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Le Sonderfall vaut-il mieux que la citoyenneté européenne?


Le débat engagé avec un article d’André Gavillet sur
l’avenir des relations entre la Suisse et l’Europe, se poursuit avec François Cherix qui refuse la
relégation du pays dans une position subalterne.

En plus d’un vif soulagement, l’approbation de la libre circulation des
personnes a provoqué la relance de concepts censés pacifier la question
européenne. L’idée d’un choix politique entre adhésion et satellisation
répugne si violemment aux Suisses qu’ils déploient en permanence une
ingéniosité considérable pour tenter de s’y soustraire. Dans ce
contexte, il n’est pas étonnant que la notion d’association refasse
surface. Mais de quoi parle-t-on au juste ?

S’il s’agit d’élaborer un accord-cadre permettant d’effectuer un
toilettage des accords existants, inutile de s’en émouvoir. La
facilitation de nos relations avec Bruxelles et la mise en ordre des
règles administratives présidant à leur exercice semblent être des
démarches parfaitement légitimes. Lubrifier les engrenages de nos
mécanismes européens est une ambition raisonnable.

S’il s’agit d’imaginer une forme de partenariat donnant au
bilatéralisme des institutions permettant de nouveaux rapprochements,
l’affaire mérite discussion. Deux cas de figure sont alors possibles.
Première hypothèse, l’association est conçue en vue d’une future
adhésion : l’accord s’apparente alors à un sas de transition sécurisant
la marche de la Suisse vers une intégration politique perçue comme
souhaitable. Deuxième hypothèse, l’association est revendiquée en tant
qu’alternative à l’adhésion : elle devient l’œuf de Colomb évitant à la
Suisse d’entrer dans l’UE tout en lui donnant une meilleure information
sur ce qui s’y trame. Nul doute que cette vision du contrat soit celle
de la place financière, des milieux économiques et des partis bourgeois
qui en sont aujourd’hui les thuriféraires.

Faut-il pour autant écarter cette solution d’un revers de main ? Certes
non : si l’on pense que le «Sonderfall helvétique» constitue un axiome
indépassable au plan historique, structurel, économique et affectif,
comment ne pas se replier sur la seule stratégie possible, si limitée
soit-elle ? Mais si l’analyse montre que la Suisse n’est pas figée et
qu’elle peut même gagner à se transformer, pourquoi l’enfermer sans
profit notable dans un piège ? En effet, même si elle choisit de se
montrer conciliante, l’UE ne nous donnera jamais la co-décision dans le
cadre d’un simple partenariat : nous continuerons de subir le droit et
les politiques européennes.Même bien informés, nous serons en ligue B ; et il faut être naïf pour
croire que nos avis sont si brillants et si attendus que leur simple
transmission à qui de droit suffira à grandir notre influence. Quant au
débat intérieur, il sera durablement faussé. A chaque mise en cause de
notre absence du projet européen, il pourra être répondu que la
question a été tranchée en toute connaissance de cause, avec cet esprit
de finesse qui nous caractérise et au moyen d’une solution spécialement
adaptée à nos besoins. L’opinion abondera qui verra dans les termes
d’associés ou de partenaires la preuve même de notre intégration : le
partenaire n’est-il pas l’acteur du couple ? l’associé le décideur de
la société commune ?

Par conséquent, avant de décréter ce piège désirable, il convient de
s’interroger. Si on l’informe convenablement, l’opinion publique suisse
est-elle susceptible d’évoluer ? La démocratie directe est-elle
réellement incompatible avec l’adhésion ? Comment combattre la cherté
de nos prix et la diminution de notre pouvoir d’achat ? L’augmentation
de la TVA ne doit-elle être envisagée que comme un désastre ? Quel est
le coût de l’isolement ? Les intérêts de la Suisse peuvent-ils être
valablement défendus hors des sphères de décision ? Pouvons-nous
augmenter chaque jour notre intrication dans le tissu socio-économique
européen sans avoir d’élus à Bruxelles ? Pour un pays qui n’est pas aux
marges mais au cœur de l’Europe, la satellisation a-t-elle un sens ?
Voilà une part des enjeux qu’il convient d’examiner.

Si le statu quo garantit des solutions supérieures, prenons le risque
de le sanctifier par un accord d’association ayant valeur d’alternative
à l’adhésion. Sinon, mieux vaut marcher cahin-caha mais sans relâche
vers l’acquisition de la citoyenneté européenne. Evitons en tout cas de
vêtir d’habits neufs un conservatisme d’autant plus lassant qu’il ne
s’assume pas.

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