mondial de cette énergie, EDF. Dans une
prochaine étape, il ne serait guère étonnant d’observer un regroupement
des installations de production et des réseaux de distribution des
différents actionnaires d’Atel.     jd


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