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OMC : Bienvenue aux textiles chinois

icone auteur icone calendrier 7 janvier 2005 icone PDF DP 

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La liberté des échanges est le credo des entreprises occidentales à la conquête des marchés mondiaux. Sauf lorsqu’elles ne sont pas compétitives. La venue sur le marché des textiles à bas prix en provenance du tiers-monde a provoqué la réaction rapide des pays riches. En 1974, les Etats-Unis et l’Europe ont concocté l’Accord multifibres. Cet arrangement ignore la règle de base du GATT qui impose un traitement identique à l’égard de chaque pays membre (la clause de la nation la plus favorisée). Les pays riches ont donc le droit d’imposer des quotas d’importation à l’Inde au Bengladesh ou à l’Egypte.
Les pays du tiers-monde ont fait de l’abolition de cet accord léonin une condition de leur acceptation à la création de l’OMC en 1994. Ils ont concédé une période de transition de dix ans. C’est aujourd’hui l’échéance. La fin des quotas offre d’énormes débouchés nouveaux à tous les petits fabricants qui offrent de très modestes salaires mais font vivre un grand nombre d’Indiens et de Pakistanais. Les Chinois, membres de l’OMC depuis deux ans, profitent plus largement encore de cette libéralisation. Malgré des salaires plus élevés, ils vont pouvoir déverser massivement sur le marché une marchandise à plus bas prix produite dans de grandes usines à technologie avancée. C’est une concurrence pour les fabricants traditionnels du tiers-monde. C’est surtout la mort programmée pour les entreprises européennes et américaines qui n’ont pas profité des dix ans de répit que leur avant donné l’OMC pour revoir leur stratégie. CÔest le cas notamment en Italie où 50 000 emplois textiles ont déjà été supprimés, mais où l’on s’attend à 50 000 autres disparitions.
La Suisse, qui tremble devant les menaces que l’OMC fait peser sur son agriculture, reste totalement sereine devant le big bang de la libéralisation du secteur textile. C’est simple. Berne a signé l’Accord multifibres, mais n’a jamais introduit de quotas à l’importation. Ce geste n’est pas de pur altruisme en faveur des pays émergents. C’est plutôt le résultat d’une réflexion économique : abandonner les produits bas de gamme pour conserver la capacité d’exporter le savoir faire helvétique comme les textiles d’ameublement ou les brevets pour dessins de mode. La Suisse ne craint pas une future invasion des textiles bon marché. Elle a déjà eu lieu depuis longtemps. Les entreprises qui utilisaient la main d’œuvre bon marché du Portugal ou des Balkans, malgré tout pas compétitive, pour produire des sous-vêtements ou des bas ont fermé leurs ateliers en Suisse. Désormais, les travailleurs – et surtout les travailleuses – du textile restent dans leur pays pour fabriquer nos vêtements.
L’industrie suisse de la machine textile, réputée pour sa technologie de pointe a accompagné, voire précédé, cette délocalisation vers les pays à bas salaires. Elle fournit depuis des décennies dans le tiers-monde les installations clés en main qui autrefois tournaient dans notre pays avec de la main d’œuvre étrangère. Reste à savoir combien de temps les machines textiles seront encore fabriquées en Suisse. at

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