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Forum: Genève malade de ses controverses

René Longet, conseiller administratif de la ville d’Onex

La
révision de la Constitution de la cité de Calvin pourrait marquer le
renouveau de la vie politique cantonale minée par des affrontements
trop souvent stériles.

Jamais la division entre la classe politique et la population ne m’a
semblé si forte, si palpable que lors des actuelles élections au Grand
Conseil. Les partis se démènent, les listes se multiplient, mais
l’électeur sait moins que jamais à qui donner sa faveur. Gérer l’Etat
plus strictement et rétablir les finances publiques, d’accord, mais
cela ne doit pas être le retour des privilèges et d’un libéralisme
unilatéral. Maintenir et développer les acquis sociaux, d’accord, mais
de manière à toucher effectivement ceux qui sont les plus mal lotis et
de façon efficiente. Affirmer l’esprit d’entreprise, d’accord, mais où
est le soutien aux créateurs qui prennent des risques ? Eliminer les
doublons entre le canton et les communes, d’accord, mais en réformant
celles-ci et non en faisant disparaître l’acteur de proximité qu’est la
Ville…

Comment trouver ici la synthèse qui emporte l’adhésion ? La crise et la
prise de conscience de la précarité du porte-monnaie tant des
collectivités que des individus renforce les attentes placées dans les
politiques. La déception est d’autant plus grande. Ce n’est pas que les
partis n’aient plus d’idées, que les candidats soient plus mauvais que
naguère. C’est que l’ambiance de lutte qui entoure ce scrutin paraît
dérisoire et étriquée aux électeurs.

Je crois que le peuple a envie de dire à la droite comme à la gauche :
mesurez-vous, comptez-vous, mais cessez de vous combattre comme vous le
faites, cessez de produire des caricatures de vous-mêmes, soyez fiers
de ce que vous avez réussi ensemble et non de ce que vous avez empêché
l’autre de faire. Il est peu probable que ce message soit entendu, car
la logique du passé est encore dominante, les choses mises en place.
Mais au plus tard après l’élection, il faudra changer de ton et de mode
d’action.

En réalité, Genève est malade depuis longtemps de ses controverses.
Région frontière, elle accumule les défauts de la vie institutionnelle
des deux pays limitrophes : l’indécision et la lenteur des procédures
typiques de la Suisse, mais sans en avoir les avantages en termes de
solidité du consensus trouvé et de sentiment d’appartenance;
l’affrontement verbal et le sens du discours, mais sans l’efficacité du
fait majoritaire et de la décision emportée dans la foulée.

C’est d’autant moins supportable que la région genevoise constitue la
deuxième agglomération de Suisse, faisant pôle et pendant à la
première, Zurich, avec juste la moitié moins d’habitants, que son
potentiel est riche et divers, et que cela fait beaucoup de chances
gâchées, d’énergie perdue, de projets insuffisamment fédérateurs.
Zurich a réalisé sa S-Bahn dans les années quatre-vingt en puisant dans
les caisses fédérales. Durant vingt ans, une guerre idéologique à
propos de la mobilité a divisé les Genevois au point que les projets en
ont été retardés d’autant. Maintenant, les caisses de la Confédération
sont vides. On peut multiplier ce type d’exemple : les forces vives
économiques, culturelles, sociales, la population tout entière, sont
les victimes de la mauvaise entente des politiques.

Dans ce contexte, le projet de révision de la constitution cantonale a
une fonction toute particulière. Genève est, avec le Valais, le seul
canton suisse qui n’ait pas encore procédé à la révision de sa charte
fondamentale. Produit direct de la révolution radicale de 1847, elle a
été rapiécée plus de cent fois depuis, est de densité juridique très
variable, présente des redondances et des lacunes nombreuses. Elle est
l’exact reflet des insuffisances et du manque de lisibilité de la
politique locale.

Sa révision permettra un débat de fond sur la place respective du
gouvernement et du parlement, sur le nombre de députés, sur la place
des communes et leur nombre, sur les droits et devoirs de l’Etat et du
citoyen, bref sur ce qui fonde et organise la vie commune sur un
territoire. Mis à part l’intérêt particulier d’un large débat, sur le
plan technique déjà, seul un processus de mise à plat de l’ensemble
peut permettre, dans un premier temps, de se mettre d’accord sur des
principes, puis, dans un second temps, de les mettre en musique
concrètement, tellement les choses sont imbriquées, chaque option ayant
des effets sur les autres.

De plus, un tel acte fondateur ne saurait s’accomplir dans des cabinets
d’experts. Il en faudra naturellement. Mais il faudra surtout susciter
et animer le débat, faire le lien entre la société civile et la société
institutionnelle, permettre aux passerelles nécessaires de se
construire, créer sur chaque point les consensus qui tirent le
compromis vers le haut. Pour une économie efficace, une société
équitable, un monde solidaire, un développement durable – ce devrait
être des valeurs humaines que l’on peut et doit, entre êtres humains de
bon sens et de bonne volonté, partager.

Réinventer l’Etat pour la société du xxie siècle, retisser la trame de
la société, faire se retrouver pays légal et pays réel, redéfinir le
fonctionnement du politique, c’est davantage qu’un beau rêve, c’est une
nécessité. Chaque parti devrait mettre un point d’honneur à envoyer à
la constituante ses membres les plus représentatifs et les plus aptes
au dialogue citoyen. Pas étonnant que ce débat oppose aujourd’hui à
Genève ceux qui souhaitent favoriser les solutions à ceux qui
continuent à se complaire dans des positions à courte vue et
unilatérales. Gageons que le peuple genevois se saisira de la question
de la révision de sa charte fondamentale pour favoriser les premiers et
reléguer à la marge les seconds. Rendez-vous en 2006… et j’appelle
d’ores et déjà l’ensemble des lectrices et lecteurs de Domaine Public à
participer à ce processus de refondation démocratique.

Les opinions exprimées par l’auteur n’engagent pas la rédaction de DP.

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