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Remettre l’ouvrage sur le métier

Les réticences du patronat paralysent la mise en œuvre d’une législation riche en promesses pour les apprentis.

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Les réticences du patronat paralysent la mise en œuvre d’une législation riche en promesses pour les apprentis.

La nouvelle loi sur la formation professionnelle (nLFPr) a l’ambitieux
objectif de donner au système dual la flexibilité et les innovations
qui lui permettront de perpétuer son succès. La perméabilité entre les
différents métiers a aussi une grande importance : les bouleversements
économiques, notamment le renforcement du tertiaire face aux autres
secteurs, rendent la mobilité professionnelle indispensable et il n’est
désormais pas rare que l’on apprenne et exerce plusieurs métiers durant
sa vie active. La nLFPr est entrée en vigueur au début 2004 et déjà une
dizaine (sur plus de 200) d’ordonnances sur la formation, réglant les
plans d’étude des différents métiers, ont été révisées.
Malheureusement, plusieurs des innovations, et pas des moindres, ne
sont mises en œuvre que de façon chaotique, voire pas du tout.


Une seconde langue

L’ordonnance de la nLFPr introduit notamment l’apprentissage d’une
seconde langue dans les plans d’étude. L’apprentissage d’une seconde
langue nationale a un intérêt évident, de même que celui de l’anglais
dans de nombreux métiers techniques, dans le tourisme, le commerce ou
la finance. En outre, la reconnaissance d’une langue des migrations
comme seconde langue aurait permis une meilleure intégration des jeunes
étrangers : cela permettrait à ces jeunes d’améliorer leurs résultats,
tout en reconnaissant leurs acquis. Ces jeunes ont souvent des
difficultés scolaires et doivent déjà faire l’énorme effort d’apprendre
une des langues nationales en plus de leur futur métier, dont
l’enseignement est qui plus est dispensé dans cette autre langue que
leur langue maternelle. Or les ordonnances sur la formation de nombreux
métiers ne prévoient tout simplement pas l’apprentissage d’une seconde
langue et la revendication syndicale concernant la reconnaissance des
langues des migrants n’a pas trouvé grâce aux yeux des autorités et des
autres organisations du monde du travail. Ce sont bien souvent les
patrons, avides de réduire la part scolaire dans la formation, qui ont
obtenu cette suppression.


La culture générale délaissée

De plus, de nombreux métiers ont un plan d’apprentissage dont la part
de cours de culture générale est largement en dessous des minima
légaux. Là encore, les organisations patronales ont souvent obtenu que
le nombre d’heures de cours soit revu à la baisse, afin de garder les
apprentis le plus longtemps possible là où ils sont productifs,
c’est-à-dire dans les entreprises. Pourtant, les branches de culture
générale permettent en grande partie la perméabilité de la formation
professionnelle : les apprentis ne sont pas formés à un seul et unique
métier, mais ont au contraire les armes qui leur permettent d’en
changer si les évolutions économiques le rendent nécessaire.

Une autre des innovations majeures de la nLFPr souffre d’une mise en
œuvre bancale : l’attestation fédérale de formation. Cette nouvelle
formation de deux ans a pour but d’intégrer à la formation
professionnelle les jeunes dont les difficultés scolaires sont trop
importantes, et qui les écartent bien souvent du titre standard, le
certificat fédéral de capacité (CFC). Celle-ci, accompagnée d’une
attestation, doit également permettre une passerelle vers le CFC afin
de ne pas condamner ses titulaires à n’être que des travailleurs aux
qualifications moindres, fréquemment synonyme de «rang» inférieur.
Malheureusement, les premières ordonnances sur la formation concernant
ces nouveaux métiers n’apportent pas de réponse claire à cette exigence
de perméabilité. La formation avec attestation doit aussi s’accompagner
d’un encadrement individualisé, puisqu’elle s’adresse à des jeunes en
difficulté. Or les cantons freinent la mise en route de standards pour
cet encadrement, ce qui est d’autant plus dommageable que les premières
ordonnances de formation sont déjà en vigueur.

La nouvelle LFPr n’est pas destinée à n’être qu’un simple réaménagement
du statu quo. Les innovations qu’elle apporte doivent donc être
véritablement mises en œuvre, dans tous les métiers avec la même
rigueur.

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