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Le sommet de la honte

C’est
une véritable gifle que l’Occident a infligée aux pays en
développement. Aucun des objectifs du millénaire n’a été retenu. La
pauvreté a été à peine évoquée. Les Nations Unies avaient perdu leurs
dents depuis longtemps ; ce sommet leur a coupé bras et jambes.

icone auteur icone calendrier 23 septembre 2005 icone PDF DP 

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Les
objectifs du millénaire n’avaient rien d’extraordinaire. Ils
représentaient déjà une opération de rattrapage. La communauté
internationale s’était rassemblée pour ramasser les miettes laissées
par les grandes conférences : Rio, Le Caire, Copenhague, Beijing, etc.
En effet, on avait soigneusement sélectionné quelques objectifs non
contestés pour en faire un joli bouquet, avec un petit peu
d’environnement, de santé, d’éducation et de lutte contre la pauvreté.
C’était déjà un gros recul par rapport à tous les engagements pris par
les pays riches avant l’an 2000. Mais c’était quand même quelque chose
sur lequel on pouvait construire.
Les objectifs du millénaire
comportent également des buts non chiffrés tels que l’ouverture du
système commercial et financier, un désendettement menant à un
endettement viable à long terme, des médicaments essentiels à des prix
abordables, etc., mais tout cela à condition que ces pays aient une
bonne gouvernance et une stratégie de lutte contre la pauvreté.
Après
le Sommet de l’an 2000, les donateurs se sont bien gardés de construire
quoi que ce soit, ils ont tourné le dos aux objectifs souscrits pour
continuer comme par le passé. On aurait pu imaginer que les agences de
coopération redéfinissent leurs propres objectifs et se concentrent sur
les nouvelles priorités acceptées par le monde entier. Car c’est de
cela qu’il s’agissait : abandonner l’utile pour ne faire que le
prioritaire. Les objectifs du millénaire avaient l’avantage de la
clarté, c’est-à-dire d’être chiffrés par rapport à une base statistique
de 1990 et d’avoir un délai : 2015 pour la plupart.

Vieilles habitudes
Mais
voilà, aucun donateur n’a voulu abandonner ses bonnes vieilles
habitudes, ni ses projets chouchous, sous prétexte qu’ils étaient
utiles, ni ses pays favoris, sous prétexte qu’on pouvait y travailler.
En ce qui concerne la coopération suisse, en 2004 l’environnement a
obtenu 10% des ressources de la DDC, la santé et la population 7%,
l’éducation, les arts et la culture 10% (pourtant la Suisse avait
souscrit à l’engagement pris au Sommet social de Copenhague de
consacrer 20% de son aide totale à la santé et 20% à l’éducation.)
Quant au seco, aucun de ces domaines n’apparaît dans les chiffres
donnés par le Rapport annuel de la coopération internationale de la
Suisse. Cependant, le seco consacre 31% de son allocation à l’aide
budgétaire, et l’aide budgétaire doit couvrir en priorité les besoins
en santé et en éducation. Si on remonte à 2000, la DDC consacrait à
l’environnement, la santé et l’éducation 30% de son budget et 32% en
2001. Il n’y a donc pas eu réorientation, pas plus pour la Suisse que
pour le reste des pays donateurs.
On observe aussi une grande
disparité entre les pays bénéficiaires. Selon les statistiques de
l’OCDE, le Niger ne reçoit que 38 dollars par habitant, la Tanzanie 46
et le Mozambique 55, tous donateurs confondus. Et ces chiffres ne
reflètent pas la différence de revenu par tête qui est respectivement
de 200 dollars au Niger, 290 en Tanzanie et 210 au Mozambique.
Ces
chiffres cachent une réalité encore plus grave. Quand on dit «santé» ou
«éducation», on ne dit pas si ce sont les plus pauvres qui sont visés,
si les actions financées vont vraiment contribuer à réduire la
mortalité infantile ou périnatale, ou si les filles vont aussi pouvoir
aller à l’école. Donc ce n’est qu’une partie de ces chiffres dont il
faut tenir compte. Qui plus est l’approche compte énormément.
On
sait depuis plusieurs années déjà que le «trickle down», le soi-disant
effet d’entraînement de la croissance sur les petits revenus est un
leurre. Pour améliorer le sort des pauvres, il faut s’adresser
directement à eux, leur demander quels sont leurs problèmes et comment
les résoudre. D’autant moins simple que 70% des pauvres sont des
femmes, qui ne parlent aucune langue occidentale et qui n’ont que
quelques heures pour dormir, donc peu de temps pour répondre aux
questions.
Tout ce qui sort des têtes bien faites, formées dans les
universités occidentales, risque fort de tomber à côté de la plaque.
Par exemple, pour améliorer la santé des enfants et des nourrissons,
l’augmentation du nombre de médecins n’aura probablement que peu
d’effet. Beaucoup plus efficaces sont l’amélioration de la qualité de
l’eau et sa disponibilité. Dire qu’il y a encore 300 millions
d’Africains qui vivent sans eau potable. 

Objectifs du sommet de l’an 2000

  • Réduire de moitié le nombre de ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour et de ceux qui ont faim ;
  • assurer l’éducation primaire pour tous ;
  • éliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements
    primaire et secondaire d’ici à 2005, si possible, et à tous les niveaux
    de l’enseignement en 2015, au plus tard ;
  • réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans ;
  • réduire le taux de mortalité maternelle ;
  • stopper la propagation du VIH/sida ;
  • maîtriser le paludisme et d’autres grandes maladies;
  • intégrer les principes du développement durable dans les politiques nationales ;
  • inverser la tendance actuelle à la déperdition de ressources environnementales;
  •  réduire de moitié le pourcentage de la population qui n’a pas
    accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable;
  • améliorer sensiblement la vie d’au moins 100 millions d’habitants de taudis, d’ici à 2020.

(dessin de Aude Weber)

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