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Les flux du pouvoir

La
circulation de l’information ou de l’énergie, affranchie des monopoles
nationaux, suscite la compétition entre des investisseurs épaulés par
de grandes banques.

icone auteur icone calendrier 7 octobre 2005 icone PDF DP 

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Cablecom
, principal opérateur de réseaux câblés du pays, surtout actif
en Suisse alémanique, a été racheté par Liberty Global, une firme du
Colorado exclusivement spécialisée dans la gestion de réseaux câblés.
On le sait, Cablecom a prétendu avoir été contacté par Liberty Global
la veille de la transaction, alors que l’opérateur s’apprêtait à une
entrée en bourse, une IPO dans le jargon du milieu. Il vaut la peine de
regarder de près le communiqué officiel qui nous apprend que Liberty
Global était conseillé par JPMorgan et l’UBS, une élite financière
mondiale qui a l’habitude de regarder où elle met les pieds et qui ne
se décide certainement pas en une nuit.

Une entreprise en reprend une autre, rien de plus banal dans le monde
des affaires, mais les produits qui transitent dans les tuyaux des
opérateurs de réseaux ne sont pas triviaux : des chaînes de télévision
et de radio, de l’information et du divertissement. Choisir d’inclure
ou d’exclure telle ou telle chaîne dans le bouquet offert aux
téléspectateurs n’est donc pas indifférent. Dans son offre actuelle de
télévision, Cablecom ne propose aucune station régionale, ce qui en dit
long sur le dédain manifesté à l’égard des particularités du pays.
Liberty Global provient d’une nation où l’attention portée au niveau
local est très grande, ce qui se répercutera peut-être dans ses
opérations helvétiques.

Les gestionnaires de réseaux proposent aujourd’hui, ou vont proposer,
trois types de produits : bouquets de télévision, internet rapide et
téléphonie. En Suisse il y a trois principaux concurrents sur la ligne
de départ. Swisscom qui flotte un peu, retarde le lancement de son
offre de télévision par internet, connaît un échec avec son boîtier
Bluewin TV 300 qui propose la connexion par le câble et la
programmation via internet, une sorte d’ornithorynque de l’ère
numérique. En effet, le site internet de l’opérateur historique annonce
que le boîtier est disponible jusqu’à «épuisement des stocks», ce qui
ne trompe pas. Cablecom est sans doute le mieux armé, mais il est
quasiment absent dans les grandes villes de Suisse romande. Enfin le
troisième acteur ou plutôt les troisièmes, ce sont les téléréseaux
locaux, souvent propriétés des villes ou des services industriels qui
n’ont sans doute pas la force de frappe financière des grands, mais qui
bénéficient d’un maillage très fin et d’une connaissance parfaite du
terrain. La bataille promet d’être rude et sera passionnante à suivre.

L’autre nouvelle économique importante de la semaine est bien sûr la
vente par l’UBS des actions de Motor Columbus, ancienne et prestigieuse
firme d’ingénieurs devenue une simple société de participations
financières. Les points communs entre cette opération et la reprise de
Cablecom sont évidents. Ce sont des réseaux qui transportent, dans un
cas de l’énergie et de l’information dans l’autre, mais il s’agit
toujours d’électricité. Ce sont des domaines qui sont restés longtemps
des quasi-monopoles nationaux et qui sont désormais exposés au grand
vent de la concurrence. Enfin dans les deux cas, l’UBS a joué un rôle
majeur, soit comme conseiller, soit comme vendeur. Deux secteurs
importants de notre économie restructurés selon les desiderata d’une
banque, aux ordres de Marcel Ospel, décideur beaucoup plus important
que Moritz Leuenberger et le Conseil fédéral, voilà qui ne surprendra
que les naïfs.   

Liberty Global

L’entreprise américaine qui a acquis Cablecom est basée à Denver dans
le Colorado. Son fondateur John Malone, détient 51 % du capital. Le
second actionnaire avec 8% des actions est l’assureur français AXA.

Liberty Global gère exclusivement des réseaux câblés. L’entreprise
recense aujourd’hui 14,9 Millions de clients dans le monde,  10,7
millions pour la télévision, 2,5 millions pour l’ADSL et 1,7 millions
pour le téléphone. L’entreprise est présente dans 14 pays européens. En
France, l’opérateur Noos appartient à Liberty Global.

La reprise de Cablecom

En comparaison Cableman compte 1,5 millions d’abonnés, dont 125000
pour la TV numérique, 310000 pour le haut débit et 148000 pour la
téléphonie.

Avant la fusion, La majorité du capital (53%) était détenu par un
consortium d’investisseurs : Goldman Sachs, Apollo Management et
Towerbrook Capitals qui appartient à George Soros

Dans son communiqué annonçant la reprise, Liberty Global écrit : 
« With 80% video penetration, limited satellite and data competition,
and strong operating cash flow, Cablecom fits perfectly into our
long-range growth plans ».

Autrement dit le quasi monopole du câble en Suisse pour la réception de
programmes de télévision assure des revenues presque garantis aux
opérateurs.

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